H4 MÉMOIRES
gens de sa connaissance, comme sa nièce, fille reconnue du lord TyraAvley.
J^appris avec grande affliction de mistriss O^Hara la mort de ma bonne amie, mistriss Pye, protectrice de mes premiers ans, et qui , depuis peu, avait termine sa carrière. J'ai toujours regrette de n'*avoir pas ëtè près dVUe dans ces derniers momens. Il me semble que mes soins, mon affection, auraient pu prolonger une vie si précieuse à son mari, si chère à tous ceux qui avaient connu cette estimable femme.
Mistriss O'Hara s'informa avec bonté de rètatdema fortune, ce qui me fournit Foccasion de lui parler de la générosité de la duchesse de Queen^sberry, et de la singulière leçon qu'elle m'avait donnée; ce qui parut beaucoup divertir ma vieille tante. Je lui racontai aussi l'événement malheureux qui mVvait causé tant de peine. J'ai pour règle de ne jamais me concilier à moitié la bonne opinion de quelqu'un. Quand on veut acquérir un ami , il faut se faire connaître à lui tel que l'on est , sans quoi l'on imite un malade qui , consultant un médecin , lui déguiserait sa maladie. Lorsqu'on a quelques aveux à
DE MISTRISS BELLAMY. Il5
taire , il faut les rendre complets , ou Ton a contre soi autant de chances qu^en eût donné une dissimulation entière.
L'après-midi, on annonça mistriss Butler et sa fille. Mistriss CHara me présenta à elles, comme sa nièce , parla de moi avec éloge , et comme mistriss Butler était une des femmes du premier rang dans le pays, qu'elle avait beaucoup de liaisons , que toute la noblesse fréquentait sa maison, elle lui demanda pour moi sa protection. Mistriss Butler était d'une taille élégante ; elle avait été fort jolie , et conservait encore quelque agrément. L'altération de sa beauté semblait être due moins aux ans qu'aux maladies. Sa fille était belle, vive et spirituelle ; nous étions à peu près du même âge: elle parut, dans cette entrevue, prendre pour moi un goût que je me sentis disposée à cultiver. Ces dames, avant de sortir, engagèrent ma tante à aller avec moi dîner le lendemain chez elles, et y passer la soirée. Je montrai le plus grand empressement à profiter de cet honneur, et ma tante promit de m'accompagner. Infirme, et condamnée à
une vie très-réglée, elle me congédia de bonne