J02 MEMOIRES
A mon arrivée à Bristol, je reçus de M. Mossop une lettre qui contenait des offres trèsavantageuses. Je Tinformai, dans ma réponse, de la promesse que jVvais faite à M. Woodward, laquelle m^obligeait de donner à celuici la préférence. Bientôt après jVcrivis à MM. Woodward et Barry , pour leur déclarer que les seules conditions auxquelles je pusse mVngager avec eux , étaient une somme de mille guinées pour la saison , et deux bénéfices. Ne recevant dVux aucune réponse, je mVngageai aux mêmes conditions avec M. Mossop, qui me donna pour caution M. Be~ resford.
De retour à Londres, Mossop sVstima si heureux de Tacquisition qu^il avait faite pour son théâtre , qu'ail en parla partout. La nouvelle parvint bientôt à M. Calcraft; il en fat alarmé, et écrivit, à Bath, au lord Tyrawley, le priant de se transporter î\ Bristol, et de m^engager à retourner auprès de lui : il alla même jusqu''à mVffrir carte blanche. Mon bon ami Quin et le général Honey- Avood accompagnèrent le lord dans cette visite.
Mylord employa tous les argumens pos-
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sibles pour me décider k accepter ses pro- ])Ositioiis. M. Quin, mon second père, mon plus ancien ami, dont Tinfluence sur mon esprit n^avait rien perdu de sa force, y joignit ses instances; mais je fus inflexible. Je n^eus pas d^occasion de faire connaître à lord TyraAvley la cause réelle de cette obstination apparente; mais jWais avec M. Mossop un dédit de deux mille livres , et j Votais bien persuadée qu^il ne fallait pas s''attendre qu\m homme à qui Tavarice avait fait enfreindre mille fois les promesses les plus solennelles, voulût jamais sVngager à payer, en outre, une si forte somme.
Quand il aurait consenti à m^abandonner toute sa fortune, je ne Feusse pas acceptée, ou , du moins , me semble-t-il que ma tendresse seule pour mes enfans aurait pu m'y déterminer. La passion à laquelle il attribuait les mensonges dont il avait fait usage pour m^obtenir, était, sans doute, une bien mauvaise excuse ; mais enfin cVn était une , tandis qu^il n^y avait pas même de prétexte qui pût pallier la bassesse, la mauvaise foi répétée avec laquelle il sVtait refusé à payer mes dettes. Nulles offres de sa part, nuls
avantages ne pouvaient compenser tant d'injures. Je refusai des propositions que je n'eusse pu accepter sans rougir.
Avant de me quitter , M. Quin paria cent guinées que je n'irais pas en Irlande. Il perdit , et me les envoya sans que j'eusse besoin de le lui rappeler; mais ce qui était plus précieux pour moi, sa lettre contenait les assurances d'une inaltérable amitié. En effet, elle ne finit qu'avec sa vie.
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