LETTRE XVIII
I mars 17
Nous fûmes reçues, ma mère et moi, en arrivant »\ Dublin, par une de ses anciennes amies, la femme du célèbre docteur Walker. Ce médecin avait acquis dans sa profession une réputation telle que, tout en vivant trèshonorablement, il amassait une fortune considérable. Le docteur écrivait alors un traité contre Fusage où Ton est , en Irlande , d'enterrer les morts quelques heures après le décès. Il cherchait à détourner les Irlandais de cette dangereuse méthode, qui peut empêcher beaucoup de gens non-encore morts , de revenir à la vie. Ma mère Payant entendu parler de cet ouvrage , lui raconta Tanecdote de mistriss Godfrey, que j'ai insérée dans ma première lettre; et pour faire voir au docteur combien son opinion, sur ce point, était conforme à celle qu'il voulait établir, elle lui promit que, s'il mourait pendant qu'elle se-
DE MISTRISS BELLAMY. 1l3
rail en Irlande, elle examinerait avec soin rëtat de son corps , et ne le laisserait enterrer que lorsqu^il n^ aurait plus aucune probabilité de son retour à la vie.
Ce n'est pas sans motif que je vous rapporte ces détails. Ils vous montreront combien il est imprudent de faire des promesses qu'on n'est point sûr de pouvoir tenir. Vous verrez tout ce qu'il en coûta de chagrin à ma mère, pour avoir enfreint celle-ci.
Nous restâmes dans la maison du docteur , jusqu'à ce que nous en eussions trouvé une que nous allâmes habiter, près du théâtre. Aussitôt que je fus remise de la fatigue du voyage , j'allai rendre mes devoirs à mistriss O'Hara, sœur de lord Tyrawley, que je n'avais pas vue depuis mon enfance. J'eus le chagrin de la trouver aveugle. Elle fut très-aise de me voir , quoique assez mécontente de ma profession. Cependant, comme je portais le nom du mari de ma mère, le seul auquel j'eusse droit, puisque j'étais née pendant leur mariage, mon état de comédienne ne faisait pas à sa famille un déshonneur public. Malgré son improbation de mon état, elle se proposa de me présenter aux