‹ Mémoires de mistriss Bellamy (volume 3)Chapitre 76 sur 110 · LETTRE LXXV · texte numérisé non relu

LETTRE LXXV

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M. Calcràft étant, un soir, à la represaitation de Zaïre (1), les applaudissemens extrêmes que je reçus ranimèrent sa passion, et rengagèrent à tout tenter pour opérer entre nons une réconciliation. M^ayant épiée un dimanche , il vint au--devant de moi dans Derby*c6urt , et me supplia de lui accorder

(i) Traduction de la pièce de Voltaire , par Aaron Hill, donnée en 1735. Dans la pièce anglaise, Zaïre, à la deuxième scène du quatrième acte, au lieu de laisser tomber maigre die quelques pleurs qui surprennent son amant, se jette par terre. Orosmane ne lui en dit pas moins : Zaïre, vous pleurez. Voltaire remarquait qu'il eût dû dire : Zaïre , vous vous roulez par terre. Les Anglais réclament le sujet de Zaïre , comme étant originairement une conception de Shakespeare. C'est par le rôle de Zaïre que débuta au théâtre la célèbre mistriss Cibber. Aaron Hill a ti*aduit aussi Alzire et Mérope, et fait plusieurs pièces originales. Il était né en i684 ; il est mort en 1760

{Note du iraducieur.)

une demi-heure de conversation. Sur mon refus, il me pria, si je ne voulais pas me réconcilier avec lui , d^écouter une proposition qu^il. avait à me faire, et qui tendait à Farrangement du procès relatif aux diamans. Je le refusai de même , et lui déclarai que je ne voulais avoir avec lui aucune correspondance quelconque.

Sur cela , il entra dans ime taverne , au coin de Yorck-street, et je reçus de lui, je crois, vingt lettres dans un très- court espace de temps. Me trouvant toujours inflexible, il m^envo ja la bonne garde Carter , cette femme dont j^ai parlé , qui avait vécu avec moi plusieurs années, et qui avait élevé tous mes enfans. Il savait que cette estimable personne avait sur moi beaucoup d^influence , et il se flattait qu^elle dissiperait mes préventions. Mais mon ressentiment était trop profond. 11 s^était d^ailleurs augmenté par une nouvelle insulte que m^avait faite M. Calcraft.

La bonne Carter exécuta sa commission avec beaucoup de fidélité pour son commettant. Fatiguée enfin de ses importunités, je lui dis que si M. Calcraft voulait m^adresser par écrit ses propositiohs d^accommodement, ou

m^envoyer son procureur , je consulterais M. Cracroft, pour savoir si je devais les accepter. Il me les envoya , en conséquence , par un de ses commis; elles ^ contenaient les articles suivans : il fournirait Pargent nécessaire pour payer le billet de 4oo livres , dû a M. Sparks;il composerait pour mes dettes avec tous mes créanciers , si je voulais consentir à rester en pays étranger jusqu'^à ce que cet arrangement fut terminé, aucun d^eux, tant qu^ils me verraient à Londres,, ne voulant accepter moins que la totalité de sa créance. Enfin, il me donnerait une nouvelle annuité de loo livres, qui, jointe aux 20 livres qui me restaient de la première, me mettrait en état de vivre en Hollande ou en France, jusqu^à ce que Faffaire fût finie. Après avoir consulté M. Cracroft, je mandai à M. Stubbs, procureur de M. Calcraft, que j^acceptais les offres de son client Celuici, en conséquence, vint chez moi, avecPobligation de me fournir Tannuité nouveliede -cent livres qui était en dépôt chez un tiers. M. Stubbs, en même temps, me présenta une quittance générale à donner à M. Calcraft Mais, en honnête homme, il me conseilla de

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ne la pas signer. Cependant, comme je n^a-« vais aucune demande légale à faire à M. Calcraft, son procès avec M. Davy , pour Tannuite que jWais cédée, étant encore pendant^ je remis la promesse de mariage qui avait été dressée lors de notre union, et je signai la quittance. JWais disposé, ainsi qu^on Fa vu, de cent livres à prendre sur la première annuité, jusqu^à ce que, par les arrérages d^icelle, la somme qu^on mWait prêtée, et cinquante livres au-delà, fussent payées. Il n^était donc pas à supposer , qu'en signant la quittance , je prétendisse donner un reçu de ce que je nWais pas le droit de recevoir.

Le soir même du jour où les actes furent signés , je partis pour Harwich , à Feffet de me rendre en Hollande; j'ai négligé de vous dire, que d'après les craintes que m^avait inspirées ma rigoureuse créancière , j^avais indiscrètement quitté ma maison pour aller loger chez ma mère dans Brewer-street , et que j'avais envoyé mon argenterie chez l'alderman Cracroft, pour servir de sûreté à sa créance. J'eus pour compagne de voyage miss Betty Cibber , qui m^avait été léguée par son grand-père Colley Cibber; douée d'im es-

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prit médiocre , elle était exposée à devenir la proie du premier flatteur qu'^elle aurait rencontré, et le célèbre vieillard Pavait confiée k mes soins. Il avait de même légué tous ses ipetits-enfans à différentes personnes. Mistriss Smith, dont j^ai parlé dans mes précédentes lettres, avait un fils chirurgien, que j'^avais placé près d'^un régiment. Ce jeune homme m^accompagnait également dans ma fuite.

A Harwich , un vent contraire nous empé* cha de mettre à la voile. Craignant d^étre poursuivie par mon inflexible créancière, je crus prudent d^aller à Manningtrée , village à quelques distances d'Harwich , et d^ rester jusqu^à ce que le vent fut changé. Mon bénéfice aurait dû avoir lieu le lundi suivant , ce qui rendait impossible que mon départ fiït long-temps tenu secret.

Le jeudi soir, comme nous étions à souper, nous entendîmes entrer dans la cour de Tauberge une voiture à quatre chevaux, et je ne fus pas peu surprise de voir paraître M. Digges. Ce n'^était pas la rencontre la plus agréable que je pusse faire en ce moment. II paraissait fort en colère' : il exigea que mes deux conipagnons de voyage retournassent à

Londres , que je montasse dans une autre Toiture y et que je quittasse la miûson. Intimidée par sa violence , je consentis à tout ce qu^il voulait, à condition qu^il ne me conduirait pas à Edimbourg. J^avais pris, je ne sais pourquoi , une prévention contre cette ville , dont je n^ai jamais pu me rendre raison.

Nous nous mimes ensemble en marche, assez mécontens Tun de Tautre, sans tenir aucune route certaine. En arrivant à Cambridge, je rencontrai une nouvelle cause de chagrin. Quelques étudians de Puniversite avaient barbouillé de vers à ma louange les fenêtres de Tàuberge dans laquelle nous descendîmes; un couplet signé par M. Bullock, jadis mon admirateur , et dont je vous ai parlé ailleurs, disait : « Que Jupiter se vante de sa » Junon et de son nectar, le Champagne est 1» mon breuvage, et je le boisa la santé de » Bellamy. » Ces vers offrirent un nouvel aliment à la flamme qui dévorait M. Digges; et comme les plus petites bagatelles semblent aux jaloux des preuves aussi certaines que parole d^évangile (i) , il crut avoir un

(i) Othello, acte m, scène VII.

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motif de plus pour mVccuser de lëgérete.

Mais une autre circonstance détourna bientôt son attention de ces fâcheuses pensées. En parcourant quelques journaux que j^avais trouvés dans la chambre, j'y vis un avertissement qui évidemment y était mis pour moi. Il portait : Si la dame qui, tel jour ^ a quitté une proche parente qui est partie avec un jeune homme et une jeune personne , veut revenir , cette parente a entre les mains un dépôt plus que suffisant pour arranger Taffaire qui a occasioné le départ de la dame.

Après avoir lu cet avis, j^insistai pour retourner à LfOndres* M. Digges y consentit; mais quand nous fûmes à Edmonton , il se décida à m^ laisser, et à aller seul à la capitale pour prendre , sur Taffaire , des informations. Je le laissai partir ^ m'amu- .sant de penser que je serais à la ville aussitôt que lui. Mais quand je demandai une chaise de poste (i) , le maître de la maison

(i) Voitures à quatre roues que nous nommons diligences anglaises. Les maîtres de postes les fournissent àuK voyageurs. ( Note du traducteur, )

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me dit que le monsieur qui venait de partir lui avait positivement défendu de. me donner une voiture, et même de me laisser sortir de sa rpaison. Je nWais d^autre ressource que la patience, et ce n^est pas, je Tavoue, la vertu qui m^est la plus familière. .

Mon aimable compagnon de voyage m^apr prit à son retour que ma mère supposant que j^avais lu son avis , avait été si irritée de ce que je notais pas revenue , qu^elle s^était déterminée à rendre Fargent déposé dans ses mains ^ et à vendre les meubles de ma maison pour payer mîstriss Jordan , ma marchande de modes, qui était son intime amie. Je suppliai. M. Digges de me laisser aller trouver ma mère pour la faire changer de résolu-^ tion; mais je ne pus rien obtenir. Malgré la peine^ue me fît alors Fobstination de M. Dig-* ges , je crois lui rendre justice , en disant quMl n^avaitd autre motif que son intérêt pour moi.

Il avait promis de retourner en Ecosse, et supposait avec raison , que , quand même il manquerait k cet engagement, Tembarras de ses a&ires lui permettrait difficilement de vivre a Londres. 11 avait, d^ailleurs, tout

lieu de croire que le dépôt remis à ma mère n^avait été fait que conditionnellement^ la nature de ma liaison avec lui notant pas connue.

Nous repartîmes donc sans savoir où aller. Quand nous fiimes à Barton-Hill, auberge sur la route de Norwich , je me trouvai fort malade; M. Digges me quitta encore là, et retourna à Londres , pour savoir , je crois , si ma mère avait mis ses menaces à exécution. Il trouva qu^elle avait été très-ponctuelle. Je me voyais alors dans une situation véritable^ ment désagréable ; pour la première fois de ma vie, je craigïiis de manquer d^argent pour les besoins du moment. Toute ma garde-robe avait été mise à bord du paquebot à Harwicb. Je n^avais avec moi que quelques chemises, înon bonnet de nuit et mon habit de voyage. Pour frayer à mes dépenses en Hollande, j Vvais pris de M. Colley , ami de ma mère , des lettres-de- change et de crédit sur des négocians d^ Anvers et de La Haye, lieux dans lesquels je mVtais proposé de passer alterna tivementmon temps ; mais ces effets ne pouvaient , dans ma position , m^êlre d^aucone utilité.

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Nous primes donc notre route vers le nord; et quand nous arrivâmes à Preston, dans le Lancashire, mon argent était presque fini. Tout ce qui restait à faire e'tait que M. Digges allât à Edimbourg. Ce fut le parti qu^il prit, me laissant à un village dont j^ai oublié le nom, à environ vingt milles de cette capitale; car j^avais insisté sur la promesse qu^il m^avait &ite de ne m^ pas mener.

Deux jours après qii^il mVut quittée, une chaise de poste vint me prebdre pour me conduire, me dit le postillon, à Grass-market J^imaginai que cVtait une ville qui portait ce nom, et je partis avec lui. Dans Fauberge où Ton me mena, jetais attendue par une femme d^une figure trèfr^xtraordinaire. Elle avait été belle; mais elle était prodigieusement grasse, et d^une malpropreté insupportable : elle était coiflfée d^un bonnet à la hollandaise^ nWait point de corset, et portait sur ses épaules une espèce de couverture bigarrée. Elle s'appelait, me dit-elle avec son accent écossais, MoUy-Kershaw : amie particulière de mon mari , elle était venue me chercher pour me Gooduire à mon appartement J^espérais, lui répondis-je, que ce n^était pas à Edimbourg :

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elle m^assura que non ; que c^était chez miss Coulstone, feixime aussi bien élevée que moi, quoiqu'elle travaillât pour vivre. Elle avait, m'ajouta-t-elle , commandé un dîner pour moi dans Tauberge où nous étions. J'aurais, entre autres choses, un turbot dont elle parlait beaucoup. J'ai , en tout temps , peu d'appétit. La &iigue, le chagrin et la maladie n'étaientpas propres à l'augmenter : mais je ne fus pas peusurprise de voir à dîner que ce beau turbot était un morceau d'une grande raie.

Entre six et sept heures du soir, une voiture vint me chercher pour me conduire à mon appartement à Cannon-Gate. Après avoir monté trois étages dans une maison, dont le rez-de-chaussée étaitune boutique de chandelier, je fus présentée à l'élégante miss Coulstone; c'était une vieille fille d'environ soixante ans ; on eût dit qu'elle avait été séchée à la fumée.

Un bruit de musique vint alors frapper mes oreilles; je demandai ce que c'était: il venait, me dit-on , du théâtre, qui était précisément vis-à-vis. J'appris par-là que Cannon-Gate où la voiture m'avait conduite , était un feubourg d'Edimbourg. Grâce à mon ignorance

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du pays , je mie trouvais avoir été conduite dans cette ville sans m^en douter. Aussitôt que j'eus fait cette découverte , je pris des ciseaux, et je me coupai les cHeveuxrasla tête, pour éviter que Ton me pressât de paraître en public.

La pièce qu'on jouait ce jour-là était The Beggar's opéra (i). M. Digges y faisait le rôle de Macfaeat, dans lequel onle regardait comme supérieur. Après le spectacle , il vint me rejoindre, et m'apprit que les journaux anglais ayant annoncé mon absence, on avait déjà présumé que la personne nouvellement arrivée chez miss Coulstone était la fugitive du théâtre de Covent-Garden.

Le lendemain M. Bâtes, associé de M. Douson dans la propriété du théâtre d'Edimbourg , et directeur en exercice , dit à M. Digges qu'il serait inutile d'ouvrir la salle si l'on ne pouvait me déterminer à paraître sur

(i) L'opéra du Gueux , pièce en prose, mêlée d ariettes sur des airs counus , par Gay. Elle a été traduite en français. Les personnages sont des voleurs de grand chemin , ries espions de police et des Hlles de mauvaise rie. I^e dialogue en est plein d*espnt , et les moeurs y sont peintes avec une vérité hideuse. ( No/e du traducieur. )

la scène. J^ ne conoevais pas comnient mon arrivée avait pu être si promptement connue. Car, pour prévenir tout soupçon, nous ne devions point dire que M. Digges m^avait accompagnée; et il devait rester dans le logement qu'ail occupait.

Notre voyage avait été coûteux. Il me restait peu d^argent; à M. Digges encore moins. Les traites que j^avais sur la Hollande ne m^offraient, à Edimbourg, aucune ressource. Dans cette position , je ne voyais autre chose à faire que de me conformer aux désirs de M. Bâtes. La perte de mes cheveux faisait un obstacle : pour la première fois, feus recours à Fartifice. Quoique je n^eusse pas même le nécessaire^ il me fallut faire faire à grands frais des vêtemens. Mais mon succès surpassa tellement mes espérances, quMl me fut facile de les payer. La curiosité engagea des familles entières à venir de toutes les parties du pays.

M. Cunningham, auteur à qui ses talens ont mérité une place parmi les poètes de la Grande-Bretagne , fit à cette occasion un prologue (i) que prononça M. Digges.

(i) Ce morceau n'est remarquable sous aucun rapport.

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La saison était fort avancée; je ne pus donner que huit représentations : la dernière était destinée à mon bénéfice. Le matin du jour où eUe devait avoir lieu, je fus arrêtée à la requête de la créancière qui m'avait fait quitter Londres. Cependant, je fus bientôt remise en liberté, l'arrestation ayant été faite contre les lois de ITEcosse , qui veulent que le débiteur avant d'être arrêté ait été prévenu quelques jours d'avance.

En cette occasion , les premiers avocats du pays prirent volontairement ma défense, entre autres M. Montgomery, depuis premier baron et doyen de la Faculté. Enfin , la chose vint en jugement : je produisis la lettre dont J'ai ci-devant parlé, qui prouvait qu'on avait obtenu par surprise le titre dont on abusait; et comme les cours de justice en Ecosse sont

n ressemble à tous les ooroplimens rimes que le public est condamne à entendre. Mistriss Beliamy donne à la suite de ce prologue deux autres pièces de vers faites pour elle par le même auteur. Ces. petits ouvrages pouvaient flatter celle qui en était Tobjet; mais ils ne sont pleins que des lieux communs de la politesse et de la galanterie.

( Noté du traducteur. )

en même temps cours d'équité (i) , on prononça en ma faveur. Ma créancière, ainsi déçue de son injuste espoir, consentit à recevoir sa créance par portions de 200 livres, payables d'année en année ; après quoi mes autres créanciers , particulièrement M. l'alderman Cracroft et le docteur Bailli, à qui je devais des sommes considérables, se réunirent pour me procurer , par leurs recommandations, la protection personnelle qu'ils savaient que je pourrais trouver dans le pays où j'étais.

Le bien quelquefois provient du mal. Ce malheur contribua peut-être à me concilier la bienveillance et les attentions dont on m'a comblée pendant mon séjour en Ecosse ; il me

(1) Cette distinction peu conoue en France est ti'ès-impostante. La cour de justice prononce d'après la lettre de la loi , et ne peut jamais s*en écarter ; la cour d'équité prononce en certains cas, ex œquo etbono. On serait tenté de regarder son institution comme préférable à l'autre ; mais Téquité, quoi qu'en aient dit les moralistes, est une idée vague , sur laquelle les hommes sont encore moins d'accord que sur la beauté. C'est après avoir long-temps disputé sur le juste et l'iniuste , qu'on a imaginé de substituer SI l'opinion la loi^ à Véquité douteuse la justice /'OSi/Z^e.

( Note du traducteur. )

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procura , entre autres , Famitié de M. Montgomery et de sa famille , avec qui je vécus dans une grande intimité. Outre les appuis que je trouvai dans cette maison , qui était fort nombreuse , j^eus pour patronnes la duchesse de Douglass et les demoiselles Ruthwen, dont Fainée, peu de temps après, épousa M. Elphinston. Ces jeunes personnes me témoignèrent un attachement qui tenait de Fenthousiasme : lady Ruthwen m^honora aussi de sa protection.

L'hiver suivant, je devais avoir un tiers des profits et deux représentations à mon bénéfice. Le traitement de M. Digges était réglé par semaine. M. Calcraft, semblant regarder FÉcosse comme pays étranger, payait régulièrement la nouvelle annuité dont nous étions convenus. M. Digges prit alors une maison à Bonnington , fort joli village voisin d^dimbourg. Notre succès au théâtre fut très-grand, et nous aurions pu mettre de côté quelque argent, si les dettes qu'avait contractées M. Digges , à cause de la personne qui avait précédemment vécu avec lui, ne Feussent ' pas beaucoup gêné.

Je fus vers ce temps-là fort surprise de re-

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cevoir de M. Ballard, trésorier du théâtre de Covent-Garden, une lettre par laquelle il me demandait une somme considérable. Les exécuteurs testamentaires de M. Rich Tavaient chargé en recette du salaire qu^il m^avait payé trois ans auparavant, pendant la clôture du théâtre qu^avait occasionée le deuil d^une branche de la famiUe royale. JVtais convenue d^un traitement annuel , et M. Rich avait ex* pressément défendu au trésorier de ine £ure aucune déduction pour cet intervalle de temps ; mais M. Ballard n^ayant pas pris de lui un ordre par écrit, était obligé de rendre Fargent Je Tavais reçu, et je ne pus consentir à ce qu'il le payât. JMcrivis donc à Talderman Cracroft, pour le prier d'arranger YkSàire comme il le pourrait, à la satis&ction du trésorier.

A ceUe époque ^ ma mère , en m'en voyant tous mes effets qui étaient revenus de Hollande, m'adressa une jeune personne qu'elle crut capable de réussir au théâtre; son nom était Wordley : elle était d'une vivacité extraordinaire , elle avait été mieux élevée que ne le sont ordinairement, en Angleterre , les femmes d'un moyen ordre. Son père était in-

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tendant du comte de Powys ; il nWait rien épargné pour cultiver l'esprit de cette fille , qu'il idolâtrait , et qui recevait ses instructions avec plaisir. Cette jeune personne for^ mait pour nous une acquisition intéressante , et faisait honneur à la recommandation de ma mère. Je l'invitai à demeurer à Bonnington.

YOBtS II. fl

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