TOME I. ' lO
l46 MEMOIRES
VOUS avez si cruellement attaque' la réputation pendant le dîner?
J^appris alors que ce jeune fat, enorgueilli de ses agrëmens, sMtait vanté, comme font beaucoup dVutres, de faveurs qu''il n?avait pas eues , ne sachant pas que c'était précisément devant mes amis qu'il parlait, et qu'ils étaient à même de découvrir sa fausseté. Il faudrait le pinceau d'Hogarth pour peindre ou la confusion du coupable, ou mon étonnement. Pendant quelques momens, je ne trouvai pas un seul mot à dire ; ce fut mistriss Butler qui me tira de ma rêverie : venant à moi, elle me prit la main , et avec un sourire plein de bonté : « Ma chère enfant , me dit-elle , )) vous venez de subir une terrible épreuve; » mais elle était nécessaire. Monsieur a lâ- )) chement noirci votre réputation. Nous )) étions tous convaincus que vous ne méri- )> tiez pas ce qu'il avait dit de vous ; mais s'il » vous avait vue au théâtre avant de vous )) rencontrer ici , il aurait sûrement soutenu » par des sermens ses calomnies, et, quoique » persuadés de votre innocence, il nous eût )) été impossible de le confondre. La mesure » que nous avons prise, un pea désagTcéable
DE MISTRISS BELLAMY. i^j
» peut-être pour vous , lui donne un démenti w si formel qu^il ne peut rester aucun doute, n Après cette explication, elle mVmbrassa tendrement. Sortant de ses bras, j^allai me jeter dans ceux de ma tante, qui sembla enchantée de mon triomphe.
Quant à mon calomniateur, il est aisé de croire qu'il ne nous fatigua pas long-temps de sa présence. Tout agréable qu'il était, personne ne désira de le retenir. Que de charmes n'eussent pas ajoutés à ses grâces naturelles, la bonté , la simple et modeste vérité !
lO'
i48 MEMOIRES