TOME I. n
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de sa secte. Mistriss Williams, son épouse , vint me trouver à Pauberge; bientôt nous fûmes d^accord.
J^allai le même jour prendre possession de mon nouvel asile : la première personne que j'y trouvai fut le jeune enfant qui , le matin , mVvait servi de champion. Je fus présentée à la famille , composée du fermier, de sa femme , de deux fils , Fun veuf depuis peu, Fautre garçon , et de plusieurs domestiques ; honnêtes et industrieuses gens , vraiment heureux dans leur obscurité. On me conduisit , le soir, dans une chambre mieux meublée que le reste de la maison ; cVtait celle de la jeune femme qui récemment était morte , et jY trouvai des livres que je ne m'attendais pas à rencontrer dans une demeure aussi champêtre. Le matin et le soir M. Williams faisait la prière en présence de tout son monde; il n'eût pas permis au moindre gardeur de vaches d'y manquer. A nos repas, tout le monde était gai, à l'exception du jeune veuf, dont les traits exprimaient encore les regrets et la tristesse. Mistriss Williams semblait plus occupée de ce fils que de l'autre ; non pas , dit-elle , qu'elle l'aimât davantage, mais parce qu'il avait à ses
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soins plus de droit que Tautre , qui e'tait exempt de soucis. Mon hôte me fît admettre les dimanches et fêtes dans la chapelle de lord Petre. Je passai dans cette ferme les jours les plus heureux dont jVusse joui depuis ma sortie de ce cher couvent, oùjVi vécu quelques années pour le regretter toujours.
LETTRE XVÏ.
i3 février 17 — .
Depuis que jVtais dans cette retraite , j^avais souvent écrit à ma mère, sans en recevoir aucune réponse. JVtais d^autant plus étonnée de son silence , que , suivant ce que M. Moore avait dit à mon cousin Clarke, je passais généralement pour nVvoir eu aucune part à mon enlèvement. Au bout de quelques semaines , j'allai un soir me promener au lieu où , à mon arrivée dans le pays, jVvais trouvé un serpent. Sur cette éminence était un grand arbre , à Fombre duquel on avait placé quelques bancs pour la commodité de ceux qui venaient là jouir d'une des plus jolies vues du monde. Fatiguée de regarder au loin, je m'assis , et j'ouvris un livre que j'avais apporté ; c'étaient les Lettres des morts aux vivans, de M. Rowe. Cette lecture m'inspirait une sorte de tristesse ; je me levai pour m'en retourner : tout-à-coup il me sembla que je voyais ma mère paraître
devant moi. Sa figure était si remarquable, ses traits étaient tellement gravés dans mon cœur, que je ne pouvais mY tromper. Je conclus, sur-le-champ, que son silence avait été occasioné par sa mort : mon imagination était exaltée par la lecture que je venais défaire; je fus persuadée quVlle venait me reprocher d'avoir abrégé ses jours. L'idée que jWais été , quoiqu'innocemment , la cause de sa mort, me fit une telle impression, que je tombai sans connaissance sur le gazon. Quelles furent, à mon réveil, ma joie et ma surprise de me sentir véritablement serrer dans ses bras ! c'était elle. Heureux , heureux moment , m'écriai-je! Je reçois donc encore les caresses d'une mère! Un tendre pardon n'aurait pu me faire plus de plaisir quand j'aurais été véritablement coupable.
Lorsque je fus revenue de mon trouble , je lui demandai ce qui avait produit en elle cet heureux changement de disposition.Elle m'apprit alors que cette parente qui m'avait montré tant d'inimitié, venait de mourir; qu'à sa mort on avait trouvé dans sa chambre les lettres que j'avais écrites; elle les avait toutes retenues. Ma mère avouait qu'elle avait été,
ainsi que mistriss Jackson , fort irritée de mon silence : mais elle ne pouvait, de temps à autre , ne pas se reprocher devoir abandonné une jeune personne de mon âge, sans être bien sûre que jMtais coupable. Pour peu qu^elle eût re'fle'chi , me dit-elle , sur les circonstances de mon enlèvement, elle aurait dû reconnaître que je n^ avais point eu de part; car si je Pavais prémédité, jVurais emporté ma petite garde-robe, ainsi que le produit de mon bénéfice, qu^au contraire je Tavais priée de garder. Elle convenait que toutes ces particularités pesées de sang-froid parlaient en ma faveur, autant que , mal présentées , elles avaient paru m^étre contraires. Convaincue, ajouta-t-elle, et de votre innocence et de la perfidie de ma parente, et ayant trouvé dans vos lettres votre adresse, j^ai volé sur les ailes de la tendresse maternelle pour expier la manière inhumaine et irréfléchie dont je vous ai traitée. A mon arrivée à la ferme , apprenant que vous étiez sortie , et mistriss Williams m^ayant indiqué le chemin que vous aviez pris , mon impatience ne m'a pas permis d'attendre votre retour.
A mes remercîmens , à mes tendres ca-
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resses, je ne pus m'empêcher de mêler quelques reproches sur Tinjure que ma mère m^avait faite de se défier de ma sincérité. La véracité, lui dis-je , est la vertu dont je me glorifie ; je Tai honorée depuis mon enfance, et quoi qu^il ait pu tn^en coûter pour ne m^en point écarter, jVspère quelle m^accompagnera jusqu^au tombeau.
Ayant ainsi respectivement soulagé nos cœurs , nous nous rendîmes à la ferme. J^appris avec grande peine de ma mère que la bonne mistriss Jackson , depuis peu devenue veuve, venait très-imprudemment de se remarier à nn Irlandais, nommé Kelly, et qu''elle se préparait h accompagner son mari en Irlande. Je devais à cette dame tant de reconnaissance , et j'avais pour elle tant d'*amitié, que cette nouvelle mêla quelque amertume au bonheur inattendu dont je jouissais.
Ma mère m''ayant apporté des vétemens de la saison, la vanité qui , malgré toutes mes humiliations , n'était point éteinte dans mon ame , m'engagea à paraître le dimanche suivant un peu plus parée que je n'avais fait jusqu'alors , non que j'eusse perdu de vue la propreté simple que j'avais adoptée en ve-
nant à la campagne; mais quelques belles dentelles que m'avait données mistriss Jackson, un habillement un peu plus à la mode que celui que je portais ordinairement, excitèrent une curiosité' qui ne s'était pas encore éveillée. Tant qu'on avait vu en moi une fille simple , discrète et modeste , la critique m'avait respectée, et les bonnes gens qui m'environnaient m'avaient montré toutes sortes d'égards et d'amitié: sitôt qu'encouragée par cette dame arrivée de Londres , je voulus paraître une belle et élégante demoiselle , ils me regardèrent avec une pitié mêlée de mépris. La conduite de ces bons paysans montre mieux qu'un gros livre quels sont l'extérieur et le maintien qui conviennent à des mœurs pures et à un cœur innocent.
Si j'avais profité de cette leçon , je me serais contentée d'un humble genre de vie; mais une folle vanité me persuadait que j'étais obligée à faire vivre ma mère dans une plus grande aisance que ne le comportait sa pension ; et nul autre moyen ne se présentant à moi pour y réussir , que la carrière du théâtre , je résolus d'y rentrer.
Aussitôt que j'eus formé ce projet, la vie
champêtre perdit tous les charmes que j'y avais trouves. Rians aspects , promenades solitaires, tranquilles lectures au bord des eaux ombragées de saules , tout ce qui avait enchanté mon imagination, lui parut froid et monotone : elle anticipait sur les plaisirs qui m'attendaient dans le monde, et ne prévoyait ni le trouble qui les accompagne , ni les chagrins qui les suivent.
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