M MEMOIRES
de pen.<ier à Monimia. Ce sarcasme ranima \m peu mon courage, et je répondis avec vivacité : Si je suivais cet avis , Monsieur, je ne vivrais jamais assez, long-temps pour jouer l^Orphcline (i).
Il soutint encore qu^il ne convenait pas qu\m enfant entreprît un rôle de cette importance. Mais il y a lieu de croire que le motif secret de son opposition venait de ce qu^il I sentait que lui-même ne pouvait jouer, sans [ inconvénient, avec moi le rôle du jeune Cka-
imonL Ni son âge ni sa figure ne convenaient à ce personnage, dans lequel d'ailleurs M. Garrick venait de se faire une si haute réputation. Il finit par dire que si M. Rich s^obstinait dans un projet si absurde, il dirait publiquement ce qu^il en pensait; qu^au reste il n'assisterait pas aux répétitions , et qu'il était persuadé que le directeur se repentirait amèrement d'avoir protégé un début aussi ridicule.
vO Ost lo noiii d*une tnig^ie d'Otway. L'intrigue «^n rst ol»$\HiiT rt învmîsoiiiblable. On en esdme le stjle : MonimU <^t le pei^onuage principal de cette pièce. Serina est uiu^ enUnt «Umt le nMe est insîgnitî^int.
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Celte conversation , comme on peut le croire , ne mVncouragea pas. Quant à M. Rich, Tobstacle qu^il rencontrait sembla Faffermir dans sa résolution ; me prenant par la main , il me conduisit hors de la loge, en me disant très-haut que quelque personne qui s'y opposât , il me soutiendrait , et ferait voir à toute la troupe que , quand il voulait , il savait être le maître. Avant de sortir de la salle , il ordonna au souffleur dMndiquer pour le lendemain matin une répétition de FOrpheline. APheure indiquée, les deux acteurs qui devaient représenter mes amans , Castalio et Poljdore , voulant faire leur cour à M. Quin , ne jugèrent pas à propos de paraître. M. Rich , pour prouver qu'il voulait qu'on lui obéît , leur imposa une amende plus forte qu'à l'ordinaire. Il n'y eut pas jusqu'à Serina , qui n'était qu'une confidente de tragédie, qui ne sourit de pitié en voyant la pauvre Orpheline.
M. Rich employa avec bonté tout ce qui dépendait de lui pour me soutenir contre cette humiliante opposition, et il usa pour cela d'un moyen très-efficace. Les vêtemens des princesses de théâtre étaient alors très-diflPéreps de ce que nous les voyons; les reines
et les impératrices étaient bornées au velours noir; dans les occasions extraordinaires elles mettaient une Juppé brodée ou tissue d'or. Les jeunes princesses paraissaient en général vêtues de la robe réformée de quelque femme de qualité ; et comme alors les personnes de )a cour, avec moins de goût qu'on n'en a aujourd'hui, avaient beaucoup plus d'économie, le vêtement des jeunes héroïnes était, pour ^ordinaire , une robe passée ou même tachée. Le directeur, dans sa jeunesse , avait faitdu beau sexe sa principale occupation. Il connaissait notre faible pour la parure , et présuma qu'en ma qualité de fille d'Eve , je n'étais pas exempte d^une vanité commune à toutes les femmes. H pensa donc que le meilleur moyen de me rendre le courage, et de compenser les petites mortifications que mon amour^propre avait souffertes , était de me conduire chez son marchand , et de me per-» mettre d'y choisir à mon gré le vêtement avec lequel je voudrais débuter ; procédé qui prouvait bien quelle était pour moi sa bienveillance* Jamais il n'avait montré une pareille complaisance , même à ses premières actrices. Le second jour, Castalio et Polydore se
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trouvèrent à la répétition ; mais mon frère Chamontfut inexorable. M, Haie marmotta le rÂle de Castalio , et M. Ryan siffla celui de Polydore. Cet acteur ayant reçu de quelques voleurs un coup de feu dans la bouche, avait dans la prononciation un tremblement qui , jusqu^à ce qu^on y fût accoutumé , était fort désagréable; mais , conmie il jouait tous les jours, Foreille s^habitaail à ce dé&ut, et en était moins importunée. Pai souvent oui dire à M. Garrick quUl devait la plus grande partie de son mérite , dans le rôle de Richard , aux observations qu^il avait faites sur la manière dont le jouait M. Ryan.
Le costume des hommes était alors aussi ridicule que celui des actrices. Avec des reines en velours noir et des princesses en robes sales , se montraient des héros en vieux habits galonnés , en perruques à trois marteaux , et en bas de laine noire.
Le jour qui précéda mon début, j'eus oo-^ casion de voir représenter au théâtre de Drury-lane la pièce dans laquelle je devais jouer, et cela me mit mieux au fait du jeu de théâtre que n'eussent pu faire vingt répétitions. La discussion dont j'avais été cause avait fait
quelque bruit. Le public , toujours porté à montrer de Findulgence , et à prendre le parti des opprimés j vit de mauvais œil des procédés qui lui semblaient peu généreux. Je crois qu^à tout prendre , les obstacles que je rencontrai me furent plutôt avantageux que nuisibles. Je tremblais cependant en réflé- , chissant sur la présomption avec laquelle j^o- \ sais paraître dans un rôle qui avait Ëdt tant i d^honneur à Finimitable mistriss Cibber.
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