‹ Mémoires de mistriss Bellamy (volume 3)Chapitre 23 sur 110 · LETTRE XXII · texte numérisé non relu

LETTRE XXII

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•Apres le départ de M. Medlicote, un des hommes présens nous apprit que ce jeune homme, pendant ses voyages, était devenu amoureux d'une belle Italienne qui, partageant sa passion, avait quitté sa famille pour s'enfuir avec lui. Le frère de la dame , instruit de Taventure, avait poursuivi le couple fugitif, et ayant rejoint les coupables, avait offert au séducteur le choix d'épouser son Hélène, ou d'arranger l'affaire au champ d'honneur. M. Medlicote, dans cette alternative, avait pris le premier parti, et s'était lié de l'indissoluble nœud.

Tout le monde fut persuadé que si ma famille et mes espérances eussent répondu à sa fortune, M. Medlicote, regardant comme nul le mariage auquel il avait été contraint, m'aurait offert sa main ^ en dépit de l'honneur et de l'humanité offeiisée. Mistriss Butler déclara

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que rien ne pouvait lui donner plus de satis* ÊLClion que cette démonstration publique de mon innocence. Sans cette preuve, quoique ma conduite en Irlande lui fut un sûr garant de mon honnêteté, elle n^aurait pu ^laisser cotitinuer une liaison intime entre sa fille et une personne dont la réputation n^eûtpas été parfaitement intacte.

Ce dernier mot me frappa; et comme aucun défaut ne me répugne autant que la fausseté, je résolus, quoi qu^il pût en arriver, de dire à mistriss Butler que ma réputation n^était pas absolument intacte , puisque , sans que je Teusse mérité, elle avait été compromise par la scélératesse de deux hommes méprisables.

Pour le moment, je me contentai de plain* dre les personnes de ma profession , toujours exposées aux propos d^une jeunesse inconsidérée qui croit pouvoir se faire un jeu de leur réputation : et cependant, ajoutai-je^ plusieurs personnes avaient long-temps ho-i noré le théâtre par leurs talens, sans avoir jamais mérité aucun reproche dans leur conduite. Telles étaient les Pritchard , les Clive, et d^autres, sans doute, plus dignes peut-être

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de considération pour avoir conservé, dan* une position si périUeuse, une renommée sans tache , que nombre de femmes défendues, ou de la médisance par leur rang, ou du danger par leur obscurité.

Je revins chez moi, agitée et mécontente : après une nuit sans sommeil, je me trouvai le matin avec la fièvre : cette indisposition, qui me permettait une solitude dont j^avais besoin , ne m^affligea point , mais Famitié ne me négligea pas. Mistrîss Butler et sa fille vinrent me voir. Mon absence du théâtre fiit regardée comme une espèce de calamité publique.

Pendant ma retraite, livrée aux réflexions, je considérai la profession que j^avais embrassée sous un point de vue plus humiliant qu^elle ne sMtait encore offerte à mon imagination. Que le premier sot en qui la fortune autoriserait la suffisance, eût le droit de parler de moi sans conséquence ; que mon laquais , si je Pavais mécontenté, pût aller pour im schelling m^insulter sur la scène, cMtaitpour moi une idée révoltante. Pen fus tellement frappée, que je n'ai jamais recouvré depuis Fassurance que j^avais conservée jusqu'alors : n^a maladie s'en augmenta; je fus plusieurs

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jours sana pouvoir jouer; et quand je reparus au théâtre, il s^y passa un événement désagréable, qui, joint à d^autres circonstances, me fît quitter Flrlande.

M. Sfaéridan, à cause de Findiscrétion de M. Saint-Léger, et pour quelques autres raisons, avait annoncé dans les journaux quepersonne désormais ne serait admis dans les coulisses. Il avait donné des ordres en consé- ' quence à toutes les portes. Assez rétablie pour aller à la salle, mais non pour j jouer, je m^ étais rendue un soir, lorsquW officier pris dé vin voulut forcer la sentinelle placée à la porte du théâtre : le soldat persistant dans son refus, Fofficier tira son épée et le perça à la cuisse; le fer se rompit; il en resta un morceau dans la blessure. Entendant du tumulte sur le théâtre , je mVnfuis de la loge dans laquelle j^étais assise , et je courus à la sentinelle voisine pour me mettre en sûreté; c'était précisément Thomme qui venait d'être blessé : je me trouvai à Tinstant entourée par la foule, et obUgée d'assister à l'extraction du fer cassé* dans la plaie. La frayeur que me causa cette scène , dans un moment où je n'étais pas bien remise, me causa une rechute. Au reste, le

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blesse guérit assez promptement ; mais il perdit Tusage de sa jambe, et Taggresseur , qui était un homme de qualité, fut obligé de lui faire une pension pour sa vie*

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