MÉMOIRE
tât 1? Angleterre , mistriss Butler, sa fille, et moi, étant à nous promener sûr la terrasse, ^ous vîmes arriver au galop le célèbre acteur; il nous eut bientôt jointes, et à notre grand regret, principalement à celui de mistriss Butler, il nous apprit qu'il avait le projet de partir de Dublin le lendemain. Au milieu de TaTconversation , la maîtresse de la maison nous quitta brusquement; mais elle revint bientôt, tenant un paquet cacheté, qu'elle remit à Roscius , lui disant en même temps : Je vous donne ici , M. Garrick , quelque chose de / plus précieux que la vie ; vous y lirez mes sen-
V ^ ,^ r '- timens; mais j'exige de vous que vous n'ou- " , . .. vriez ce paquet que lorsque vous serez hors
^ i' la vue de Dublin. Nous fumes tous fort sur-
'- ^^ * pris de ce don mystérieux, surtout le chape-
lain du colonel, qui était présent. Comme la dame était naturellement sévère , et qu'elle ne s'était jamais écartée des règles de la vertu , personne ne pouvait soupçonner ce que signifiait ce discours; mais Garrick , aussi confiant qu'homme au monde dans ses moyens de plaire , prit le paquet avec un air de reconnaissance très-«ignificatif , persuadé qu'il contenait , non un riche présent , car celle qui
DE MISTRISS BELLAMT. t2g
Toffrait était publiquement et habituellement généreuse , mais une déclaration de tendres sentimens, que sa vertu ne lui permettait pas de faire connaître à son vainqueur, tant qu'il était en Irlande.
M. Garrick, après le diner, prit congé, et sitôt qu^il fut parti , mistriss Butler nous apprît que ceprécieux paquet, dont elle lui avait fait présent , ne contenait autre chose que les ' Hymnes de Wesley et le Discours du docteur Swift, sur la Trinité, ajoutant que dans son voyage il aurait le loisir dVtudier Fun de ces ouvrages, et de digérer Tautre. Nous rimes tous beaucoup de la plaisanterie. Je dois ajouter que lorsque je le revis , M. Garrick qn^ajiprit qu'à Touverture de son paquet, et voyant quel en était le contenu, au lieu d'^en profiter en bon chrétien , il en avait très-païennement fait un sacrifice à Neptune; pour vous le dire plus clairement , il avait jeté pèle mêle M, Wesley et le docteur Swift dans la mer.
Pendant que jVtais aux appentis de Clontarf, il m'arriva une aventure qui pouvait m^élre très-fiineste , et qui cependant me fait encore rire, toutes les fois que je me la rappelle.