LETTRE LXX
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TovT conspirait à rendre ma situation plus pénible ; et ces constantes agitations d^espril prirent tellement sur ma santé, que je parus rarement sur le théâtre. La mort de miss French , qui expira à table sous mes yeux , quoique prévue depuis long-temps , m'affecta beaucoup. J'ai appris depuis, que le misérable dont la trahison Pavait ainsi fait périr dans sa fleur, avait été chassé pour cause de pol*» tronerie. Il n'y a que des Llches qui puissent traiter avec tant d'inhumanité un être faible et sans défense, une femme sensible et con^ fiante.
Les mauvais succès des affaires publiques vinrent ajouter à mes chagrins domestiques. M. Fox devint l'objet des calomnies les plus grossières , et fut responsable des fautes d'autrui. Il avait été jugé nécessaire d'engager des troupes étrangères pour la défense du
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royaume. CVtait un beau champ pout* Téloquence d^un orateur, qui, entre autres expressions hasardées, se permit celle-ci : « Puisse la motion devenir une meule de moulin, qui , suspendue au cou de celui qui Ta faite , Fen traîne dans Fabîme. »
Enfin , abreuvé de dégoûts , de contradictions, de calomnies, M. Fox donna sa démission. S^il lui eût été permis d'agir seul , et par ses propres lumières , je ne doute pas qu'il n'eût continué à tenir le gouvernail avec succès.
M. Pitt ne manqua pas d'adopter le plan qui avait valu tant de censures à son prédécesseur. C était en Allemagne quHl fcdlait conquérir V Amérique. Lorsqu'il en fit la motion dans la chambre , M. Fox se leva , et dit : « Je suis charmé de voir l'honorable membre rétracter l'opinion qu'il a soutenue jusqu'à ce jour : je fais des vœux sincères , pour que ce qui devait être à mon col une meule de moulin ^ devienne un diamant (i) aussi précieux que celui qui porte son nom , et qu'il pare le chapeau de M. Pitt. » L'air et le ton
(1) Oumant connu fous le nom do "Piu,
ajoutèrent infinimeat au mérite de la pensée/ Elle faisait sentir la versatilité du credo poli*^ tique de M. Pitt , et TuniforDiité du système de M. Fox , qui avait été invariablement dirige vers le bien public , comme Faiguille aimantée vers le nord.
Jetais aussi lasse de mes liaisons politiques, que de mes engagemens au théâtre. Vers la fin de la saison, je me proposai de passer sur le continent , ne doutant pas que M. Calcraft ne payât mes dettes^ Mon attente , en ce point, fut cruellement trompée. Dès que rhiver fut passé , M. Galcraft se rendit chez lord Tyrawley , lui apprit qu^une perte considérable, qu^il venait d^essuyer, le mettait hors dVtat de se charger , pour le moment , de mes dettes, et le pria de m^engager à patienter jusqu^à rhiver suivant II offrit, en même temps , de signer avec moi un billet à Sparks , pour les 4oo Uvres que je lui devais.
Je fus obligée d'accéder a cette dernière propositiim , et je souscrivis avec lui le billet pour Sparks ^ qui n'a jamais été payé.
J'empruntai deux mille livres , sur mes bijoux , à Bibby , préteur sur gages, qui de-
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nieurait dans la rue Stanhope^ Clare^Market, et joignant cette somme à Targent que j'avais tiré de mes bénéfices , je satisfis mes créanciers , autant quUl me fut possible , ne réservant que 200 livres pour mon voyage de la Haye. Plus la société devenait désagréable pour moi ^ plus je sentais le besoin de quitter le royaume. J'étais si abattue ^ que la conversation même avait perdu pour moi tous ses charmes. Je dissimulais cepen-r dant la cause de mes chagrins ^ comme si j'eusse été coupable de la perfidie dont j'étais la victime ^ et que mes malheurs eussent été f effet de ma propre imprudence , et non de la duplicité dHm autre.
Mon voyage de Hollande, pendant lequel il ne m'arriva rien d'intéressant , se borna à une course de deux mois. A mon retour en Angleterre , je fus invitée à m^engager en** eore avec M. Rich. Mais Barry étant allé en Irlande ^ je ne voulus pas hasarder ma réputation ^ en jouant dans une salle vide de spectateurs. Ainsi ^ persuadée que M.^Calcraft paierait mes dettes ^ je me refusai à tout engagement Ma santé était parfaitement rétablie ; maïs j'avais conservé une méian^
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colie que rien ne pouvait distraire. Rappelai la dissipation à mon secours; cette ressource ne me réussit pas. La plaie était • au cœur, et Fespérance seule eût pu la cicatriser.
Bientôt M. Woodward me proposa de rejoindre Barrj , à Dublin , au théâtre de x Crow-street , auquel tous deux étaient intéressés, n avait été assez peu sage pour quitter Garrick , à Foccasion d'un léger différent , et pour exposer une fortune de onze mille livres dans une entreprise de théâtre, en société avec Barrj^qui nWait pas un schellingà lui, et qui était accablé de dettes. Pour commencer à jeter son argent par les fenêtres , il se proposait de faire bâtir un nouveau théâtre.
M. Mossop venait d'en élever un autre, en concurrence avec le leur ; et d'après Taccueil que j'avais reçu à Dublin , dans ma première jeunesse , il était naturel de supposer que mes succès sur les théâtres de Londres devaient me rendre une acquisition précieuse pour celui des deux auquel je m'engagerais» Je répondis à M. Woodward , qui m'avait écrit à ce sujet , que je ne pouvais , si
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long-temps d^ayance, me décider sur ses propositions ; mais que , si je me déterminais à passer en Irlande , je lui donnerais la pré-, férence.
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