‹ Mémoires de mistriss Bellamy (volume 3)Chapitre 17 sur 110 · LETTRE XVI · texte numérisé non relu

LETTRE XVI

i3 TéTrier 17 — .

Depuis que jMtais dans cette retraite , j^avais souvent écrit à ma mère, sans en recevoir aucune réponse. Jetais d^autant plus étonnée de sou silence , que y suivant ce que M. Moore avait dit à mon cousin Clarke, je passais généralement pour n^avoir eu aucune part à mon enlèvempnt Au botrt^ quelques semaines, j^allai un soir me promener au lieu où , à mon arrivée dans le pays, j^avais trouvé un serpent Sur cette éminence était un grand arbre , à Fombre duquel on avait placé quelques bancs pour la commodité de ceux qui venaient là jouir d'une des plus jolies vues du monde. Fatiguée de regarder au loin, je m'assis , et jWvris un livre que j'avais apporté; c'étaient les Lettres des morts aux vivans, de M. Rowe. Cette lecture m'inspirait une sorte de tristesse; je me levai pour m'en retourner : toutr-à-coup il me sembla que je voyais ma mère paraître

DE MlSmSS BBLLAMY. iOl

deranl moi. Sa figure était si remarquable, tes tnâts étaient tellement graves dans moB ecBur , que je ne pouvais m^ tromper. Je conclus, sur-Ie^^faamp, que son silence avait été occasioné par sa mort : mon imagination était exaltée par la lecture que je venais défaire; je fus persuadée quelle venait me reprocher d^avoir abrégé ses jours.L^idéeque j^avais été , qnoiqu^innocemment , la cause de sa mort , me fit ime telle impression , que je tombai sans connaissance sur le gazon. Quelles furent, à mon réveil , ma joie et ma surprise de me • sentir véritablement serrer dans »es bras! eVtait elle. Heureux , heureux moment , m^écriai-*je! Je reçois donc encore les caresses d^une mère ! Un tendre pardon n^aurait pu me faire plus de plaisir quand j^aurais été véritablement coupable.

Lorsque je fus revenue de mon trouble , je lui demandai ce qui avait produit en elle cet heureuxchangementdedisposition.Ellem^apprit alors que cette parente qui m^avait montré tant d^inimitié, venait de mourir; qu*à sa mort on avait trouvé dans sa chambre les lettres que j^avais écrites; elle les avait toutes retenues. Ma mère avouait quVUe avait été,

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ainsi que mistriss Jackson, fort irritée de mon silence : mais elle ne pouvait, de temps à autre , ne pas se reprocher devoir abandonné une jeune personne de mon âge, sans être bien sûre que jVtais coupable. Pour peu qu^elle eût réfléchi, me dit-elle, sur les circonstances de mon enlèvement, elle aurait dû reconnaître que je n^ avais point eu de part j car si je Tavais prémédité, j^aurais emporté ma petite garde-robe , ainsi que le produit de mon bénéfice, quVu contraire je Vavais priée de garder. Elle convenait que toutes ces particularités pesées de sang-froid parlaient en ma faveur, autant que , mal présentées , elles avaient paru m'être contraires. Convaincue y ajouta-t-elle, et de votre innocence et de la perfidie de ma parente, et ayant trouvé dans vos lettres votre adresse, j^ai volé sur les ailes de la tendresse maternelle pour expier la manière inhumaine et irréfléchie dont je vous ai traitée. A mon arrivée à la ferme , apprenant que vous étiez sortie , et mistriss Williams m^ayant indiqué le chemin que vous aviez pris , mon impatience ne mV pas permis d^attendre votre retour.

A mes remercimens, à mes tendres car

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resses, je ne pus mVmpécher de mêler quelques reproches sur Tinjure que ma mère m^avait faite de se défier de ma sincérité. La véracité, lui dis-je, est la vertu dont je me glorifie ; je Fai honorée depuis mon enfance , et quoi qu^il ait pu m^en coûter pour ne m'en point écarter, j'espère qu'elle m'accompagnera jusqu'au tombeau.

Ayant ainsi respectivement soulagé nos cœurs , nous nous rendîmes à la ferme. J'appris avec grande peine de ma mère que la bonne mistriss Jackson , depuis peu devenue veuve, venait très-imprudemment de se re^ marier à un Irlandais, nommé K'ellj, et qu'elle se préparait à accompagner son mari en Irlande. Je devais à cette dame tant de reconnaissance, et j'avais pour elle tant d'amitié, que cette nouvelle mêla quelque amertume au bonheur inattendu dont je jouissais.

Ma mère m'ayant apporté des vêtemens de la saison, la vanité qui , malgré toutes mes humiliations , n'était point éteinte dans mon ame , m'engagea à paraître le dimanche suivant un peu plus parée que je Yi'avais fait jusqu'alors, non que j'eusse perdu de vue la propreté simple que j'avais adoptée en ve-

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nant à la campagne; mais quelques belles dentelles que m^avait données mistriss Jaekson, un habillement un peu plus à la mode ' que celui que je portais ordinairement^ exc^« tèrent une curiosité qui ne s^était pas encore éveillée. Tant qu^on avait vu en moi une fille simple, discrète et modeste, la critique m^avait respectée, et les bonnes gens qui mVn-» vironnaient m^avaient montré toutes sortes dVgards et d^amitié: sitôt qu'^encoùragée par cette dame arrivée de Londres , je voulus pa«raitre une belle et dégante demoiselle , ikme regardèrent avec une pitié mêlée de mépris. La conduite de ces bons paysans montré mieux quW gros livre quels sont Textérieur et le maintien qui conviennent à des mœurs pures et à un cœur innocent.

Si j^avais profité de cette leçon , je me serais contentée dW humble genre de vie ; mais une folle vanité me persuadait que jMtais obligée à ^re vivre ma mère dans une plut grande aisance que ne le comportait sa pension ; et nul autre mo jen ne se présentant à ttioi pour y réussir , que la carrière du théâtre , je résolus d^ rentrer.

Aussitôt que j^eus formé ce projet, la vi«

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champêtre perdit tous les charmes que j^j avais trouvés. Rians aspects , promenades solitaires, tranquilles lectures au bord des eaux ombragées de saules , tout ce qui avait en-^ chanté mon imagination , lui parut froid et monotone : elle anticipait sur les plaisirs qui m'attendaient dans le monde , et ne prévoyait ni le trouble qui les accompagne , ni les chagrisa qui les suivent

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