LETTRE XV
8 février 17
Je me levai le malin de bonne heure, avec le projet d^aller à Ingatestone, où demeurait une jeune dame qui, dans une visite quelle avait faite à ma cousine, m^avait beaucoup engagée à aller passer quelque temps chez elle. Mes parens firent Fun et Tautre tous leurs efforts pour m^en gager à rester quelques jours de plus avec eux ; mais me voyant décidée , ils me laissèrent aller. Mistriss Clarke voulut absolument que j^acceptasse dVlle quelques prësens; entre autres choses, elle me donna TApologie de Barclay, ouvrage qui, quelques années après , me fut d\me très-grande utilité. Je partis de Clarke-Hall sur les neuf heures du matin , dans la voiture de ma cousine. En arrivant à Ingatestone , j''appris avec grand chagrin que miss White , chez qui jVllais , était partie pour Londres , avec toute sa famille, à Feffet d^ assister à rassemblée
annuelle de sa secte. Je me fis conduire à une auberge, d'oii je renvoyai la voiture.
Tandis qu'on me préparait à diner , j'allai me promener au bout de la ville. Séduite par Faspect d'une jolie campagne, je m'avançai vers une éminence , d'où Ton découvrait au loin la contrée : j'observais dans la vallée une belle ferme , autour de laquelle tout annonçait l'industrie ; tout-à-coup , je vis quelque chose glisser à mes pieds ; c'était un serpent. Je veux fuir : un enfant s'offre pour me protéger, et d'un coup de bâton tue mon ennemi.
De retour àl'auberge, je fais quelques questions sur le pays. Cette ferme , me dit-on, appartenait à lord Petre, digne et respectable seigneur, quoique catholique romain. Je souris, et mon hôtesse fut un peu embarrassée de voir que j'étais de cette même religion. Le fermier de lord Petre était aussi un honnête homme quoique papiste. Je fus curieuse de savoir quelle différence impliquaient ces deux expressions ; c'était, me dit-on , celle d'un lord à un paysan.
Tentée de passer quelque temps dans cette solitude, j'envoyai demander au fermier s'il voudrait recevoir en pension une personne