‹ Mémoires de Mlle Flore, artiste du Théâtre des variétés (volume 2)Chapitre 7 sur 23 · M1LM0I!V!S · texte numérisé non relu

M1LM0I!V!S

vaodevilie (ioal, [lar Icqiîol je réclamais du public celle bienveillance dont il nïn donné tant de fois des preuves :

J'ai du zèle, j'ainie à travailler.

Je mène la besogne ferme.

Je siiis nouvel' dans le quartier,

Je veux y rester plus d'un terme.

.Je suis ronde et de bonne foi. *

Le ciiangement ne n<e plaît guéres.

Messieurs, passez bail avec moi...

Je vous prends tous pour locataires.

En elîeî, la maison fut assez bien njciiblée lîmtîoug-teîiips.

Ce fut avec un grand plaisir que je retrouvai un ancien camarade , qui avait fait avec moi ses premières caravanes.

ri:. ; î'Vuj'H;

Emile Coltenet, l'un des pensionnaires de la troupe nomade de Volange, qui avait partagé mes succès dans la grange de Pontoise,

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(levant les Cosaques d'Épernay, et mes infortunes au bivouac de Juvisy, débutait aussi au théâtre du Vaudeville.

a L'homme est un voyageur sur la terre.

» Il est doux, quand on a été séparés dans le désert de la vie, de rencontrer son compagnon de voyage. »

Je ne sais dans quel ouvrage romantique j'ai lu cette pensée : je crois que c'est dans Y Itinéraire à Jérusalem j de M. de Chateaubriand.

Je rencontrai encore un autre voyageur, c'était mon camarade Lepeintre , que Bosquier-Gavaudan avait, disait-on, fait exiler (}es Variétés , et qui s'était réfugié auprès de

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Désaugiers , dont il avait joué les premières pièces au théâtre des Jeunes Artistes.

Bientôt nous jouâmes ensemble dans le Maître de forges, dans M. Botte, où les deux frères Lepeintre montraient que le talent était un bien de famille.

Tout le monde connaît la rondeur de Lepeintre jeune ; mais ée qu'on ne sait peut-être pas, c'est qu'il est très spirituel, ce qui ne l'empêche pas de faire parfois des calembourgs.

Je n'en citerai qu'un.

Il disait, en parlant de lui et de son frère aîné :

— Comment peut-on dire : Lepeintre jeune

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{jeûne), quand on voit Lepeintre aîné [le pain traîner.)

J'espère , disait-il , que celui-là est assez mauvais pour qu'on le trouve bon.

Mais Désaugiers quitta la direction du Vaudeville ; il eut pour successeur M. de Guerchy, lequel s'adjoignit bientôt Bernard Léon, qui, d'acteur, eut l'ambition de devenir directeur.

Tel brille au second rang...

J'ai déjà cité ce vers, et je pourrais le citer souvent, si je ne savais qu'il ne faut pas toujours dire la même chose, même quand elle est bonne.

Ces deux nouveaux directeurs ne jugèrent pas à propos de me garder à leur théâtre.

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Demandez-moi pourquoi? ou plutôt demandezle à eux-mêmes.

Je crois qu'ils seraient fort embarrassés de vous répondre aujourd'hui.

Pardon, mes chers lecteurs, si je ne vous ai raconté que des histoires de théâtre , comme un feuilleton du lundi ; mais j'étais devenue une simple comédienne, ma vie ne se passait plus que dans les coulisses.

Si vous aimez le drame, le drame noir, le drame à la Shakspeare, Flore va vous en donner.

Devinez dans quel précipice elle est tombée, la malheureuse !

Cette joyeuse enfant des Variétés et du

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Yuudevilie, qui vous a parlé tout à l'heure du désert de la vie , imaglaez dans quel désert elle va êlre transportée ?

Vous pensez peut-être h ces déserts de l'Egypte et de l'Arabie, que traversent les pèlerins pour aller a la Mecque?

Non, il y fait chaud.

Vous croyez peut-être qu'il s'agit des déserts de la Sibérie, où les czars exilent leurs favoris disgraciés dans des plaines de neige et de glaces ?

Non, ce n'est pas si loin.

Le désert dont je vais vous parler est situé sous le... degré de longitude, ef le... degré de ïaiitude, non loip de la rue de Y^«gi»'ard et

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du palais du Luxembourg. On le voit en plein, quand on est monté sur les tours de ["Observatoire.

Le directeur de ce désert, car ce désert avait un directeur, se nommait M. le chevalier Le Meteyer, et ce désert s'appelait. . .

L'Odéon !

C'est là que me conduisit mon mauvais ange, et il faut que je vous raconte comment j'allai m'y égarer et m'y perdre.

On dit que l'oisiveté est la mère de tous les vices ; moi, je dis qu'elle est la mère de tous les malheurs.

Je n'avais plus de rôles à apprendre ; j'étais désœuvrée, je ne savais à qui m' adresser pour

conter mes peines et dissiper mon ennui. Félix n'était plus là pour s'ennuyer avec moi.

Rien n'est plus ennuyeux qu'un tête-à-tête avec soi-même , quand on n'a rien à se dire.

Nous envoyons promener les gens qui nous ennuient.

J'allai me promener.

Le hasard me conduisit du côté du Jardindes-Plantes.

Je m'amusai d'abord à examiner les bêtes et ceux qui les regardaient. Parmi ceux-là, il y en avait beaucoup qui auraient pu se croire devant un miroir.

Quand on a du temps à perdre, on peut phi-

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lofeopher. Je Us donc des réflexions philosophiques de la plus haute portée sur la ressemblance qu'il y a entre les hommes et les animaux.

Ces réflexions me parurent si sublimes, que c'est à daler de ce moiiient-ià qu'il me vint en pensée de me faire auteur et d'utiliser mes loisirs à charmer plus ou moins ceux des personnes h qui peu importe ce qu'elles lisent, pourvu qu'elles lisent quelque chose.

Le litre du livre que je pi'ojetais me parut très heureux et très n; uf; je vculais l'irililuler:

Les Hommes et les Bêtes.

J'allais y comparer le lion au guerrier, le

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singe au dandy, le renard à l'homme d' affaires, le loup au financier vorace, le chat à l'homme politique, le perroquet à certains beaux esprits, la guenon à certaines beautés grimacières... Je revais d'avance le succès de mon livre.

Une voix m'nppeîa par mon noai.

J'étais si absorbée dans mes pensées, que je crus d'abord que cette voix venait de l'une des cages.

Elle m'appela une seconde fois ; je me retournai du côté des ours, — et je me trouvai vis-à-vis du libraire Barba.

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