‹ Mémoires de Mme Du HaussetChapitre 11 sur 28 · PREFACE XIX · texte numérisé non relu

PREFACE XIX

devant ce qu'il faut voir sans avoir Vair de regar-der, M"»* du Hausset offre le type parfait de la subalterne de condition. Elle a les pieds un peu forts, comme les femmes qui se tiennent presque fOMjours debout; elle a les mains blanches et soignées, comme doivent les avoir les Lisettes à particule qui pomponnent les maîtresses des rois ; elle a la bouche fraîche, les dents belles, et, sous la cornette, des cficveux châtain haut relevés sur le front, qu*un nuage de poudre, à r occasion, recouvre et parfume. Nous la supposons ainsi, et d'autres la verront différemment; et c'est précisément le charme et le piquant de cette physionomie de femme que d'être ainsi, tout à la fois, inconnue et cependant visible pour ceux qui, comme nous, se donnent la peine de la rechercher dans ses Mémoires.

En les réimprimant aujourd'hui, leur nouvel éditeur est sûr d'obtenir le suffrage des curieux de lettres, des amateurs passionnés d'anecdotes, et, pourquoi ne pas le dire^ de tous ceux qui ne dédaignent pas Vintérêt particulier des révélations scandaleuses, considérées comme documents historiques.

Il ny a pas que de ces révélations-là, du reste, dans le Journal de M"»* du. Hausset, et la simplicité de son style sans phrases met en évidence la vérité sur toutes choses, l'exactitude de tous les faits,

La société de l'ancien régime se dresse donc devant nous non pas uniquement avec ses vices, ses folies,

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ses crimes, mais aussi avec son esprit, sa bravoure, ses élégances, ses activités intellectuelles, et, parfois, avec les illusions généreuses et les galanteries chevaleresques de cette vieille France, toujours resiée exquise, séduisante, et à laquelle on doit beaucoup pardonner parce qu*elle a beaucoup charmé.

Ces souvenirs lointains de M^^ du Hausset gardent très vif le reflet des corruptions et de la grâce de l'époque où ils ont été écrits, et tout naturellement, par ce fait même, ils projettent une éclatante lumière qui ne laisse aucune ombre sur les moindres détails des mœurs du temps, Oest à cela que les premières éditions de Craufurd, de Barrière et de Didot, ont dû leur succès. Celle qui paraît aujourd'hui, plus soignée que les précédentes, mieux conçue pour satisfaire les goûts raffinés des blibliophiles, va très opportunément ramener Vattention sur des pages qui, dans leur sincérité grande et leur naïveté d'expression, éveillent le sens juste des petites causes suivies de si grands effets qui firent sombrer la société de l'an^ cien régime et la monarchie française.

HiPPOLYTE FOURNIER.

DE

%NS. de mes amies de c

iDariée* avantageusement à Paris, et îqui jouit de la réputation de femme 9 d'esprit, m'a souvent priée d'écrire ce que je savols journellement; et, pour lui faire ' plaisir, j'avois fait de petites notes en trois ou quatre lignes chacune, pour me rappeler un jour les faits intéreisans ou singuliers, comme le roi assassiné, dépari ordonné par le roi à MniJamt, M. de Machault ingrat, etc. Je promettois toujours k mon amie de mettre tout cela en récit.

Madame du Hauael. t

Elle me parla des Souvenirs de M™« de Cajlus^ qui cependant n'étoient pas encore imprimés, et me pressa tant de faire un pareil ouvrage que, profitant de quelques momens de loisir, j'ai écrit ceci, que je compte lui donner pour y mettre de Tordre et du style.

J*ai été longtemps auprès de M™« de Pompadour, et ma naissafice me faisoit traiter avec un peu de distinction par elle et par des personnes considérables qui me prirent en affection. J'étois devenue en peu de temps Tamie du docteur Quesnay, qui venoit souvent passer deux ou trois heures avec moi. Il recevoit chez lui des personnes de tous les partis, mais en petit nombre, et qui toutes avoient une grande confiance en lui. On y parloit très hardiment de tout; et, ce qui fait leur éloge et le sien, jamais on n*a rien répété. M™« la comtesse D*** venoit me voir aussi; c'étoit une personne vive et franche, et aimée de Madame. La famille de Baschi ' me faisoit sa cour. M. de Marigny avoit reçu quelques services de moi dans les querelles assez fréquentes du frère et de la sœur, et il avoit pris de Tamitié pour moi. Le roi avoit l'habitude de me voir, et un accident que je rapporterai* Tavoit

1 . Alliée à celle de M™^ de Pompadour. Voir la Généalogie de la famille Le Normant, par M. Le Normant des Varannes (Orléans, i853, in-4, p. 5i).

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