‹ Mémoires de Mistriss BellamyChapitre 37 sur 91 · scène dans laquelle je devais paraître avec Antoine · texte numérisé non relu

scène dans laquelle je devais paraître avec Antoine

Quand j'entrai dans le foyer, le directeur, qui sVtait attendu à me voir vêtue dans tout Feclat qui convenait à la belle Cléopâtre , mVxprima avec quelque humeur sa surprise de cette bizarrerie, qu^il regardait comme un caprice. Je nVivais pas eu le temps de lui en expliquer la cause, lorsqu^obligë d^entrer sur la scène pour présenter Octavie à Fempereur , il a aperçu le geai paré des plumes du paon : dans son étonnement, a peine put-il débiter son rôle. Au même instant mistriss Butler sVcria : Hé bon Dieu ! cette femme a pris mes diamans. Le parterre crut tout bonnement que mistriss Furnival avait volé mistriss Butler. Vous ne pouvez vous imaginer la confusion générale quVxcita cette méprise : cependant , les spectateurs voyant sourire M. Shéridan , prirent quelque patience jusqu^à la fin de Facte. Lorsqu'il fut fini , ils applaudirent, avec raison , Antoine et son fidèle vétéran ; mais tous , comme animés d\in même esprit, s'écrièrent à la fois : Plus de Furnival ! plus de Furnival ! La magnifique dame, pour se tirer d'embarras, n'eut rien de

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mieux à faire que de se trouver mal , et les spectateurs eurent la complaisance d^attendre que mistriss Elmy , qui par hasard se trouvait au théâtre , se fût habillée pour finir le rôle d'Octavie; rôle qui, dans toute justice, aurait dû lui appartenir plutôt qu^à mistriss Furnival , la douceur de sa voix et la décence de son maintien la rendant particulièrement propre à le jouer.

La pièce, au moyen de cette interruption, ne put faire le premier jour autant d'effet qu'on en avait espéré. Mais le lendemain , animée peut-être par Féclat de ma parure , ou plutôt par la présence de S. Ex. lord Chesterfield, qui avec sa femme était au spectacle, je jouai, de Taveu de tout le monde , mieux que jamais je n'avais fait : je fus universellement applaudie.

Un spectateur qui était sur le théâtre , prit un moyen très-peu convenable pour me montrer sa satisfaction. Un peu pris de vin probablement, car sans cela j'imagine qu'il n'eût pu se permettre une pareille hardiesse , au moment où je passais devant lui , il baisa le derrière de mon cou. Irritée de cette insulte , oubliant la présence du lord lieute-

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nant , et celle d'un si grand nombre de spectateurs , je me retournai sur-le-champ vers Tinsolent, et je lui donnai un soufflet. Quelque déplacée que fût cette manière de ressentir un outrage , elle reçut Tapprobation de lord Chesterfîeld, qui , se levant dans sa loge, m'applaudit de ses deux mains. Toute la salle, comme vous pouvez le croire , suivit son exemple. A la fin de Facte le major Macartney vint, de la part du vice-roi, inviter M. Saint- Léger ( c'était le nom de l'indiscret ) à faire des excuses au public , ce qu'il fit sur-lechamp. Cette aventure contribua , ce me semble, à une réforme que désirait depuis long- temps M. Shéridan. Il fut fait un règlement en conséquence duquel personne désormais ne devait être admis dans les coulisses.

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