‹ Mémoires de Mistriss Bellamy (volume 2)Chapitre 50 sur 58 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

Metham, lui prouverait que si je n'avais pas les moyens , j'avais au moins Tintention de ni'*acquitter. J'envoyai donc l'obligation au père de ce procureur, qui était un des solliciteurs de M. Woodward , à l'effet d'en faire le transport au nom de M. Stacie. Cela n'ayant pas été fait, j'écrivis au fils pour qu'il me renvoyât l'obligation, et je la demandai d'unemanière si péremptoire que l'on imagina cette arrestation pour m'intimider , et me faire reconnaître que je l'avais reçue. Je ne peux expliquer autrement les indignités que l'on me fit essuyer (1).

(1) Ces particularités seraient pour nous d'un médiocre intérêt, si, d'une part, elles ne montraient quel est en tout pays le caractère des officiers inférieurs qui font métier de poursuivre l'exécution des lois, et si, de l'autre, elles ne donnaient quelque idée du désordre de la législation civile anglaise. La multiplicité des lois, la rigueur des formes , l'adresse des légistes , ont fait de la jurisprudence un labyrinthe plus dangereux que celui de Crète; car du moins, dans celui-là, il ne se trouvait qu'un monstre.

{Note du traducteur. )

DE MISTRISS BELLAMY. Sy i

LETTRE XGVII.

32 février i'

A la fin de la saison , je priai les directeurs du théâtre de Drury-lane de me donner un certain nombre de billets, ce qu'ils firent très-honnétement ; dans cette occasion , le feu comte Spencer ayant engagé miladj Spencer à se joindre à mes anciennes protectrices , j'obtins le succès que je désirais.

Je ne recevais point de nouvelles de mon fils George Metham , et ce silence me faisait craindre pour sa vie. On m'avait dit que , par une circonstance heureuse , il avait gagné huit mille livres ; ce que cette nouvelle avait eu déplus intéressant pour moi , était de m'assurer qu'il vivait encore. Vers ce temps , la femme qu'il m'avait recommandée , étant venue me voir , me dit qu'elle avait reçu de lui une lettre dans laquelle il promettait de m^écrire prochainement. Il lui avait envoyé, ajouta-t-elle , un ordre pour toucher la pen-

sion qu'il lui faisait : elle me pria de Taller recevoir chez Ross et Gray; sur le montant , je me paierais de ce qu'acné me devait. Le lendemain, elle reviendrait prendre le surplus. Pour terminer, elle me pria de lui prêter une guinee.

Satisfaite de ces nouvelles , je fis ce qu'elle voulait, et je courus chez le correspondant. Là, j'appris que , le matin même, elle avait touché son argent; elle devait, quand elle était venue chez moi , l'avoir dans sa poche. Ce qui me choqua le plus, c'est qu'elle avait reçu de mon fils des lettres pour moi en même temps que les siennes, et les avait supprimées.

Indignée de cette douhle fraude , il est certain que si , dans le moment , j'avais trouvé la malheureuse , j'aurais fait mettre à exécution le billet que j'avais d'elle. J'ai la fausseté tellement en horreur, que si j'étais coupable des plus grands crimes, je les avouerais franchement , plutôt que de descendre à un mensonge.

Dans le court séjour que je fis chez l'officier , dans Cary-street, j'y rencontrai une personne que je crus avoir vue ailleurs. Comme

elle me fit politesse , je crus , à son air d'aisance , qu'elle était de la maison.

Pendant qu'on dressait mon cautionnement , elle m'apprit qu'elle s'appelait Douglas , qu'elle était d'une bonne famille , mais que des indiscrétions l'avaient jetée dans une dette de trente livres, pour laquelle elle se trouvait arrêtée ; elle n'avait pu trouver cette somme pour s'acquitter. L'humanité , comme vous savez, est chez moi presque une faiblesse. Je pris à cette femme de l'intérêt. Quelque temps après , elle fut délivrée par ce qu'on appelait alors un billet de feu (i) , qui lui avait été adressé par une main inconnue. Elle vint aussitôt me voir; et comme je suis toujours portée à croire les gens tels qu'ils se montrent, je l'invitai à rester chez moi : une étroite liaison s'établit entre nous. Les événemens , comme vous voyez , ne me corrigeaient pas. Je crains même qu'ils ne me rendent jamais plus sage, si , pour le devenir, il faut renoncer à cette sensibilité confiante dont je me suis toujours glorifiée.

(i) Exemption de dettes accordée à des personnes qui avaient été victiraes d'un incendie. {Note du traducteur. )

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