‹ Mémoires de mistriss Bellamy (volume 3)Chapitre 21 sur 110 · TOMB I · texte numérisé non relu

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Uo jour la belle veuve Madden, depuis lady Ely, vint me faire une visite; il était fête; elle devait passer la journée avec moi , je la conduisis, à quelques milles delà, dans une grange où on faisait le service divin , pour la commodité des paysans du canton , pour la plupart pauvres pécheurs de la côte.

Le temps était fort chaud, Téglise pleine; le prêtre qui officiait transpirait si fortement qu^il était obligea chaque instant de s^essuyer le visage; malheureusement il se servait à cet effet d^un mouchoir bien tout neuf, qui , se déchargeant , lui colorait la figure d\me manière vraiment risible.

Ma compagne, fort gaie, et très-peu dévote , me donnait de temps en temps des coups de coude, pour me faire regarder ce pauvre prêtre , et, malgré le respect que j^ai toujours cru devoir à un culte public, j'avais peine à tenir mon sérieux. Le ministre, après Potfice, fit un sermon ; il avait pris pour sujet la chute: de nos premiers parens ; et comme la plupart de ses auditeurs femelles étaient des femmes de pécheurs , il leur dit en vrai style hibemois : « Votre mère Eve vendit son » ame immorteUe pour une pomme; mais

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» telle est votre corruption, malheureuses, » que vous vendriez la vôtre pour une buitre , )» ou peut-être pour une moule. »

Ici ma belle amie ne fut plus maîtresse d^elle-même; elle partit d'un éclat de rire, et s'enfuyant de la chapelle, me laissa seule ^ exposée à toute la fureur de Tauditoire.

J'avais, grâce à Dieu, une réputation de piété qui m'empêcha de courir un vrai périL

Le prêtre, s'adrcssant à moi, me dit que s'il ne me connaissait pas comme incapable de participer à une pareille indécence, il me ferait chasser de l'église : pour l'apaiser, je promis de lui envoyer le nom de la coupable , et le service finit tranquillement.

Mistriss Madden avait très-prudemment remonté à cheval, et était retournée chez moi, précaution sans laquelle elle aurait fort bien pu subir le destin d'Orphée, les fidèles de ce canton n'étant ni moins barbares, ni moins attachés à leur culte que les bacchantes de la Thrace.

Heureusement M. Crump était le pénitent du prêtre oflFensé; il arrangea l'affaire; c'est la seule chose dont je lui aie jamais su gré.

Mistriss Madden n'avait pas de grandes dis«

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positions à subir le martyre pour un article de foi : vous pourrez en juger par le trait sui<vant.

M. Loftus, depuis comte d^Ély, lui fit la cour pendant son veuvage, Tepousa , et bientôt, rassasié de son bonheur, voulut profiler de la loi, qui, en Irlande, déclare non-obligatoire le mariage d'un protestant avec une catholique. Mais la dame, qui n^avait pas beaucoup compté sur la fidélité de son nouvel époux, avait fait, la veille de son mariage, une abjuration légale du catholicisme: Cette précaution, que le mari n'avait pas connue^ le rendit malheureux pour toute sa vie.

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