‹ Mémoires de Mme Du HaussetChapitre 19 sur 28 · I . Paul-Pierre Le Mercier de La Rivière (i 720 ?-i · texte numérisé non relu

I . Paul-Pierre Le Mercier de La Rivière (i 720 ?-i

tendant de la Martinique ; il le regardoit comme l'homme du plus grand génie, et croyoit que c'é* toit le seul homme propre à administrer les finances.

Mi°« la comtesse dTstrades, qui devoit tout ce qu'elle étoit à Madame, n'étoit occupée qu^à lui faire des tracasseries, dont elle étoit assez habile pour dérober les preuves; mais elle ne pouvait empêcher qu'on ne la soupçonnât. Sa liaison intime avec M. d'Argenson donnoit de l'ombrage à Madame, et depuis quelque temps elle étoit plus réservée avec elle; mais elle fit une chose qui irrita Madame et le roi avec juste raison.

Le roi, qui écrivoit beaucoup, lui écrivit une assez longue lettre où il lui parloit d'une assemblée de chambres au Parlement; et il y avoit joint une lettre de M. Berrier. Madame étoit malade, et mit ces lettres sur une petite table près de son lit. M. de Gontaut entra, et parla de fadaises comme à son ordinaire. M™® d'Amblimont vint aussi, et resta très peu de temps. Comme j'allois reprendre une lecture qui avoit été interrompue, M^^ d'Estrades entra et se mit auprès du lit de Madame, à qui elle parla quelque temps; ensuite elle sortit, et Madame, m'ayant fait appeler, me demanda l'heure

auteur de V Ordre naturel essentiel des sociétés politiques (i 767, in-4), tenta, en 1 767, sur la recomn^andation de Diderot , de faire accepter ses théories et ses services par Catherine II, et y échoua complètement.

qu'il étoit, et me dit : a Le roi va bientôt venir; faites fermer ma porte. » Je rentrai, et Madame me dit de lui donner la lettre du roi qui étoit sur sa table, avec quelques papiers. Je les lui remis, et lui dis qu'il n'y avoit rien autre chose. Elle fut fort inquiète, ne trouvant pas la lettre du roi; et, après avoir compté les personnes qui étoient entrées : « Ce n'est point la petite comtesse ni Gontaut qui ont pris la lettre du roi; ce ne peut être que la comtesse d'Estrades, et cela est trop fort. » Le roi vint, il se mit en colère, à ce que me dit Madame, et il exila, deux jours après, M^^ d'Estrades, qui certainement avoit pris la lettre, parce que l'écri* ture du roi lui avoit sans doute inspiré de la curiosité.

Cet événement fit beaucoup de peine à M. d'Ar* genson, qui lui étoit attaché par amour pour l'intrigue, à ce que disoit Madame. Cela redoubla la haine de ce ministre contre elle, et Madame lui attribua d'avoir favorisé la publication d'un libelle où elle étoit représentée comme une vieille maîtresse réduite au vilain rôle de fournir de nouveaux objets à son amant. On la désignoit comme suriiitendante du Parc aux Cerfs, qu'on disoit coûter des millions.

Madame a cherché à couvrir quelques faiblesses du roi, et n'a jamais connu aucune des sultanes de ce sérail. Il n'y en avoit, au reste, que deux, en

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