‹ Mémoires de Mistriss BellamyChapitre 35 sur 91 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

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Un jour la belle veuve Madden, depuis lady Ely, vint me faire une visite; il était fête; elle devait passer la journée avec moi, je la conduisis, à quelques milles de là, dans une grange où on faisait le service divin, pour la commodité des paysans du canton , pour la plupart pauvres pêcheurs de la côte.

Le temps était fort chaud , Téglise pleine ; le prêtre qui officiait transpirait si fortement qu^il était obligé à chaque instant de sVssuyer le visage; malheureusement il se servait à cet effet d\m mouchoir bleu tout neuf, qui , se déchargeant, lui colorait la figure d\ine manière vraiment risible.

Ma compagne, fort gaie, et très-peu dévote , me donnait de temps en temps des coups de coude , pour me faire regarder ce pauvre prêtre , et, malgré le respect que j''ai toujours cru devoir à un culte public, j'avais peine à tenir mon sérieux. Le ministre, après Foffîce, fit un sermon; il avait pris pour sujet la chute de nos premiers parens ; et comme la plupart de ses auditeurs femelles étaient des femmes de pêcheurs , il leur dit en vrai style hibernois : « Votre mère Eve vendit son )) ame immortelle pour une pomme; mais

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>? telle est votre corruption , malheureuses , i> que vous vendriez la vôtre pour une huître , n oupeut-étrepour une moule. ))

Ici ma belle amie ne fut plus maîtresse d'*elle-méme ; elle partit d^un éclat de rire , et s'enfuyant de la chapelle, me laissa seule, exposée à toute la fureur de Fauditoire.

JWais, grâce à Dieu, une réputation de piété qui mVmpêcha de courir un vrai péril.

Le prêtre, s^adressant à moi, me dit que s'il ne me connaissait pas comme incapable de participer à une pareille indécence, il me ferait chasser de Fégiise : pour Fapaiser, je promis de lui envoyer le nom de la coupable , et le service finit tranquillement.

Mistriss Maddeii avait très-prudemment remonté à cheval, et était retournée chez moi, précaution sans laquelle elle aurait fort bien pu subir le destin d'Orphée, les fidèles de ce canton n'étant ni moins barbares, ni moins attachés à leur culte que les bacchantes de la Thrace.

Heureusement M. Crump était le pénitent du prêtre offensé; il arrangea l'affaire; c'est la seule chose dont je lui aie jamais su gré^

Mistriss Madden n'avait pas de grandes dis-

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positions à subir le martyre pour un article de foi : vous pourrez en juger parle trait suivant.

M. Loftus, depuis comte d^Ély, lui fît la cour pendant son veuvage, Fëpousa , et bientôt, rassasié de son bonheur, voulut profiter de la loi, qui, en Irlande, déclare non-obligatoire le mariage d\m protestant avec une catholique. Mais la dame, qui n''avait pas beaucoup compté sur la fidélité de son nouvel époux, avait fait, la veille de son mariage, une abjuration légale du catholicisme. Cette précaution, que le mari nWait pas connue, le rendit malheureux pour toute sa vie.

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