‹ Mémoires de Mistriss Bellamy (volume 2)Chapitre 39 sur 58 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

nioi,jVn trouvai une par laquelle on m''engageait de passer à Sommerset-House. JVtais, ce jour-là, malade d\in très-gros rhume, et très-fatiguée , parce que je venais de jouer Alicia. Conduite par ce destin qui souvent avait disposé de mes résolutions, je remis ma visite au lendemain.

Le matin, à neuf heures, je reçus, de la femme de chambre de mylady , un billet par lequel elle m^apprenait que sa maîtresse était morte la nuit, à trois heures. Elle ajoutait que mylord était venu à cinq , s^était enfermé , et après avoir examiné tous les papiers de mylady, s^en était allé en lui défendant» positivement d'avoir avec moi aucune communication quelconqu€ , sous peine de sa disgrâce. Il prétendait avoir trouvé , dans les papiers de sa femme, une lettre de moi, par laquelle il s'était convaincu de Fidée qu'il avait eue jadis que j'avais conseillé à lady Tyrawley de refuser sa demande, relativement à la division de la substitution d'une terre.

Ce prétendu tort, comme la plupart de ceux que l'on m'a attribués , était une méprise. C'est ainsi que, tantôt l'erreur, tantôt la mauvaise

foi , ont dénaturé la plupart des actions de ma vie, et mWt attiré des reproches que je ne méritais pas.

Vous avez vu , dans la première partie de mon histoire , que lord Tyrawley , à raison de son mariage secret , nWait point été mis en possession de la fortune de sa femme; qu^au contraire , lors de leur séparation , il avait été obligé de lui faire une pension. Il Tavait, de plus, mise en possession de Tappartement, derargenterie,etc., dont avait joui ma mère.

Le fils de lord Blessington étant venu à mourir, lady Tyrawley et le comte son frère, avaient seuls droit à la substitution de la terre de la famille. Lord Tyrawley se trouvait alors fort embarrassé dans sa fortune , et chargé d**enfans, dont, probablement, il n'avait pas trop le droit de se dire le père. Il s'adressa à sa femme, qu'il pria de consentir à l'interruption de la substitution, afin qu'ilpût vendre la terre.

Je vous ai déjà parlé de cette demande de mylord à sa femme , et des lettres qu'ils s'étaient respectivement écrites à cette occasion. J'ai à vous faire connaître quelques détails

'2yG MEMOIRES

ultérieurs. JVlais, dans ce temps, à HoJlwood , mylady mVnvoya la première lettre de son mari. Par la conclusion de la sienne , elle semblait me dire qu'acné était décidée à refuser ce qu'ail lui demandait , parce qu''elle se proposait délaisser à ma fille tout ce qu''elle avait. En lui repondant pour la remercier de son obligeante amitié, je lui écrivis : Je vous envoie Vincluse (la lettre de mylord); j^aurais dû mettre: Je vous rejii^oie , etc. Ma lettre, avec cette faute de style , se trouva dans les papiers de mylady; et mon protecteur, mon ami , mon père , après Tavoir lue, se persuada que jVvais envoyé à sa femme la lettre qu''elle lui écrivit dans le temps ; je fus ainsi regardée comme coupable , et condamnée comme telle dans la maison de mylord, où j''avais peu d\amis. On ne produisit point de testament ; et depuis ce temps, je n''ai revu mylord qu\me fois au foyer, et une fois chez lui, pendant la maladie dont il est mort.

Conduite dans cette dernière circonstance par le respect et Taffection que j'ai toujours eus pour lui , j'allai pour lui rendre mes devoirs; j'eus le chagrin, en y arrivant, d'être repoussée par un domestique qui me dit que

miss CHara savait que ma sensibilité serait blessée de Faspect d^un homme de ce mérite , tombe en enfance ; d'un autre côte , la conversation que j'avais eue avec elle au dernier bal masqué (i) , lui prouvant que je ne pouvais avoir pour elle que du mépris , elle ne voulait pas me donner le désagrément d'une entrevue qui ne me ferait aucun plaisir.

Cette insolente réponse souleva toutes mes passions. J'entrai, malgré les gens , dans l'appartement de mylord. Mais quel spectacle m'y attendait! Cet homme distingué par son courage à l'armée , par ses talens dans les affaires , qui avait rempli avec honneur les premières places de son pays, était tombé dans un état d'imbécillité. Il était assis sur son lit, enveloppé dans une robe de chambre rouge; ses yeux étaient creusés, sa langue pendait hors de sa bouche : il avait l'air de compter ses doigts. Quel changement I

Le cœur brisé de douleur et de tendresse, je tombai sur mes genoux à côté du lit, et prenant une de ses mains , je la baignai de mes pleurs. Je la baisais avec ardeur, dans l'es-

(1) Je lui avais reproclie sa passion pour un acietu .

Page 1