LETTRE XLI
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Je reçus , en arrivant aux eaux , une humiliation d^autant plus sensible, que mon amourpropre égare Pavait moins prévue.
La première personne qui vint me voir , fut M. Saint-Léger. Son intimité avec M. Metham j et Tancienneté de notre connaissance, avaient établi entre nous beaucoup d^aisance et de familiarité. Sitôt que je le vis entrer , je courus au-devant de lui pour le saluer, comme à mon ordinaire ; mais je m^aperçus j quVu lieu de m^aborder avec sa gaieté accoutumée, il avait un air froid et poli, dont surle-champ je lui demandai la raisœi. Il m^ap» prit , alors , qu'il recherchait en mariage miss Butler, avec qui, comme je l'ai dit, j'avais jadis été fort liée; et que, dans peu de jours, il espérait l'épouser. Sa v»ite avait pour objet une commission dont l'avait chargé la mère de cette jeune personne. Elle désirait, en me
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|itiant dVxcuser cette question , que je lui fÎMe savoir si, réellement , j^étais, comme on le disait, mariée avec M. Metham. Si cela notait pas, malgré toute Taffection qu^elle avait pour moi , ni elle , ni sa fille , ne pourraient me voir. Ceci, ajoutait M. Saint-Léger, m^occasionerait beaucoup de désagrémens dans les lieux Rassemblée : il s^ trouvait beaucoup de personnes de la bonne compagnie dlrlande, qui m^avaient connue à Dublin chezmistriss Butler, et qui probablement suivraient son exemple.
Frappée, comme de la foudre, je vis tout-àcoop sVvanouir tous les songes de ma vanité. Je sentis à quel point m^avait dégradée une imprudente conduite, et combien, désormais, ji'étaia peu digne des bontés de la plus respectable des femmes. Après avoir remercié ML Saint -Léger de m^avoir épargné , par cette démarche , un afiront public , je le priai d^ofinr, tant à mistriss qn^à miss BnU- 1er y rhcmmiage de mon respect, ainsi que de ma reconnaissance. Mais je n^eusse pas mérité leur estime , si j^avais cberc^ à ÏA conserver par un mensonge , et jetais obligée dPavouer, qo^avec un espoir très^probable
dMpouser M. Metham , je nVtais point encore safemme. J^ajoutai que, ne pouvant meflatter dé voir mistriss Butler, j^allais sur-le-champ quitter Tunbridge.
Vainement M. Saint-Léger chercha à m'en détourner, en me faisant espérer que ma franchise compenserait aux yeux de mistriss Butler Firrégularité de ma conduite; mon parti était pris : la soirée me fournit de nouveaux motifs pour y tenir. Quelques amis, ayant su mon arrivée, vinrent me voir. Je voulais cacher Timpression de tristesse que m'avait laissée la conversation de M. Saint- Léger. Nous jouâmes; quand on se sépara, je trouvai que de deux cents et quelques livres que j'avais apportées, il ne me restait que douze guinées. Sur cela, il me fallait payer une semaine de loyer qui en emportait à peu près la moitié. ->
Le lendemain matin, je partis n'ayant plus qu'une demi-guinée. Mon courage était encore plus épuisé que ma bourse : je n'osais, dans mon humiliation, me rappeler toutes les chimères dont je m'étais bercée en venant. Ainsi finit cette course aux eaux de Tunbridge, où je m'étais promis tant d'amusé-
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ment. En m^en retournant ,.je dînai à Broml ey ; mais lorsqu^on me présenta la carte, je fus obligée , pour la payer, d^avoir recours à ma femme de chambre , la bonne Obrien , qui , non contente de me soulager , entreprit de me consoler par la perspective de la gloire qui mutait promise pour Tété suivant. Le refus que je me proposais de faire d'un amant tel que le roi de France devait infailliblement me faire passer à jamais pour un modèle de vertu et de délicatesse. Je souris à cet avenir consolateur, dont la supposition me rendit un peu de gaieté. La vanité, comme ces corps flottans que le moindre poids pousse sous les eaux, se remontre bientôt à la surface.
Arrivée le même soir à ma demeure , en Frith-Street, je nWais pas un schelling pour payer les quatre, chevaux de trait que j'avais jugé à propos d'ajouter aux miens , non plus que les deux chevaux de selle qu'avaient montés ipes gens. J'envoyai , sur-le-champ , chez M. Brudenell , qui ne quittait guère la ville , et qui m'envoya vingt guinées.
En attendant le retour de la personne qui était allée chez lui , la voiture était restée à la porte : Pierre, ce jeune Flamand que j'avais
pris à mon service , la gardait. Deux hommes bien vêtus voient, en passant, ce brillant équipage, etTun témoigne à Fautre quelque curiosité de savoir à qui il est. Il appartient i^ ma maîtresse, répond Pierre avec un air d^importance. En ce cas , lui répond-on , je vou-^ drais bien savoir qui le paiera. Pierre, indigné, vint me dire , presque les larmes aux yeux , ce quWaient dit les deux passans.
Bon ! dis-je en me moquant de lui , vous nWiez qu^à répondre à ce monsieur que ce serait lui, si cela lui plaisait. Pierre redescend , et attendant toujours dans la rue , voit revenir les deux hommes , dont Fun répète la question. Pierre , alors , lui répond hardiment : C^est vous , monsieur. Très-volontiers, reprend celui-ci; et, sans cérémonie, tous deux montent dans la maison.
Je les vois entrer ; c^étaient M. Fox et son commis M. Calcraft. Jefiis, je Favoue, trèssurprise , n^ayant précédemment vu qu'aune seule fois M. Fox. J^avais , il est vrai, été présentée à sa femme par les filles du comte d^Albermarle. Ces dames m^honoraientd^ine bienveillance particulière, surtout feu lady Caroline et la marqw^se de Tavistock. Souffrez
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qu^ici j^oflFre quelques fleurs à la mémoire de ces deux chères et respectables personnes. La seconde , surtout , a des droits à une reconnaissance que je lui paie du plus profond de mon cœur. La dernière fois que j^eus le bonheur de la voir , elle me promit une retraite qui, avec Tavanlage de me procurer une existence indépendante, m^eût permis de jouir de isa société toutes les fois que les devoirs de son rang ne Teussent pas occupée. LorsquVUn me fit cette promesse, elle se portait à merveille; et cependant un secret pressentiment m^avertit que je ne la reverrais plus. Je o« prétends pas expliquer ces avis intérieurs qw rarement m^ont trompée sur Favenir; mais quelespersonnes'attentivesàserendrecompte de leurs sensations, nous disent, si souvent elles n^ont pas trouvé , dans leur ame attristée , le sentiment invol<mtaire de cette triste prévoyance.
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