‹ Mémoires de mistriss Bellamy (volume 3)Chapitre 71 sur 110 · LETTRE LXIX · texte numérisé non relu

LETTRE LXIX

5 JHiUat ijk — .

Après avoir satisfait aux émotions d^un cœur sensible, et aux mémoires exorbitans dé la maîtresse de Thôtel, qui me rançonna avec la dernière insolence, je me trouvai moi-même dans le plus grand embarras. Je n^avaisplus que quelques ducats de reste; et comme jMtais en deuil, tous mes bijoux con* sistaient en une montre et un jégnus^Dei^ dont le diamant était de quelque valeur. Je résolus de m^en défaire, comptant en tirer un parti avantageux dans un pays si dévot; mais mon compagnon de vojage s^ opposa , et me dit qu'ail me procurerait sur mon billet, payable à vue en Angleterre, tout l'argent dont jVurais besoin.

Ce secours vint très-À-propos , car ma jeune pupille fîit bientôt si malade, que je fus obligée de retarder mon voyage : ses malheurs, ee brusque passage du désespoir à

une délivrance inespérée, avaient affecté trop vivement une constitution si délicate ; j Vus la douleur de la voir languir et sVteindre par degrés. Cet incident me retînt si longtemps à Anvers , que je fus forcée de différer encore le voyage de la Haye ; d^ailleurs , une lettre d'Angleterre m'apprenait que le théâtre devait rouvrir en septembre.

Dans les dispositions où j'étais à l'égard de M. Calcraft , j'aurais voulu • ne retourner jamais dans ma patrie. Ma maison m'était disvenue si odieuse., que l'impulsion seule de l'amour maternel , avec la certitude de trouver mes affaires pécuniaires en règle , pouvait m'y déterminer. Enfin , je me décidai ; mais l'indisposition de miss French, qui était devenue » d'une affreuse maigreur , rendit notre marche plus lente.

A. mon arrivée en Angleterre, je trouvai, à, mon grand chagrin , que M. Calcrafl, qui était alors à Marlborough , n'avait tenu aucune de ses promesses. Comptant sur sa parole, je n'avais pas cru nécessaire de mettre mes créanciers dans la confidence de mpn voyage. La publication de mon nouvel engagement au théâtre, insérée dans les

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papiers publics, était plus que suffisante pour calmer leurs inquiétudes ; mais il était mortifiant pour moi d^étre réduite à user de pareils moyens.

Je crus devoir, en cette occasion, consulter ma constante, amie de Sommersethouse , lady Tyrawley , qui me conseilla de quitter la maison si M. Calcraft ne payait pas mes dettes. A son retour, crai^ant une explication, il se dit malade, et mit tous ses soins à m^éluder; mais malgré ma répugnance à entrer dans de pareilles discussions avec un homme que je méprisais, et me croyant en droit de demander Faccomplissement à^ane promesse qui à mes yeux était une dette sacrée , mon parti était pris irrévocablement; en conséquence, je descendis à son bureau, et avec une chaleur qu^il ne mVvait jamais vue, j^'insistai sur ce qu^il remplit ses engagemens, lui reprochant son in- ' fidélité à les tenir, et lui laissant voir ma ferme détermination de quitter sur-le-champ la maison si j^éprouvais im refiis.

Il objecta qu^il avait fait des pertes considérables, acheté deux terres, et avancé de fortes sommes pour lord Granby , ce

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qui Favait épuisé. ^11 avait espéré que le legs de miss Meredith, montant à sept cents livres , sans.les bijoux, m^aurait mise à Taise. Je lui rappelai les douze cents livres qu^il fallait en déduire, et lui dis que je devais en outre environ trois mille livres, ce dont Clifibrd, au reste, lui ferait un meilleur compte que moi. Je conclus en lui déclarant que j^entendais que ces dettes fussent payées.

n secoua la tête, en observant que la somme était exorbitante ; mais si je consentais à en retarder le paiemmt jusqu^à mon bénéfice y il me tirerait d^embarras , sur ma promesse de ne plus faire de dettes. Je répondis que je ne roulais pas qu'ion me fit de condition ; mais que s^il voulait me débarrasser de la charge de son frère et de sa sœiir , jY consentirais. Il devait savoir que la rente qu^il me passait pour cetobjet, était insuffisante; il était hon«* teux pour lui de restreindre à sa paie les dépenses dhm jeune homme placé dans un régiment aussi coûteux que celui des gardes ; et à une pension de 5o liv. , celles d^une jeun« personne obligée de paraître décemment. Je lui remis le mémofare du vin y article qui n^entrait pas dans ceux que je devais payer. Sa r^

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|[>oiise fttt une traite sur son banquier , que jVus soin de faire acquitter dès ce jour même. . Cette opération me donna un peu de calme. Mais comme lé maître n'en était pas moins méprisable à mes yeu^ , la maison ne mVn fut pas moins odieuse.

A la même époque, lady Caroline Keppel tomba dangereusement malade, ce qui alarma lady Caroline Fox, ainsi que toute la famille. Les médecins envoyèi^ent , comme moi, cette jeune personne à Bristol pour y mourir; mais elle échappa presque aussi miraculeusement que je Pavais fait. M. Adair , qui , depuis , eutle bonheur de voir lady Caroline sa femme, déclara , en cette occasion , qu'il nous croyait toutes deux immortelles. Hélas ! il devait bientôt éprouver que son épouse ne Tétait pas. Avant d'être bien rétablie, pressée par sa sœur, lady Tavistock, de l'accompagner en Portugal, les soins tendres et assidus qu'elle rendit à celle-ci, lui coûtèrent la vie, au grand regret de tous ceux qui avaient le bonheur delà connaître.

La perspective que m'offrait, cette année ^ le théâtre, n'avait rien de trè»-brillant. La plupart des dames qui m'avaient honorée de

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leurs bontés, étaient malades, absentes ou mortes j ce qui changeait de beaucoup ma situation. Mes liaisons politiques ne me promettaient pas plus de satisfaction. M. Fox fit la faute d^'accepter les sceaux ; poste où il devait avoir trop dVntraves pour faire le bien* On eut beaucoup de peine à Vy déterminer. Son acceptation fut accompagnée d'aune circonstance singulière. Il se vit trois fois ministre, et trois fois simple particulier, dans Tespace de vingt-quatre heures-

Sa perte fut vivement sentie par le département de la guerre. Aucun secrétaire d^État ne sMtait acquitté de ses fonctions aussi honorablement , ni ^vec autant de satisfaction pour le public. Son attention infatigable descendait jusque dans les plus petits détails. Jamais un officier n^^était obligé de paraître deux fois à son audience; et il savait, dès la première, si sa demande était de nature à réussir ou non.

Il est vrai , et c^est une réflexion qui se sera naturellement présentée; il est vrai, dis-jc, qu^un homme d'^un génie aussi élevé, et dW sens aussi juste que Tétait M. Fox , ne pou-vàit guère se trouver heureux dans une si-

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toation où il n^avait pour second qu^un homme dont les talens se bornaient à savoir donner à diner. Mais une fois qu^il eut cédé à des suggestions dangereuses, il ne lui fut plus possible de revenir sur ses pas : et chaque jour il eut à réparer les bévues de son agent.

La nouvelle administration où il entrait ne fut pas heureuse. Une suite d^événemens imprévus, le départ de la flotte, et la fatale catastrophe qui donna à M. Pitt une si belle occasion de faire briller son éloquence ; tout contribua à son discrédit. -

Uambition de M. Calcraft fut fort trompée, lorsquUl vit qu^il nVvait pas été nommé secrétaire de son patron. Le nouveau ministre donna cette place à son neveu, M. Digby. Ce chagrin affaiblit beaucoup les liens de la reconnaissance quMl devait, à tant de titres, conserver pour M. Fox. n ne put dissimuler son mécontentement, feus beau lui faire sentir combien il était peu propre à siéger au parlement : il sMtait trop flatté de figurer dans la Chapelle de Saint-Etienne , pour écouter mes représentations. Pour éluder le règlement qui

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exclut du parlement les premiers commis des secrétaires d^Etat, il s^ëtait proposé défaire passer Fagence des régimens à ses deux priucipaux commis^ en se réservant la plus grande partie des émolumens.

Ses prétentions me firent pitié. Sans doute, lui dis-je , à votre entrée dans la chambre , vous ne serez pas long-temps à savoir de quel côté vous aurez à siéger; ou plutôt, vous ne serez guère propre qu^à dire oui ou non. Il parut choqué de ma manière de le juger , et me répondit qu'il était encore assez jeune pour apprendre; qu'il avait été assez long-temps dans la dépendance, et qu'il ne voulait plus être l'esclave de personne. Fatiguée de tant d'insolence et d'absurdité , je lui dis que j'étais fichée de prendre tant de peine pour l'empêcher de paraître un monstre d'ingratitude. S'il réussissait dans ses projets , je lui garantissais le mépris et l'indignation de tout être raisonnable. Il fut frappé de ma vivacité el de l'expression de mépris que j'avais mise dans toute mon action, et parut, pour le moment , renoncer à ses grands projets.

Mais sa conduite prouva , depuis , que cet(e prétendue déféreace à mon opinion v?éuÀ%

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qu^un masque qu^il avait pris pour me d^ guiser ses véritables desseins , et pour se débarrasser de ce qu^il appelait mes jérémiades.

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