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"HgO MEMOIRES
sa femme et lui avaient été enchantes de mon jeu. La réputation dont je jouissais, dans ma vie privée , et dont leur avait rendu compte une personne dans la maison de qui ils demeuraient, avait ajouté à leur approbation, et ils nVvaîent pu résister au désir de faire connaissance avec moi. Ils m'invitèrent de suite à aller , au premier moment que j^aurais à perdre, les voir dans Southampton-Street , Covent-Garden , ou à Donnalan-Park,près Colchester.
La nouveauté de cette présentation , jointe au maintien simple et franc du bon vieillard , me fit un vrai plaisir. Je promis de bon cœur que j^irais les voir le lendemain : mais il £illut , pour les contenter , que jVUasse le même soir souper chez eux. Leur voiture était prête; ils offrirent d^attendre que je fusse déshabillée. Pour ne pas mortifier des^personnes aussi prévenantes, je les accompagnai. Au bout d'une demi-heure , nous nous étions aussi liés que si nous nous fussions connus depuis plusieurs années. La vraie politesse hait la cérémonie : une liberté décente y une familiarité noble et franche, distinguent la véritable urbanité,
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que ne connaissent ni les petits esprits , ni les révérencieux hypocrites.
M. Gansel était doué de beaucoup d^esprit naturel qu'il avait cultivé par Tétude et les voyages. Il avait assiduement suivi le théâtre de Drury-*lane pendant le temps] des Booth, des Wilks et des Cibber, et payait un juste tribut d^admiration à ces grands acteurs. Il avait aussi été attaché au char de la célèbre mistriss Olfield (i); c^était unej chronique vivante ; mais son cœur', meilleur encore que sa mémoire/ était] généreux, humain et sincère :son ame trop haute poiur^daigner fla|.ter^ même un roi, était en même temps si sensible , qu^il eût craint d^offenser un insecte. Je me fis un bonheur de cultiver une aussi précieuse connaissance ; pour'répondre à Fhonnêteté que j'avais reçue , j'invitai mes nouveaux amis à venir le lendemain dîner avec moi. M. Gansel accepta, ce qui me garantit le consentement de sa femme.
(]) G'ett celle dont la mort prématurée excita tant de regrets , et dont le convoi fut suivi par les plus grands personnages de TAngleterre. Voltaire en fait mention dans sa belle Epttre sur la mort de mademoiselle le Couvreur.
( Jioie da traducteur. ) >9*
Mistriss Gansel sentait la supériorité de son mari, et lui soumettait entièrement sa volonté. Ne s'occupant guère que de son intérieur, elle savait faire une chemise, assaison-* ner un pudding; cMtait ce qu^on appelle une bonne ménagère. Notre liaison dura tant qu^ils furent à la ville. Cette amitié, si brusquement formée, s^est trouvée, comme vous le verrez , être en résultat Tun des événemens les plus malheureux de ma vie.
M. Metham , vers ce temps , revint à Londres. Le plaisir qu'il éprouva en voyant le succès avec lequel j Wais soutenu la concurrence de la première tragédienne du monde, fvd extrême ; il ajouta , s'il eût été possible , à son attachement. Ma mère, avec mon enfant, était aussi revenue à la ville ; mais comme ma maison était trop petite pour cette augmentation de famille , je pris pour ma mère un logement dans le voisinage. M. Metham en prit un chez Deard , dans Pall-Mall.
En rompant notre banque de pharaon , j'avais prudemment congédié mon cuisinier; une femme de chambre mal choisie avait remplacé ma bonne Obrien ; mon domestique m'avait quittée pour s'établir ; et je me
trouvai livrée à de misérables mercenaires , occupés de leurs intérêts beaucoup plus que des miens: mon assiduité au théâtre fecilitait leurs déprédations en m^empéchan t de les surveiller.
Une circonstance extraordinaire m^avait privée de ce jeune Flamand qui me servait avec tant de dévouement. On me dit un jour qu^un étranger demandait à me parler: madame Brillant , très-sensible à tout ce que j'avais fait pour elle pendant son séjour en Angleterre , profitait de toutes les occasions pour m^adresser quelques témoignages de sa reconnaissance : je présumai que la personne annoncée me venait de sa part. Je fais entrer Tétranger : il me demande si je n^ai pas à mon service un nommé Pierre ; je lui réponds que oui. Ah ! grâce à Dieu , sV'crie-t-il , j^ai donc trouvé mon fils ! Pendant le silence que suivit son agitation , Pierre entra , tenant par la main mon petit garçon ^ qu^il venait de faire promener: en voyant son père, il tomba immobile sur le plancher : ce ne fut pas sans peine qu'on lui fît reprendre ses sens. Lorsqu'il eut recouvré la connaissance^ son père, en l'assurant de son pardon, hii dit que son
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camarade était vivant. A ces mots j le jeune homme , d^un air satisfait , se jeta à genoux en criant]: Dieu soit loué ! Dieu soit loué !
Je ne comprenais rien à tout ce que je voyais, LMtranger me Fexpliqua. Il était riche , et marchand de vin à Bruges , en Flandre : son fils , à Tàge d'environ douze ans, ayant eu une quereUe avec un camarade de collège, en avait reçu un coup: furieux, il avait plongé dans le sein de son adversaire un couteau qu'il tenait à la main. Epouvante de son action , et des suites qu'elle pouvait avoir , U s'était enfui. Son père , pendant six ans , l'avait cherché sans succès : appelé à Londres par quelques affaires , un de ses compatriotes lui avait dit qu'il croyait avoir vu son jfils entrer dans Frith-Street j en suivant cet indice , il Pavait trouvé.
Je regrettais de perdre Pierre ; mais je le félicitai du changement de son sort. Son père m'invita , si jamais je passais dans son pays , à le mettre à même de me témoigner sa reconnaissance : j'^allai le voir en effet quelques années après , et il me procura tous les agrémens qui dépendaient de lui.
SB MiSTBISS BBLLAMT. U^
LETTRE XLIY.
8 octobre 17 — .
Ma mère m^importunait sans cesse pour que je pressasse M. Metham de mVpouser ; je lui promettais de le faire , mais j'en négligeais souvent Foccasian. Enfin ,lViyant saisie, je lui demandai , sans détour , s'^il comptait se marier avec moi. Sur cette question ^ il me cpiîtta sans me répondre un seul mot. Cette grossièreté me surprit doutant plus qu'il était très-poli pour tout le monde, et surtout pour moi. Extrêmement ofFensée , je dis au domestique de ne pas le laisser entrer quand il se présenterait.
Une heure après , je reçus de lui un billet^ par lequel il m'apprenait que son beau-frère M. Dives, et lui , se proposaient de venir diner avec moi ; ils voulaient me parler d'affaires, et désiraient que je n'eusse pas d'autres personnes. J'acceptai , persuadée qu'ils venaient
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