‹ Mémoires de Mlle Flore, artiste du Théâtre des variétésChapitre 10 sur 17 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Le retour de Tempereur. — Les violettes proscrites. — Mademoiselle Mars. — Le 8 juillet. — Encore des pièces de circonstance.— Un testament à Waterloo. — La marchande à la toilette. — Un monsieur veuf.

ï.e 20 mars 1815 allait arriver.

On se doule bien qu'à dater de ce jour le réperloire de Henri IV disparut de dessus toutes les affiches.

Le 20 mars au soir, on jouait aux Variétés : Je fais mes farces, lorsque l'on annonça dans

la salle que l'empereur venait d'entrer aux Tuileries. Potier, qui était en scène, dit assez haut à Brunet : « Il paraît que je ne suis pas le seul qui fait ses farces. »

Le spectacle fut interrompu ; personne ne resta dans la salle. Tout le monde courut du côté des Tuileries, où la \ieille garde avait déjà repris ses postes.

îl fallait voir les acteurs et les actrices qui avaient été les plus enthousiastes et les plus exagérés, les uns changer de langage, les autres trembler; ceux-ci cacher leurs opinions, ceux-là faire de la leur les démonstrations les plus vives.

Les coulisses du théâtre étaient en révolution comme la France. On s"y disputait, on était près de s'y battre !

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C'est alors que les violettes vinrent jouer leur rôle.

On se rappelle qup cplte fleur prinlannière devint le signe de ralliement de ceux qui voyaient avec plaisir le retour de Napoléon.

Comme il reparaissait avec le printemps, on lui donna le sobriquet de Père la Violette.

Bien des gens portaient des violettes à la boutonnière. Quelques femmes, non seulement en portaient des bouquets, mais elles en firent des ornemens pour leurs robes et leurs chapeaux.

Mademoiselle Mars parut sur le théâtre avec une robe garnie de violettes : elle fut vivement applaudie.

Cent jouis après, lorsqu'elle reparut sur la scène, elle fut sifflée. On se rappelait ses violettes. Pauvre fleur!... tu as été proscrite, mais les lis l'ont été depuis.

Hommes et fleuis, chacun triomphe et est proscrit à son tour.

Si j'avais joué à cette époque, j'aurais couru la même chance que mademoiselle Mars, car j'amais fait la nième démonstration. Je ne la fis que dans la salle, où ma robe fut cependant remarquée, quoique je ne fusse pas la seule à en porter une semblable.

Le 8 juillet, Louis XVIII rentra dans Paris, et la pièce de circonstance ne se lit pas attendre au Vaudeville. On y donna, le 17 du mè?ne mois, VÉcharpe blanche ou le Retour

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à Paris. Un mois a[)rès, ThéauloUj qui avail suivi les fugitifs à Gand, fit jouer le Prince chéri ou le Lis enchanlé ; et, au bout d'une huitaine de jours, on lança encore : Nous aussi nous rainions ! ou la Fête du faubourg Saint- Antoine.

Les Variétés furent moins prodigues ; elles ne donnèrent que le Bouquet du Roi ou le Marché aux Fleurs.

Comme je n'étais que témoin dans tcul cela, et que le roman de ma vie était interrompu pour le public, j'ai cru devoir remplir celle lacune par des faits qui ne sont pas sans intérêt.

Je vivais assez tranquille auprès de ma camarade Mayeur; mais un coup bien sensible allait me frapper.

Un jour elle me dit, lorsque je rentrai, qu'un militaire était venu me demander pendant mon absence.

— Un militaire ! |

— Oui, ma chère.

— Un officier, sans doute?

— Non, un sous-officier.

— Ce n'est p^s lui.

— Qui, lui?

— Ah! ma chère apaie, tu ne sais pas... je ne t'ai pas dit... mais j'y pense toujours.

Alors je lui coqtai toute l'histoire de ma liaison avec Henri, notre séparation, les senlimens que je lui avais conservés. Elle me

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cooiprit, car celte jeuiie femvfie avait up cœur sensible, aussi sensible que son imagination était vive et sa tète ardente.

— E}\ bien ! ce militaire, luj dpiiiandairje, que me voulait-il ?

— Il m'a dit que c'était h toi-même qu'il voulait parler. Il reviendra demain.

J'attendis le lendemaiii avec une impatience inexprimable. — Je me ley?ii de bqnne lienre ; il me semblait que cela dût le faire arrive^ .

J'avais passé la nuit, agitép jie mille ipquiétudes.

Je dormis peu, et mon sommeil fut troublé par des rêves effrayans.

Il y a des gens qui prétendent que les près-

sentimens n'existent pas, que ce sont des chimères de rimagination ; j'y ai toujours cru. et ils m'ont rarement trompée.

Il me semblait voir Henri, pâle et défiguré, s'approcher de moi.

Il voulait me parler, et la parole expirait sur ses lèvres.

Je m'éveillais couverte d'une sueur froide, et lorsque je me rendormais, je le voyais encore.

Je racontai mes rêves à mon amie, qui en fut presque aussi émue que moi-même.

Enfin ce militaire arriva et demanda à me parler sans témoins; il était chargé d'une commission qu'il voulait remplir exactement.

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— Madame, me (ill-il (juand nous fûnies seuis, j"ai à romplii- un îrisle devoir.

Je pâlis.

— Monsieur, vous venez, j'en suis sûre, de la part de M. Henri de B... ?

— Oui, madasne.

— Pourquoi n'esl-il pas venu lui-mèoie?

Où l'avez- TOUS vu ? où lavez-vous quiité ?

— A Waterloo !

— Il est mort? m'écriai-je.

— Oui, madame.

Je jetai un cri.

Ma bonne Mayeur accourut, me reçut dans ses bras.

206 MÉMOfRES

Je serais tortibée siir le plancher.

Quand je fus revenue à moi, j'accablai cet homme de questions.

— Madame, me dit-il, mon capitaine est mort en brave. Il me dit avanl de mourir :

— Il faut que tu ailles à Paris, que tu portes à quelqu'un mes dernières paroles, mes dernières pensées.

— J'irai, mon capitaine.

— Tire ton sabre.

Il était tout tiré, et rouge du sang des Anglais.

— QHë faut-il hitê dé mon â.4brë, mon capitaine ?

— Goupe une niêclie de mes cheveux.

— C'est fait, mon capitaine.

— Prends ce mouchoir.

Je l'ai pris, j'ai entortillé ses cheveux dedans.

— Ah ! si je pouvais lui écrire !,..

— Mon capitaine, j'ai dans ma giberne la petite écritoire et quelques chiffons de papier. — Il faut vous dire, madame, que je suis maréchal-des-logis chef, et que j'ai toujours des écritures à faire. — Je soulève mon capitaine, je mets la plume dans sa main, qui était froide : à peine pouvait-il la tenir.

— Je lui dis : Mon capitaine, dictez, j'écrirai.

203 MF.ilOIHES

— Non, iiiôii ami, je veux é{ rire moi-même. Quan<] tu seras h PariS; Ui iras an théâtre des Variétés.

— Tonnerre ! mon ca[)itaioe , est-ce que vous allez me donner un billet de spectacle ?

— Tu demanderas l'adresse de mademoiselle Fiore.

— Ah! bien! — Vous pensez à l'amour dans un drôle de moment !

— Tu lui renieltras ce paquet, et ce que je vais écrire. Je veux lui laisser un témoignage de mon amitié.

— Bien î Comme on ne peut pas emporter sa fortune, il faut la laisser à ceux que l'on aime. Faites donc votre testament. Mais ne parlez pas tant, et écrivez, car j'ai peur que

VOUS ivayez pas le temps d'en e'crire long.

Enfin, mon capitaine a tracé quelques mois sur ce papier.

Je n'en ai pas pris connaissance. Il faut respecter les secrets que Ion ne nous confie pas.

Mon pauvre capitaine a tourné l'œil, et tout a été fini.

J'ai enveloppé ça bien soigneusement, et quand mes blessures m'ont permis de marcher, quand on a dirigé nos débris sur Paris, je me suis acquitté de ma commission.

J'ai demandé votre adresse ; je suis venu hier, je suis revenu aujourd'hui.

Voilà le paquet.

T. u. ik

210 KÉMOSRHS

Eii tcrmiimnl, il essuya deux grosses larmes qui îonibaient sur sa moustache.

Je pris ce paquet d'une main tremblante et en fondant en larmes.

Je baisai les cheveux de Henri, puis je développai ce papier sur lequel il avait écrit ses dernières volontés ; je lus :

« Du champ de bataille de Waterloo.

» Ceci est mon testament.

» Je donne et lègue à mademoiselle Flore, sur tous les biens qui doivent me revenir. . . »

11 n'y en avait pas davantage.

— Comment! voilà tout? dit le militaire. Tonnerre ! mon pauvre capitaine, il avait de

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si bonnes intentions; mais la camarde l'a emporté un petit moment trop tôt.

— Excusez, mesdames, voilà ma commission faite. Je m'en vais ; je n'aime pas à voir pleurer les femmes.

Il mit la main à son shakos, et s'en alla en murmurant entre ses dents :

— Mon pauvre capitaine ! mon pauvre capitaine!...

Cette scène me fit une impression douloureuse.

Le souvenir de ce pauvre Henri à ses derniers momens !

Sa pensée bienveillante et généreuse. . .

J'y fus plus sensible quà tout ce qii il avait

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l'intention de me donner, et je puis dire que la nouvelle de sa perte m'affecta vivement.

Joséphine Mayeur cherchait à me distraire, en m'entretenant chaque jour d'un avenir plus heureux.

Un matin que nous étions occupées toutes les deux à trouver dans notre imagination le moyen de sortir de la position précaire où nous étions, Joséphine reçut une lettre de son père, qui lui annonçait qu'il lui avait trouvé un nouvel engagement pour le théâtre de Bordeaux. Elle était presque décidée à l'accepter; mais elle éprouvait beaucoup de peine en songéant à moi, qui no devais reprendre ma place aux Variétés que Tannée suivante.

iNous vîmes entrer une femme chargée de

ne MADEMOISELLE FLORE. ît'î

iïliîr.ieurs paquets. Elle nous salua assez familièrement, et se jeta sur un siège en disant : — Dieu ! que je suis fatiguée !

— Pardon, mesdemoiselles; vous ne me connaissez pas, mais je viens vous offrir mes services.

— Qui êtes- vous, madame?

— Madame Labiche, marchande à la toilette. Je viens de la part de mademoiselle Cuisot. Je lui fournis toutes sortes de choses, ainsi qu'à presque toutes les actrices de Paris, depuis l'Opéra jusqu'au boulevarî. Je suis très accommodante, et vous ne serez pas fâchées d'avoir affaire à moi.

— Madame, je vous avouerai que nous ne sommes guère en fonds dans ce moment-ci.

2U MÉiyiOIRE^

— Cela lî'y fait rjen, rnesderooiselles ; je ne vous deffiande pas d'argent, pas mpme de billets.

Jedpnqe du temps à mes clientes.

J'ai là d'excellentes occasions.

Des choses qui n'ont presque pas été portées ; c'est comme du neuf.

Elle se mit à développer ses ballots.

— Voici un châle magnifique, vrai cachemire de l'Inde ; il a été payé 3,000 fr. ; vous l'aurez pour moitié.

Il vient d'une danseuse de l'Opéra, qui l'avait reçu d'un Aglais. Elle s'est brouillée avec lui le lendemain, et elle veut vendre le châle pour acheter une paire de bou<^îes d'oreilles.

dont une de ses luiiies est obligée de se défaire, et que je lui ferai avoir à très bon marché.

— Au lieu d'acheter un chàle, dit José- Ijhiiie, je ser^i pei?t-étre obligée de vendre les miens.

— Alors, je vous les achèterai. Pour être gênée, on n'est pas déshonorée. Je puis vous être utile de plus d'une manière. Je fais des placement de fonds et des placemens de personnes. J'arrange quelquefois des mariages : pourquoi ne pas vous marier? J'ai dans ce moment, en main, trois ou quatre partis fort avantageux.

Nous n'avions envie de nous marier ni lune ni Tautre.

— Puisque vous faites tant d'atîaires, lui dit Joséphine, lâchez de vendre mon fonds de cabinet de lecture, et trouvez une place à mon amie.

— Quel genre de place? Veut-elle être demoiselle de comptoir dans un restaurant? tenir les livres dans un magasin de nouveaute's? voyager pour une maison de commerce ?

— • Je ne sais pas la tenue des livres, je calcule fort mal, j'écris comme un chat, et je ne voudrais pas quitter Paris.

— Eh! mon Dieu, j'y pense, s'écria madaîiie Labiche en me regardant plusieurs fois; j'ai une excellente place à vous procurer. — Je ne serai pas exigeante. — Je ne vous demanderai pour mon droit de courtage que

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vingt pour cent sur vos appointemens, et voire pratique [lour tout ce qui concerne la toilette.

— Quelle est donc cette place?

— Dame de compagnie chez un monsieur veul" et puissamment riche.

— Dame de compagnie î quaurai-je à faire?

— Les honneurs de sa maison , purement et simplement. Vous tiendrez la place de sa défunte, dans son salon et à sa table. Il aime à recevoir, el il reçoit bonne compagnie. Vous serez logée, chauffée, éclairée, entretenue de tout, et vous aurez six mille francs d'appoinlemens.

— C'est superbe ! dit Joséphine.

21g MÉMOIBES

— Je ne compte p^s les cadeaux, et ii est U'e^ généreux.

— C'est trop beau , dis-je h aion tour. Je ne peux pas croire que je lui convienne.

— Vous lui conviendrez, j'en réponds. Il a en moi la plus grande confiance. Je vous ai demandé vingt pour cent : il y a des femmes qui me donneraient le double pour avoir une aussi belle position. Vous me donnerez en entrant les intérêts du premier trimestre , et ainsi de suite.

— Accepte, me dit Joséphine; je ne serai plus inquiète sur ton compte, et je partirai plus tranquille pour Bordeaux.

— Je vous présenterai dès deniain , reprit

DE MADJiMOJÎJKLtE FLORF. 219

njajjiiipe J^abiche ; mais il hui que le premier coup (i'ceil soit décisif. Il vous faut une mise élégante , recherchée. Je me charge de vous apporter demain une toilette complète.

— Je vous ai dit, madame, que j'étais gênée dans ce moment.

— Je vous ferai crédit. Tout cela sera payé par M. Duponceau.

( C'est le ponique je dpppepai à cet àomme qui ne manquait pa§ de (quelques ridicules, mais qui avait aussi de très bonnes qualités.)

— Et si je ne lui conviens pas?

— Vous en serez quitte pour me compter le loyer de ce que je vous aurai prêté. Mais je m'arrangerai pour que wpu$ Iijfj conveniez.

D'abord , une demoiselle ne ferait pas notre affaire. Cela ne serait pas assez respectable à la tète d'une maison. 11 faut que vous soyez veuve.

Pouvez- vous être veuve ?

— Je crois que oui, répondis-je en souriant.

— Quel nom prendrez- vous? Il ne nous faut pas de Sainte-Amarante, de Saint-Félix, de Sainte -Marie. Cela sent trop les veuves de table d'hôte et d'hôtel garni.

— Je voudrais un nom bourgeois. Il faudrait que vous fussiez veuve d'un officier de la grande armée. M. Duponceau est enthousiaste de Napoléon. Si votre mari pouvait avoir été tué dans la campagne de Russie, cela nous arrangerait bien.

— ^ C'est tout arrangé, dit Joséphine. Elle est veuve d'un capitaine tué à Waterloo, elle se nomme madame Henri.

Je les laissai toutes deux composer mon roman, et j'y donnai l'approbation par mon silence.

Qui ne dit mot consent.

— Cependant, madame, dites-moi du moins ce que c'est que M. Duponceau.

— C'est juste. D'abord, il a soixante mille livres de rente; c'est. le point capital.

C'est un honnête homme, cela ne gâte rien.

îl n'est plus jeune , mais il n'est pas vieux.

C'est un ancien ébéniste du faubourg Saint-

Antoine^ qui a quitté le commerce depiiis plusieurs années , et qui a pris assez facilement le ton et les manières du monde.

D'un certain rtioiide, bien êtitéhdù.

Mais comme il est riche , bon enfant , et qu'il reçoit très bien, il ne manque pas d'amis, ou du moins de société.

Je vous ai dit qu'il était veuf ; j'ajouterai veuf d'une femme qui le faisait enrager. Il n'en a pas moins fait élever au Père-Lachaise un très beau monument , avec cette inscription en lettres d'or :

A la meilleure des épouses !

Attends-moi.

Mais il à l'intention de se faire attendre le

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plus long-temps possible , car il a fait planter denière ce monument un ormeau qui a déjà pris le développement d'un orme.

Ce qui veut dire comme la chanson : ;

Attendez-moi sous l'orme , Vous m'altendi-ez long-temps.

Madame Labiche, au milieu de son babil , ne manquait pas d'esprit.

La marchande de toilette est un typé.

Ce genre de femme fraye avec toutes les classes de la société.

Dans les plus grandes maisons, il ne faut pas croire qu'elle n'ait affaire qu'aùî femmes de chambi-e.

Madame Labiche nous donna un aperçu de son commerce.

— Le temps est passé, nous dit-elle, où les grandes dames laissaient à leuî^s soubrettes les robes et les chapeaux qu'elles ne portaient plus.

D'ailleurs, il n'y a plus guère de grandes dames.

Les femmes de banquiers et d'agens de change, de ce qu'on appelle l'aristocratie de Targenl, ont pris l'esprit spéculateur de leur maris.

L'ancienne noblesse, ruinée, base son luxe sur l'économie.

La classe bourgeoise n'achète plus, comme sous l'ancien régime , la défroque de la cour.

m MADEMOISELLE FLOUE, 22£f

Les ëloffes d'aujourd'hui sont plus légères et les modes varient Ijoaucoup plus.

Les femmes comme il faut vendent ellesmêmes leurs nippes (madame Labiche employa ce mol), pour suppléera la pension que les maris font pour la toilette.

Tout cela se place dans les classes oîi les moyens ne sont [)as en rapport avec les prétentions.

On en fait des gar dérobes de théâtre. Le meilleur et le plus élégant va en province, le reste descend au Temple.

La marchande à la toilette sert d'intermédiaire pour avoir l'air de vendre h bon marché des châles, des dentelles ou des bijoux que les femmes n'ont pas achetés, et des cadeaux T. n. 15

que l'on fiait encore payer aux. maris, et dont eiie rend l'argent aux femmes, en se faisant donner un bon escompte.

— Je vous dis là une partie de mes secrets, continua madame Labiche, parce qu'ils peuvent vous être utiles un jour, et que ma confiance peut me valoir votre pratique.

J'ajouterai qu'il est quelquefois très difficile de faire parvenir à une femme sa correspondance et de recevoir ses réponses.

Les domestiques sont indiscrets.

Leur faire une confidence , c'est devenir leur esclave.

La marchande h la toilette est une messa-

gère sûre, attendu qu'elle y trouve son intérêt, outre le plaisir d'obliger son sexe.

Beaucoup d'autres détails me donnèrent la plus haute idée des talens divers de madame Labiche, mais il me serait difficile de me les rappeler.

Nous convînmes qu'elle me présenterait, le lendemain, à M. Duponceau ; et, en effet, elle vint me prendre, en m'apporlant une toilette digne, non pas de la veuve d'un capitaine, mais de la veuve d'un général.

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