‹ Mémoires de mistriss Bellamy (volume 3)Chapitre 43 sur 110 · LETTRE XLII · texte numérisé non relu

LETTRE XLII

16 septembre 17 — .

M. Fox , en entrant , me dit qu^il espérait que la bizarrerie de Paventure et une tentation qu^il n^avait pu vaincre lui serviraient d^excuse. Celui qui Faceompagnait avait un air gauche et craintif que je ne remarquai pas , mais qu'observa Obrien qui se trouvait dans la chambre. Le messager que j^avais dépéché à M. Brudenell, revenant alors, les chevaux furent payés et renvoyés. Précisément dans le même moment, le général Wall et le comte Haslang, étant venus à passer, et voyant chez moi de la lumière , entrèrent pour me voir. La conversation devint générale.

M. Fox , avant de sortir , me pria de trouver bon qu'il vînt me voir quelquefois. Il se trouvait pour lors à la ville, et souvent seul, parce que lady Caroline , à cause de sa santé , couchait ordinairement à la campagne. Jene connaissais pas alors toutes les vertus de ce grand

et estimable homme , sans quoi j^aurais agréé son offre avec bien de Fempressement ; mais par considération pour sa femme, je répondis froidement que je serais flattée de le voir quand il pourrait me faire cet honneur. Ainsi se termina cette visite , qui commença par la légèreté et finit par la politesse.

Après son départ, LL. Ex. me demau- - dèrent par quel hasard un personnage du rang de M. Fox était venu chez moi : elles ne ly avaient rencontré ni à la ville ni à la campagne. Je leur racontai tout uniment ce qui avait donné lieu à cette visite. Le général rit de Paventure. Mais le comte , avec un sourire , me demanda si M. Fox, voyant mon etnbarras, mWait offert de m^aider. Je répondis que sûrement, un homme comme M. Fox ne se serait pas permis une pareille inconvenance. Sur quoi le comte , avec un petit mouvement dVpaule , se contenta de dire : Hum ! C'était sa manière d'exprimer Papprobation ou le blâme. Dans le premier cas, il inclinait la tête ; et dans le second , il levait un peu les épaules.

On se préparait à jouer : nous attendions deux dames que j'avais invitées à passer la

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soirée, lorsqu^un de ces messieurs , ^^fS^^ dant sur la cheminée quelques porcelaines , aperçut un papier plié qui ressemblait i un billet de banque. Comme je leur avals dit que je nWais que les vingt guinées que mV** vait envoyées M. Brudenell , ils me demandèrent si je savais que ce billet fut là. Nous rouvrîmes ; il était de 5o liv.

Je ne doutai point que M. Fox n^eût pris oe moyen pour me tirer d^embarras sans of» fenser ma délicatesse , et je me disposais à renvoyer sur-le-champ le billet, ne voulant pas avoir une obligation de ce genre à un homme que je connaissais à peine. Le comte m^en empêcha : ce serait , dit-il , faire un affront à celui qui me Pavait donné. Je nVurais pas fait scrupule de recevoir de lui cette somme, k Toccasion de mon bénéfice ; je ne devais pas en faire davantage en cette occasion. On me persuada , et je me regardai comme redevable à la générosité de M. Fox , de cette gratification si délicatement offerte.

Je doublai cette somme le même jour , en .gagnant cinquante autres livres aux diplo*mates. Avant de nous séparer , nous convînmes, le génétal, le comte et moi, de mon-

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ter, quelques semaines avant Pouverture' du théâtre, une banque de pharaon « conjointement avec le marquis de Vemeuil, que nous attendions chaque jour d'^Yorkshire. Je n^ay$is pas beaucoup d^argent, mais j^avais des diamans , du crédit , et je vis que je n^aurais pas grande peine à faire les looo liv. que je devais , pour ma part, mettre dans la caisse.

Cependant, j^allai à Richmond pour y passer quelques jours , avant la saison qui devait me ramènera la ville. J^étais à peine descendue de voiture,lorsqu^on m^annonçaM. Lacy, associé de M. Garrick dans la direction du théâtre de Drury-lane. Il demeurait à Isle- Worck , dans le voisinage , et comme nous étions assez liés , je crus que sa visite était accidentelle. Mais en entrant, il m^apprit, à ma grande surprise , que mistriss Cibber était engagée à Covent-Garden, ainsi que Barrj; et que M. Quin , pour quelque mécontentement, avait quitté le théâtre.

JPavais peine à croire cette dernière nouvelle , ne pouvant penser qiie M. Quin , qui me traitait avec tant d^amitié, m^eût laisse ignorer un fait aussi important pour ma posi-r tion. L^învraisemblanee de cette assertion eûf

dû, je Favoue, me tenir en garde contre les

autres. Mais, sans les révoquer en doute, et

furieuse de ce que je regardais comme uiie

nouvelle preuve de la duplicité de M. Rich,

qui n^avait cessé, non plus que sa famille, de

/ conserver avec moi Funion la plus intime , je

I signai sur Fheure un engagement pour trois

l^ans , que M, Lacy avait apporté avec lui.

Je n^eus pas plutôt mis mon nom à Facte , que le directeur , avec cet air de malice que prend le Diable dans la pantomime , quand il a déterminé le docteur Faustus à signer le fatal mandat, me dit que Fengagement de mistriss Cibber était un bruit de ville; mais qu^il n^oserait pas répondre de sa vérité. Cependant , ajouta-t-il , dans tous les cas, il sera toujours heureux pour vous de jouer avec mon associé, dont la réputation donne du mérite à ceux qui n'^en ont point, et en.ajoute à ceux qui en ont.

Je fus très-mécontente de la trpmperie quW venait de me faire. Iln^a pointdeperte que je n^aimasse mieux supporter que de me voir tromper, même pour me faire obtenir la chose que je désirerais le plus. Au reste , je

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le pardonne à M. Lacy : c^ést Faction, et non rhomme qui soulève mon indignation.

Le même jour, au moment où je me met^-^ tais à table, entrèrent M. Rich et M. Bencroft. Le directeur me salua comme à son ordinaire. • J^avais du monde ; nous ne pûmes parler d^affaires avant le dîner. Aussitôt qu^il en trouva le moment , il me dit qu^il avait engagé M. Barry, et qu^il m^avait apporté un engagement prêt à signer. Il en résulta une explication. M. Rich , pressé par Barry d^engager mistriss Cibber , s^ était refusé : rengagement qu^il se proposait de prendre avec moi , était de trois ans, à raison de cinq , six et sept cents livres par an. Il allait se trouver obligé de prendre mistriss Cibber, aux conditions qu^elle voudrait.

J^aurais bien désiré d^annuler les condi* tions faites avec M. Lacy. D'une part , il ne me donnait que 3oo liv. , et de Fautre jVusse ,' mis un grand prix à jouer avec M. Barry , ! vraiment supérieur dans Femploi des jeunes i premiers. Ceux d^amoureuses étaient préci- -, sèment ceux qui convenaient à mon âge , à ma ' figure et à mes moyens. •

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J^eus tout le temps de me repentir et de déplorer la précipitation arec laquelle j^ap- ▼aïs traite^ ssos consulter mon digne ami HL Qoin*

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LETTRE XLin.

A mon retour de Richmond, notre entreprise de banque de pharaon s^exécuta. Taug*mentai ma maison dW cuisinier et d^une £emme de chambre française.

Nous débutâmes d^une manière brillante.

Cétait ordinairement le marquis de Vemenil on moi qui taillions : la banque était ridie ; elle fut heureuse.

Teos bientôt assez gagné pour retirer mes bijoux^ p^yer mes dettes, et, malgré la grande dépense que je fidsais , mettre en réserve quelques centaines de livres. Le comte et le général m^envoyaient souvent des présens de vin , de chocolat; enfin, je crois que, si les occupations du théâtre ne m^eussent détournée de eette kicrative opération , j^aurais pu faire ma fortune.

Je perdis alors ma fidèle Obrien. Sa mort

me priva d^une domestique rélée, et, je ne crains pas de le dire , d^une tendre amie.

Le marquis de Verneuil était retourné à Paris; et M. Garrick étant arrivé à Londres, je fus obligée de m^occuper sérieusement des travaux de mon état. Le zèle et Facti vite étaient indispensables à ceux qui servaient sous les drapeaux de ce grand chef. Comme lui-même ne négligeait rien de ce qui pouvait contribuer au succès des représentations , il exigeait de ses coopérateursun égal dévouement. L^hiver précédent , il avait engagé mistriss Ward , pauvre supplément à Finimitable Cibber, qui cette année n^avait pas joué, parce quelle était malade. La nécessité le forçait de jouer avec elle; mais elle le révoltaitpar son défaut de sensibilité. Elle lui en donna un jour une grande preuve, en rajustant, pendant une des scènes les plus tendres de la Belle Pénitente, un de ses bracelets, qui s^était dér taché.

Les deux théâtres s^ouvrirent, cette année , par Roméo et Juliette. Nous jouâmes, Garrick et moi, ces deux rôles, à Drury-lane; Barry et Cibber les jouèrent à Covent-Garden. Mais, pour seconder leurs talens, M. BJch

avait joint à la représentation une superbe procession funéraire. Ce directeur aimait singulièrement à montrer son^ goût dans les grandes cérémonies, telles que mariages, triomphes, entrées solennelles, pompes fu-^ nèbres, et autres. Il eut, cette année, une belle occasion de dépenser presque autant dWgent que la pièce lui en rapportait. La lutte entre les deux théâtres dura fort longtemps , et tout le monde convint, qu\à Texception de la scène du moine, Barry Tavait emporté dans Roméo. La pièce eut tant de représentations , que le public etles acteurs finirent par sVn ennuyer. Nous eûmes, cependant, j^ Favantage de quelques soirées; mais ce ne ^^^^ fut pas sans le secours de bon nombre de billets , qui furent distribués à cet effet ^j

Pendant que cette pièce se donnait , on me dit im jour, au foyer, qu'un monsieur et une dame âgés me demandaient. Je les fis entrer dans ma loge. L'un etfautre paraissaient avoir environ soixante ans. Le mari me dit qu'il s'appelait M. Gansel : il avait un fils, capitaine aux Gardes. Sujet à des- attaques de goutte , il ne voulait point siéger au Parlement. Etant venus voir Roméo et Juliette,

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