I. Le marquis de Voyer, fils du comte d'Argenson, qui
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étoit dans son cabinet, et qui avoit entendu ma demande, me suivit, ce Vous désirez, me dit-il, un commandement; il y en a un de vacant, qui m'est promis pour un de mes protégés; mais, si vous voulez faire un échange de grâces, et m'en faire obtenir une, je vous le céderai. Je voudrois être exempt de police, et vous êtes à portée de me procurer cette place. » Je lui dis que je ne concevois pas la plaisanterie qu'il faisoit. « Voici ce que c'est, dit-il : on va jouer le Tartufe dans les cabinets ; il y a un rôle d'exempt qui consiste en très peu de vers. Obtenez de M"^« la marquise de me faire donner ce rôle, et le commandement est à vous. » Je ne promis rien, mais je racontai l'histoire à Madame, qui me promit de s'en charger. La chose fut faite, j'obtins mon commandement, et M. de V*** remercia Madame comme si elle l'eût fait faire duc.
Le roi étoit souvent importuné par les parlemens, et il tint à leur sujet un bien étrange propos, que répéta devant moi M. de Gontaut au docteur Quesnay. a Hier le roi, dit-il, se promenoit dans le salon avec un air soucieux. M"^^ de Pompadour lui demanda s'il avoit de l'inquié-
tint, en effet, le rôle de l'exempt dans la représentation de Tartufe donnée le lo janvier 174S sur le théâtre des petits appartements (Luynes, VIII, $64).
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tude sur sa santé, parce qu'il est depuis quelque temps un peu indisposé. Il a répondu : « Non ; mais je suis bien ennuyé de toutes ces remontrances. — Que peut-il en arriver, a dit Madame, qui doive inquiéter sérieusement Votre Majesté? N'est-elle pas le maître des parlemens, comme de tout son royaume ? — Cela est vrai, a dit le roi ; mais, sans ces conseillers et ces présidens, je n'aurois pas été frappé par ce monsieur (il appeloit toujours ainsi son assassin). — Ah! Sire, s'est écriée Mm« de Pompadour. — Lisez le procès, a-t-il dit ; ce sont les propos de ces messieurs, qu'il nomme, qui ont bouleversé sa tête. — Mais, a dit Madame, j'ai souvent songé que, si on pouvoit envoyer à Rome M. l'archevêque»... — Trouvez quelqu'un qui fasse cette affaire-là, a-t-il dit, et je lui donnerai ce qu'il voudra. »
Quesnay dit que le roi avoit raison dans tout ce qu'il avoit dit.
L'archevêque fut exilé peu de temps après, et le roi étoit sérieusement affligé d'avoir été réduit à prendre ce parti. « Quel dommage, disoit-il souvent, qu'un aussi honnête homme soit aussi opiniâtre! — Et aussi borné, dit un jour quelqu'un. — Taisez-vous » , lui dit brusquement le roi.
1 . Christophe de Beaumont, archevêque de Paris (1737- • 781).
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M. l'archevêque étoit très charitable, et d'une extrême libéralité; mais souvent il faisoit des pensions sans discernement. Il en avoit accordé une de cent louis à une jolie femme très pauvre, et qui portoit un beau nom qui ne lui appartenoit pas. La crainte qu'elle ne donnât dans le vice l'avoit engagé à lui faire une aumône aussi forte, et la femme jouait l'hypocrite à merveille; et, sortie de l'archevêché en grandes coiffes, elle se divertissoit avec plus d'un amant.
Les grands ont la mauvaise habitude de parler devant leurs gens fort indiscrètement. M. de Contant dit un jour ces mots couverts, à ce qu'il croyoit, au duc de..., qu'on « avoit si bien pris ses mesures qu'on viendroit à bout de persuader à M. l'archevêque d'aller à Rome avec le chapeau de cardinal, et que, s'il vouloit, on lui donneroit un coadjuteur ». On avoit trouvé un prétexte très plausible pour amener cette proposition et la faire trouver flatteuse à l'archevêque et conforme à ses sentimens. L'affaire avoit été adroitement entamée et le succès paroissoit certain. Le roi n'avoit pas l'air de rien savoir vis-à-vis de l'archevêque. Le négociateur agissoit comme d'après son idée, pour le bien des affaires. C'étoit un ami de l'archevêque, et qui étoit sûr d'être bien récompensé. Un valet de chambre du duc de Gontaut , fort joli garçon, avoit parfaitement saisi le sens de ce qu'il avoit dit
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mystérieusement. Il étoît an des amans de la dame aux cent louis, à qui il entendoit parler quelquefois de Tarchevêque, dont elle se disôit parente. Il crut bien faire de l'avertir qu'on travailloit auprès de lui pour le déterminer à résider à Rome, uniquement pour l'éloigner de Paris. La dame ne manqua pas d'avertir l'archevêque, craignant de perdre sa pension s'il partoit. Cet avis cadroit si bien avec la négociation entamée que l'archevêque n'eut aucun doute sur sa vérité. Il se refroidit peu à peu dans ses conversations avec le négociateur, qu'il regarda comme un traître, et il finit par se brouiller avec lui.
Ces détails n'ont été sus que longtemps après. L'amant de la dame ayant été mis à Bicétre, on trouva dans ses papiers des lettres d'elle qui mirent sur la voie, et on lui fit avouer le reste. Pour ne pas compromettre le duc de Gontaut, il fut dit au roi que le valet de chambre avoit su l'affaire par une lettre qu'il avoit prise dans l'habit de son maître. Le roi se donna le plaisir d'humilier l'archevêque, en conséquence des renseignemens qu'il avoit pris sur la conduite de la dame, sa protégée. Elle fut trouvée coupable d'escroqueries faites de concert avec son cher amant; mais, avant de la punir, le lieutenant de police fut chargé de voir Monseigneur et de lui rendre compte de la conduite de sa parente et de sa pensionnaire. L'arche-
vêque n'eut aucune objection à faire, d'après les preuves qu'on lui donna; il dit, sans s'émouvoir, qu'elle n'étoit point sa parente, et, levant les mains au ciel : c C'est une malheureuse, dit-il, qui m^a ravi le bien des pauvres par ses impostures. Mais Dieu sait qu'en lui donnant une pension aussi forte je n'ai point agi légèrement. J'avois, dans ce temps, Texemple d'une jeune femme qui m'avoit demandé dix-huit cents francs, me promettant de vivre très sagement, ce qu'elle a voit fait jusque-là; je la refusai, et elle me dit en sortant : « Je tournerai à « gauche. Monseigneur, puisque le chemin m'est c fermé à droite. » La malheureuse n'a que trop tenu parole : elle a trouvé moyen d'avoir chez elle un pharaon qu'on tolère, et à la plus mauvaise conduite elle joint l'infâme métier de corruptrice de la jeunesse; sa maison est le repaire de tous les vices. Jugez, d'après cela. Monsieur, dit-il, s'il n'étoit pas prudent à moi de faire à la femme dont il s'agit une pension convenable à l'état où je la croyois née, afin d'empêcher que, jeune, jolie, spirituelle, elle n'abusât de ces dons, ne se perdît, et n'en entraînât d'autres? » Le lieutenant de po-. lice dit au roi qu'il avoit été touché de la candeur et de la noble simplicité du prélat : « Je n'ai jamais douté, dit le roi, de ses vertus; mais je voudrois qu'il se tînt tranquille. »
Le même archevêque fait jine pension de douze
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cents livres au plus mauvais sujet de Paris : c'est un poète qui a fait des poèmes abominables < ; la pension est donnée à condition que ses poèmes ne seront point imprimés. Je tiens ce fait de M. de Marigny, à qui il les a récités un jour qu'il soupoit avec lui et quelques gens de la cour, pour leur débiter son horrible poème. Il fit sonner de l'or qui étoit dans sa poche. « C'est de mon bon archevêque, dit-il; je lui tiens parole : mon poème ne sera point imprimé pendant ma vie, mais je le lis. . . » Puis il se mit à rire, a Que diroit ce bon prélat s'il savoit que j'eusse partagé mon quartier avec une charmante petite danseuse des Italiens? « C'est <K donc l'archevêque qui m'entretient? » m'a-t-elle dit. Que cela est drôle! » Le roi le sut et en fut scandalisé, a On est bien embarrassé pour faire le bien » , dit-il.
Le roi entra un jour chez Madame, qui finissoit de s'habiller; j'étois seule avec elle, a II vient de m'arriver une singulière chose, dit-il. Croiriez-vous qu'en rentrant dans ma chambre à coucher, sortant de ma garde-robe, j'ai trouvé un monsieur face à face de moi? — Ah! Dieu! Sire, dit Madame, effrayée. — Ce n'est rien, reprit-il ; mais j'avoue que j'ai eu une grande surprise ; cet homme a paru tout interdit, a Que faites-vous ici? » lui ai-je dit d'un
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