‹ Mémoires de mistriss Bellamy (volume 3)Chapitre 81 sur 110 · TOME 11. l · texte numérisé non relu

TOME 11. l

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dans ma chambre oh jVtais encore couchëe, et me dit de me lever promptement , parce que Johnny Bëard venait pour me voir.

Je crus qu^elIe voulait parler de M. Baird (i) de Glasgow, un des partisans que je mVtais faits dans cette ville. Je ne pouvais m^'imaginer que le directeur de Covenl-Garden conapromit sa dignité, au point de venir voir une actrice qu'il avait si récemment refusée. Il avait dit pour prétexte , au lord Eglington , que les pièces jointes à de la musique étaient celles qui rapportaient le plus à ce théâtre. Je fus toute étonnée de voir que c'était le patenté lui-même. Après m'avoir saluée avec sa politesse ordinaire , il me dit , en riant, qu'il venait comme ambassadeur de sa com* pagnie , et qu'il était chargé par ses associés de m'engager , ajoutant qu^il fallait absolument que l'engagement fût signé dans le jour.

Etonnée de cette urgence , j'en demandai la cause , et j'appris que le directeur avait reçu une visite du colonel Brudenell, qui avait

(i) Os deux mots se pi^onoucent à peii près de la néme manière. ( Ao/e du ttxulucuur. }

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demandé péremptoirement que je fusse en-gagée dans les vingt'-quatré heures, sans quoi il trouverait moyen de forcer les directeurs à me recevoir. Le caractère de mylôrd était bien connu : on n^ignorait pas, d'^ailleurs, qfu^il avait Toreille du roi : et les propriétaires jugèrent plus à propos de faire ce qu^il désirait, que de désobliger un personnage si important Us savaient aussi que le colonel était lié avec les jeunes gens de qualité, dont plusieurs ne seraient point fâchés dWoir une occasion de briser les chandeliers et de renverser les bancs dé la salle.

Il était mortifiant pour une actrice que le public paraissait honorer dé quelque estime, de se voir, comme Ton dit au théâtre, don^ née par force aux directeurs. Mais cVtaitlV mitié qui avait engagé lord Brudenell à prendre si chaudement mon parti ; et cette réflexion consola mon amour^^propre.

J^envojai , sur-^le-cbamp , faire part de ma bonne fortune à mon digne ami Falderman Cracroft. En retour de cette nouvelle qui lui fit plaisir, il m^apprit que mon inexorable persécutrice avait acheté deux de mes billets, afin de faire monter sa créance à plus de mille

livres^ et de m^empécher ainsi de profiter dW cune loi qui pût être rendue en faveur des insolvables; et elle avait pris cette mesure, quoique je lui eusse payé régulièrement, chaque année, les deux cents livres convenues, et que j'eusse dédaigné de profiter d'un acte d'insolvabilité, dans un temps où je devais près du double. M. Cracroft me conseillait de m'adresser au comte Haslang, avec qui j'avais autrefois été fort liée, et de l'engager à me prendre pour sa femme de charge, ce qui mettrait ma personne en sûreté, comme atta-^ chée à un ministre étranger.

La demande fut accordée aussitôt que Êiite, et l'acte qui devait établir ma tranquillité fut dressé dans les termes suivans :

(( Ma femme de charge , George -Anne

» Bellamy, m'ayant remontré qu'elle acon-

» tracté quelques dettes qu'elle désire de

» payer, et qu'on lui a offert un engagement

» au théâtre de Covent-Garden , je lui per-

» mets de jouer audit théâtre , à la condi-

» tion seulement qu'elle emploiera la to-

» talité de son ^aire au paiement de ses

» créanciers.

» Signe DE Haslang. »

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Le lendemain, les journaux publièrent mon engagement au the'âtre de Covent-Garden, et annoncèrent que je paraîtrais le vendredi suivant, dans le rôle de Cléone.

J'avais alors atteint le but de toutes les espérances qui m'étaient permises ; et comme je sais que vos sentimens sont analogues aux miens, je suis sûre que vous jouirez avec moi de cet instant de répit que me donna la fortune. Je dis de cet instant; car, comme s'^exprime Héloïse, en lisant les lettres d'^Abailard : <( Toutes les fois que j'aperçois ton n nom, je suis sure que quelque malheur )> est à côté; » ainsi, de nouvelles peines ont toujours suivi ces courtes relâches, comme ces ouragans qui, dans certaines contrées, sont toujours précédés par quelques momens de calme.

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