‹ Mémoires de Mistriss BellamyChapitre 65 sur 91 · MÉMOIRiiS · texte numérisé non relu

MÉMOIRiiS

me priva d^une domestique zélée, et, je ne crains pas de le dire , d\ine tendre amie.

Le marquis de Verneuil était retourné à Paris; et M. Garrick étant arrivé à Londres, je fus obligée de m''occuper sérieusement des travauxdemon état. Le zèle et Tactivité étaient indispensables à ceux qui servaient sous les drapeaux de ce grand chef. Comme lui-même ne négligeait rien de ce qui pouvait contribuer au succès des représentations , il exigeait de ses coopérateursun égal dévouement. L''hiver précédent , il avait engagé mistriss Ward , pauvre supplément à l'inimitable Cibber, qui cette année nWait pas joué, parce quelle était malade. La nécessité le forçait de jouer avec elle ; mais elle le révoltait par son défaut de sensibilité. Elle lui en donna un jour une grande preuve, en rajustant, pendant une des scènes les plus tendres de la Belle Pénitente, un de ses bracelets, qui sMtait détaché.

Les deux théâtres s^ouvrirent, cette année , par Roméo et Juliette. Nous jouâmes, Garrick et moi, ces deux rôles, à Drury-lane; Barry et Cibber les jouèrent à Covent-Garden. Mais , pour seconder leurs talens , M. Ricb

avait joint à la représentation une superbe procession funéraire. Ce directeur aimait singulièrement à montrer son goût dans les grandes cérémonies , telles que mariages , triomphes, entrées solennelles, pompes funèbres, et autres. Il eut, cette année, une belle occasion de dépenser presque autant d^argent que la pièce lui en rapportait. La lutte entre les deux théâtres dura fort longtemps , et tout le monde convint, quW Fexception de la scène du moine, Barry Tavait emporté dans Roméo. La pièce eut tant de représentations , que le public et les acteurs finirent par sVn ennuyer. Nous eûmes, cependant, Tavantage de quelques soirées; mais ce ne fut pas sans le secours de bon nombre de ' billets , qui furent distribués à cet effet.

Pendant que cette pièce se donnait, on me dit un jour, au foyer, qu^un monsieur et une dame âgés me demandaient. Je les fis entrer dans ma loge. L'un et Tautre paraissaient avoir environ soixante ans. Le mari me dit qu'il s'appelait M. Gansel : il avait un fils , capitaine aux Gardes. Sujet à des attaques de goutte , il ne voulait point siéger au Parlement. Etant venus voir Roméo et Juliette,

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