LETTRE LXXVIII
5 septeotirc ij m-.
Les témoignages de bienveillance dont on m^avait comblée pendant mon séjour en Ecosse, méritai^it toute ma reconnaîssance. Pour faire voir que je n^ ^tais pas insensible, je publiai Tavis suivant, qui parut dans les journaux, tous les jour^, pendant un mois que je passai à Edimbourg, après avoir cessé dejouen
n Comme mîstnssBellaniy a dissous rengagement qu^elle avait prîsavecles propriétaif^s du théâtre de Cannon-Gate, elle prend la liberté d^oflfirir ses vife remercimens , tant au public en général, qu^à ses amis particuliers, pour Tindulgence et la protection flatteuses dont ils Font honorée pendant le temps qu'elle a passé en Ecosse. Touchée au fond du cœur , de leurs bontés , elle en conservera éternellement le souvenir et la reconnaissance. »
DE MISTRISS BELLÂMY. IQi
« iV^. B. Toutes les personnes qui auraient quelques réclamations à faire à mistriss Bellamy , sont priées d'adresser leurs mémoires*, d'ici à un mois, chez elle , dans Cannon-Gate, vis-à-vis lord Milton , à FeAFet d'en recevoir le montant. )>
Outre les protecteurs que j'avais trouvés dans la famille de M. Montgomery, et chez les personnes de sa société , je m'étais choisi quelques amis qui se rassemblaient chez moi une ou deux fois par semaine. Nous appellions cette réunion le club de la Déraison. Miss Wordley, en sa qualité de déesse de ce nom , y présidait : et je crois, de bonne foi , qu'il y régnait autant d'innocente gaieté, d^esprit, et de bonne plaisanterie, qu'en aucune société de ce genre. Chacun désirait y plaire :1a grosse joie, la rusticité, toute espèce de licence en étaient bannies. Les hommes qui y étaient admis, étaient, en général, des étudians, des jeunes gens distingués par leur intelligence et leur instruction.
Le doyen de la Faculté m'aida de ses oon* seils dans mon procès. Et quoique ma cause eût étépendante durant deux sessions, je n'eus d'autre dépense à faire, que l'impression des
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mémoires : ce qui se réduisit à fort peu de chose. Cet|e affaire, dans les tribunaux ordinaires, en Angleterre, aurait coûté plusieurs centaines de livres.
J^'eus aussi des obligations particulières à M. Hockart , mon procureur , dont je n^ai pu reconnaître assez Fattention et les soins.
Une chose, dans ce procès, me surprit beaucoup. Le célèbre avocat, M. Lockart, défendait ma partie adverse. Il me traita, dans sa plaidoirie , de la manière la plus outrageante. Il me prodigua toutes les injures qu^avaitpu lui suggérer une méchante femme. Lorsqu^ensuite il eut occasion de me faire une visite , il me dit qu^il était fâché dWoir été si mal instruit. Au reste , ajouta-t-il , ne vous tourmentez pas de mes injures; car on nV pas fait la moindre attention à tout ce que j^ai dit , excepté à ce qui avait trait à la question.
L'événement me confirma cette assertion ; et les suffrages publics, aussi-bien que les senlimens particuliers dont m'honoraient ensuite les personnes les plus respectables du pays , me prouvèrent que les déclamations de Porar
leur n^avaient fait aucun tort à ma réputation.
Mais si je fus assez heureuse pour échapper a ces calomnies officielles , combien de gens voient leur vie empoisonnée par une cause semblable ! Les déblatérations auxquelles sont exposés tous ceux qui ont quelque intérêt à débattre dans les tribunaux, sont un malheur public auquel il serait juste d^apporter remède. Cest une faible réparation à faire à celui qu^on a déchiré en pleine audience, que de lui dire ensuite : J^en suis vraiment fâché. — J^avais été mal instruit. — On n'y aura pas fait attention. — Le coup est porté , et son impression reste. La calomnie se publie , se répand , et le soupçon s'attache pour jamais à toute la conduite du malheureux qui en a été Fobjet. Il est véritablement étrange que des hommes instruits et graves, comme le sont, en général, les personnes attachées au barreau, secroientobligés de recourir à de si méprisables moyens. Au reste , quoique ces réflexions m'aient été suggérées par des circonstances qui me sont personnelles, je ne fais ici qu'une observation
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générale^ sans aucune application à ce qui inc concerne.
Ne me trouvant pas en étal de payer toutes les dettes que j^avais contractées à Edimbourg, je m^adressai à M. Heame, qui, sur-le-champ^ m^envoya deux cents livres. Mais cette somme ne suffisait pas à acquitter tout ce qu^on me demandait, et qui se montait plus haut c[ue je ne Pavais cru. JMcrivis donc à sir George Metham , pour le prier de m'aider : par le retour du courrier, je reçus la somme que j'avais demandée. Sir George , en même temps , m'invita à aller, en retournant à Londres, passer quelques jours avec lui à sa demeure de North-Cave : mon fils devait y passer les vacances.
Nous partîmes donc, à la fin du mois, miss Wordley et moi , pour Âddington : quelquesuns de nos amis d'Edimbourg nous conduisirent jusque-là, et y passèrent avec nous la soirée. Le lendemain matin nous continuâmes notre route ; et comme rien ne me pressait , j'avais le projet de voir , en passant , tous les objets dignes de quelque curiosité; mais j'en fus empêchée par un événement survenu au. commencement de notre
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voyage, et qui me fait encore frémir quand je le rapporte.
Nous traversions un village près de Berwick : un enfant était couché au milieu du chemin. Le postillon, qui allait très-vite, ne Taperçut point: nous lisions, miss Wordley et moi , et nous ne le vîmes que quand la voilure fut sur lui. Mes cris empêchèrent qu'elle ne lui passât sur la tête; mais il eut les deux jambes brisées. Je fus si saisie, que je tombai sans connaissance : on eut beaucoup de peine à me faire revenir.
Quand j'eus repris mes sens, ma première pensée fut pour Penfant dont j'avais innocemment causé le malheur. Ses parens venaient d'arriver des champs ; j'ordonnai qu'on en prît tout le soin possible. Je souffrais, je crois, d'esprit, autant que le pauvre enfant souffrait de corps. S'il j eût eu un chirurgien à portée, je n^aurais certainement pas continué ma route. Mais il fallait soulager l'enfant. Quoique bien peu en état de voyager, je me fis promptement conduire à la ville prochaîne. Cfnm'yavaitindiqué un chirurgien fort habile, que j'envoyai sur-le-champ au village. Je le priai de m'écrire, si-tôt qu'il le pourrait,
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chez sir George Metham, tant parce que j^étais inquiète de Penfant, que parce que j^ignorais encore ce dont je lui serais redevable à lui-même.
Quelques semaines après mon arrivée à Cave, j'eus le plaisir d'apprendre non-seulement par le chirurgien , mais aussi par une personne qui demeurait dans le village , que , grâce à Thahileté du premier , et à quelques autres circonstances, Tenfant était parfaitement rétabli. Les parens , de leur côté, furent satisfaits, et le chirurgien amplement récompensé par sir George, qui avait toujours une larme prête à coider pour la pitié, une main prête à s'ouvrir pour le soulagement des malheureux.
Cet événement fut un de ceux qui , en s'annonçant comme de grands malheurs , finissent par devenir avantageux. Le père de l'enfant, laborieux paysan, chargé de Êunille, était sur le point d'être mis à la porte de sa chétive habitation; ses meubles étaient saisis par un propriétaire inflexible. La bonté de sir George prévint ce nouveau malheur ; non content de tirer ce pauvre homme de sa gêne actuelle.
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il le mit en ëtat de vivre dans Taisance avec sa &mille.
Combien, dans cette occasion, j^enviai sir George, sa fortune, et la satisfaction dont son cœur devait être rempli ! Changer en joie le chagrin qui obscurcit les traits d^un infortuné, verser dans ime ame ulcérée le baume de la consolation , c^est de toutes les jouissances la plus vive, c^est le plus grand plaisir que puisse goûter le cœur humain.
JVtais si incommodée en arrivant à Ber^ wick, que je fus obligée d'y passer quelques jours. Sir George mWait écrit qu^il enverrait une voiture au-devant de moi, à York, pour me conduire de-là chez lui; mais son domestique, au lieu d^aller à la poste où nous étions descendues , sMtait logé à une auberge qu^il affectionnait; et les gens de cette maison dans laquelle il avait mis ses chevaux, lorsque j^envoyai Yy demander, furent assez grossiers pour dire qu^on ne Pavait pas vu.
Le lendemain de mon arrivée à York, j'allai rendre mes devoirs au couvent où j'avais passé des momens si doux pendant mon premier séjour dans cette ville. J'y trouvai
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peu des personnes que jY avais connues. Le bon chapelain était allé dans un autre monde, recevoir la récompense de sa piété. Comme je me proposais de me rendre le même jour à Cave, je me refusai à regret aux prières que me firent les saintes habitantes de cette maison y de passer quelques jours avec elles.
A mon retour à Fauberge, je fus assez mécontente de ne point trouver de nouvelles de sir George. Mes finances notaient pas dans un état fort brillant : je fus cependant obligée de louer une voiture , dans laquelle je partis. Arrivée à un village à environ vingt milles d^ork, je laissai ma compagne à Pauberge, et je me rendis seule chez sir George. Je voulais, avant de la lui présenter , reconnaître le terrain , et être sûre d'être bien reçue : si Ton ne me faisait pas un accueil conforme à Tinvitation d'après laquelle j'étais venue, ou s'il se trouvait dans la maison quelqu'un dont la compagnie ne me convint pas, j'étais décidée à repartir le même soir. Mais cette supposition faisait injure à sir George; avec un peu de réflexion, je n'aurais pas dû m'y arrêter, surtout quant au derm'er point} car il avait tou-
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jours été très-attentif sur le choix des personnes qu^il me présentait.
En approchant delà maison, j^aperçus de loin le propriétaire. Le chemin que je suivais ne conduisait que chez lui : il ne douta point que ma visite ne lui fût destinée , et vint promptement au-devant de la voiture. Je fus très-surprise de le voir seul, il ne parut guère Fétre moins de me voir sans la com-. pagne que je lui avais^annoncée. Chère Pop, me ditr-il sitôt que je pus Fentendre , comment se fait-il que vous soyez seule, et dans une voiture de louage ? La mienne vous at^ • tend, depuis plusieurs jours , à York. Je commençais à être inquiet. Hier, j^ai envoyé George, avec mon neveu et dVutres personnes, prendre des informations. Mais où est miss Wordley ? J^espérais avoir le plaisir de la voir. Cet accueil ne me laissant plus de doute sur le plaisir que Ton avait à me recevoir, je dis à sir George que j^avais laissé miss Wordley à quelques milles de chez lui , et sur-le-champ la voiture eut ordre de Palier chercher.
En entrant dans la maison , j^eus la satisfaction de voir ce fidèle domestique dont j^ai