‹ Mémoires de mistriss Bellamy (volume 3)Chapitre 91 sur 110 · LETTRE LXXXVIII · texte numérisé non relu

LETTRE LXXXVIII

a d^embr* 17 — .

L^ÉTÉ suivant le roi de Danemarck vint en Angleterre. M. Garrick manquait d^acteurs. Tous ceux qui appartenaient aux théâtres de Londres avaient joint en province leurs troupes ambulantes. On ne put rassembler en ce moment que ceux de Richmond : il s^adressa à M. Woodward qu^il pria de me demander. Tacceptai, à condition que le directeur de notre théàti^e y consentirait M. Woodward crut cette précaution inutile : il se proposait , me dit-il , de s^adresser à M. Harris , qui sans doute signerait une perii(iission pour moi en même temps que pour lui.

La première pièce que nous jouâmes fut the suspicious Husband ( le Mari soupçonneux ^ de Garrick), dans laquelle je jouai le rôle de Clarinda. Lorsque je parus, quelqu^un siffla. Peu habituée à pareille salutation, je ne pus

nie défendre d'en èlre affecte'e. Mais M. Garrick observa que ce ne pouvait être qu^une méchanceté particulière, parce que Popinion était évidemment pour moi. Cette assurance me tranquillisa, et je jouai aussi bien que je pus.

Notre seconde pièce fut tlie provoked fVife ^ dans^aquelle je fis le rôle de lady FanciFull. Au dernier acte, la personne chargée dWer-* tir les acteurs ne m'ayant point appelée , je ne paraissais pas. M. Garrick fut sur le point d^entrer en scène poury faire une plaisanterie analogue à celle qu'^avait faite M. Quin plusieurs années auparavant, lorsque je disparus au milieu de cette même pièce. J'^entrai heureusement assez tôt pour le priver du plaisir d'exercer sa satyre.

J'ajouterai ici qu'au commencement de l'hiver suivant, le roi de Danemarck vint voir Jane-Shore, dans laquelle je jouais Alicia. Je m'aperçus que Sa Majesté préférait Morphée à Melpomène; ne voulant pas qu'il perdît les belles choses qu'il était censé être venu voir, je m'approchai très-près de sa loge, et d'un fort éclat de voix que le rôle permettait, je m'écriai : 6 Thoufake lord, etc. Je par-

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vins si bien à réveiller Sa Majesté, qu^il dit à rinfortuné comte de Bathmore qui , comme je vous Fai dit, venait souvent cher moi , qu^il ne voudrait pas avoir une femme qui eût une pareille voix; car il ne pourrait jamais se flatter de dormir h son aise.

M, Powell mourut dans cet été. La dernière fois que je Tavais vu , il m^avait demandé pardon , et mWait promis de réparer, rhiver suivant, le tort qu^il m^avait fait dans ma profession.

Je jouai peu dans la dernière année de mon engagement : ce qui fut heureux pour moi; une cruelle maladie m^ayant laissé trop peu de forces pour subir de grandes fatigues; d^autant que jamais je n'^ai ni refusé de paraître quand je le pouvais, ni aposté des applaudisseursà gages, ni rempli les journaux de dissertations à |ma louange, sous le nom d^impartiaux écrivains. Ceci me rappelle une aneedote antérieure de plusieurs années à cette époque, et qui vous fera voir quelle confiance méritent] tous ces paragraphes des papiersnouvelles.

Dans le temps des nombreuses représentations de Romeo et Juliette , qui se donnaient à

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