‹ Mémoires de Mme Du HaussetChapitre 27 sur 28 · ID · texte numérisé non relu

ID

cela faux. Le comte ayant cherché quelque chose dans un portefeuille grand deux fois comme un étui à lunettes, il en tira deux ou trois petits papiers qu'il déplia, fit voir un superbe rubis, et jeta de côté sur la table, avec dédain, une petite croix de pierres blanches et vertes. Je la regardai, et dis : « Cela n'est pas tant à dédaigner. » Je l'essayai, et j'eus l'air de la trouver fort jolie. Le comte me pria aussitôt de l'accepter; je refusai, il insista. Madame refusoit aussi pour moi. Enfin il pressa tant et tant que Madame, qui voyoit que cela ne pouvoit guère valoir plus de quarante louis, me fit signe d'accepter. Je pris la croix, fort contente des belles manières du comte; et Madame, quelques jours après, lui fit présent d'une boîte émaillée, sur laquelle étoit un portrait de je ne sais plus quel sage de la Grèce, pour faire comparaison avec lui. Je fis, au reste, voir la croix, qui valoit quinze cents francs.

Il proposa à Madame de lui faire voir quelques portraits en émail de Petitot; et Madame lui dit de revenir après dîner, pendant la chasse. Il montra ses portraits, et Madame lui dit: « On parle d'une histoire charmante que vous avez racontée îl y a deux jours en soupant chez M. le Premier, et dont vous avez été témoin il y a cinquante ou soixante ans. » Il sourit, et dit : « Elle est un peu longue. -— Tant mieux », dit Madame; et elle

DE MADAME DU HAUSSBT l33

parut charmée. M. de Gontaut et les dames arrivèrent, et on fit fermer la porte. Ensuite Madame me fit signe de m'asseoir derrière un paravent. Le comte fit beaucoup d'excuses sur ce que son histoire ennuieroit peut-être. Il dit que quelquefois on racontoit passablement, et qu'une autre fois ce n'étoit plus la même chose.

cLe marquis de Saint-Gilles étoit,au commencement de ce siècle , ambassadeur d'Espagne à la Haye, et il avoit connu particulièrement dans sa jeunesse le comte de Moncade, grand d'Espagne, et l'un des plus riches seigneurs de ce pays. Quelques mois après son arrivée à la Haye, il reçut une lettre du comte, qui, invoquant son amitié, le prioit de lui rendre le plus grand des services.

« Vou$ savez, lui disoit-il, mon cher marquis, U chagrin que 'favois de ne pouvoir perpétuer le nom de Moncade : il a plu au Ciel, peu de temps après que je vous eus quitté, d'exaucer mes vaux et de m* accorder un fils; il a manifesté de bonne heure des inclinations dignes d'un homme de sa naissance, mais le malheur a fait qu'il est devenu amoureux à Tolède de la plus fameuse actrice de la troupe de comédiens de cette ville. J'ai fermé les yeux sur cet égarement d'un jeune homme qui ne m'avoit jusque-^ là donné que de la satisfaction. Mais, ayant appris que la passion le transportoit au point de vouloir

ipouser cette filU, et qu^îl lui en avoit fait la promené par écrit, j'ai sollicité le roi pour la faire enftrmer. Mon fils, instruit de mes démarches, en a fréfenu Veffet, et s'est enfui avec Vobjet de sa pasnon. J'ignore depuis plus de six mois où i7 a porté tes fiïs, mais j'ai quelque lieu de croire qu'il est à la Haye.

« Le comte conjuroit ensuite le marquis, au nom deTamitié, de faire les perquisitions les plus exactes ^ur le découvrir et l'engager à revenir auprès dt lui.

a II est juste, disoit le comte, de faire un sort à la fille, si elle consent à rendre le billet de mariage qu'elle s'est fait donner; et je vous laisse le maître de stipuler ses intérêts, ainsi que de fixer la somme nécessaire à mon fils pour se rendre dans un état convenable à Madrid. Je ne sais si vous êtes père, disoit le comte en finissant; et, si vous l'êtes, vous pourrez vous faire une idée de mes inquiétudes.

V « Le comte joîgnoit à cette lettre un signalement exact de son fils et de sa maîtresse.

c Le marquis n'eut pas plus tôt reçu cette lettre qa*îl envoya dans toutes les auberges d'Amsterdam, de Rotterdam et de la Haye; mais ce fut en -vain: il ne put rien découvrir. Il commençoit à désespérer de ses recherches, lorsque l'idée lui vint

DE MADAME DU HAUSSET l3S

d'y employer ua jeune page françois fort éveillé. Il lui promit une récompense s'il réussissoit à découvrir la personne qui l'intéressoit si vivement, et il lui donna son signalement. Le page parcourut plusieurs jours tous les lieux publics sans succès; enfin, un soir, à la comédie, il aperçut dans une loge un jeune homme et une femme, qu'il considéra attentivement ; et, ayant remarqué que, frappés de son attention, le jeune homme et la femme se retiroient au fond de la loge, le page ne douta pas du succès de ses recherches. Il ne perdit pas de vue la loge, considérant attentivement tous les mouvemens qui s'y faisoient. Au moment où la pièce finit, il se trouva sur le passage qui conduisoit des loges à la porte, et il remarqua que le jeune homme, en passant devant lui et considérant sans doute l'habit qu'il portoit, avoit cherché à se cacher, en mettant son mouchoir sur sa bouche. Il le suivit sans affectation jusqu'à l'auberge appelée U Vicomte de Turenne, où il le vit entrer avec la femme; et, sûr d*avoir trouvé ce qu'il cherchoit, il courut bien vite l'apprendre à l'ambassadeur.

« Le marquis de Saint-Gilles se rendit aussitôt, couvert d'un manteau et suivi de son page et de deux domestiques, au Vicomte de Turenne, Arrivé à cette auberge, il demanda au maître de la maison où étoit la chambre d'un jeune homme et

l36 > MEMOIRES

d'une femme qui jo^eoient depuis quelque temps chez lui. Le maître de l'auberge fît d'abord quelques difficultés de l'en instruire, s'il ne les demandoit pas par leur nom. Le page lui dit de faire attention qu'il parloit à l'ambassadeur d'Espagne , qui avoit des raisons pour parler à ces personnes. L'aubergiste dit qu'elles ne vouloient point être connues, et qu'elles avoient défendu qu'on laissât entrer chez elles ceux qui, en lés demandant, ne les nommeroient pas; mais, par considération pour l'ambassadeur, il indiqua la chambre, et le conduisit tout au haut de la maison, dans une des plus vilaines chambres. Il frappa à la porte, qu'on tarda quelque temps à ouvrir; enfin, après avoir frappé assez fort de nouveau, la porte s'ouvrit à moitié; et, à l'aspect de l'ambassadeur et de sa suite, celui qui avoit entr'ouvert la porte voulut la refermer, disant qu'on se trompoit. L'ambassadeur poussa fortement la porte, entra, et fît signe à^ ses gens d'attendre en dehors; et, resté seul dans la chambre, il vit un jeune homme d'une très jolie figure, dont les traits étoient parfaitement semblables à ceux spécifiés dans le signalement. Avec lui étoit une jeune femme, belle, très bien faite, et également ressemblante, par la couleur de ses cheveux, la taille et le tour du visage, à celle qui lui avoit été décrite par son ami le comte de Moncade.

DE MADAME DU HAUSSET iSy

a Le jeune homme parla le premier, et se plaignit de la violence qu'on avoit employée pour entrer chez un étranger qui est dans un pajs libre, et qui y vivoit sous la protection des lois. L'ambassadeur lui répondit, en s' avançant vers lui pour l'embrasser : «c II n'est pas question ici de feindre, « mon cher comte; je vous connois,et je ne viens a point ici pour vous faire de la peine, ni à cette « jeune dame, qui me paroît fort intéressante. » Le jeune homme répondit qu'on se trompoit, qu'il n'étoit pas comte, mais fils d'un négociant de Cadix; que cette jeune dame étoit son épouse, et qu'ils vojageoient pour leur plaisir. L'ambassadeur, jetant les yeux sur la chambre, fort mal meublée, dans laquelle étoit un seul lit, et sur le bagage très mesquin qui étoit çà et là : c Est-ce ici, mon cher « enfant, permettez-moi ce titre, qu'autorise ma c tendre amitié pour monsieur votre père, est-ce c ici que doit demeurer le fils du comte de Mon- « cade? » Le jeune homme se défendoit toujours de rien entendre à ce langage. Enfin, vaincu par les instances de l'ambassadeur, il avoua en pleurant qu'il étoit le fils de M. de Moncade, mais qu'il ne retourneroit jamais auprès de son père s'il falloit abandonner une jeune femme qu'il adoroit. La femme, fondant en larmes, se jeta aux genoux de l'ambassadeur, en lui disant qu'elle ne vouloit pas être cause de la perte du comte de

l38 MEMOIRES

Moncade; et sa générosité, ou plutôt son amour, triomphant de son propre intérêt, elle consentoit, pour son bonheur, disoit-elle, à se séparer de lui. a L'ambassadeur admire un si noble désintéressement. Le jeune homme s'en désespère, fait des reproches à sa maîtresse, et ne veut point, dit-il, l'abandonner, et faire tourner contre elle-même, contre une personne si estimable, la générosité sublime de son cœur. L'ambassadeur lui dît que l'intention du comte de Moncade n'est point de la rendre malheureuse; et il annonce qu'il est chargé de lui donner une somme convenable pour qu'elle puisse retourner en Espagne, ou vivre dans tel endroit qu'elle voudra. La noblesse de ses sentimens et la vérité de sa tendresse lui inspirent, dit-il, le plus grand intérêt, et l'engagent à porter aussi haut qu'il soit possible, pour le moment, la somme qu'il est autorisé à lui donner; et, en conséquence, il lui promet dix mille florins, environ trente mille francs, qui lui seront comptés au moment qu'elle aura remis l'engagement de mariage qui lui a été fait, et que le comte de Moncade aura pris un appartement chez l'ambassadeur et promis de retourner en Espagne. La jeune femme a l'air de ne pas faire attention à la somme, ne songe qu'à son amant, à la douleur de le quitter, qu'au sacrifice cruel auquel la raison et son propre amour l'obligent de souscrire. Tirant

ensuite d'un petit portefeuille la promesse de mariage signée du comte : « Je connois trop son « cœur, dit-elle, pour en avoir besoin. » Elle la baise avec une espèce de transport plusieurs fois, et la remet à l'ambassadeur, qui reste surpris de tant de grandeur d'âme. II promet à la jeune femme de s'intéresser à jamais à son sort, et assure le comte que son père lui pardonne. Il recevra à bras ouverts, dit-il, l'enfant prodigue revenant au sein de sa famille désolée : le cœur d'un père est une mine inépuisable de tendresse. Quel sera le bonheur de son ami, affligé depuis si longtemps, quand il apprendra cette nouvelle ! et combien il se trouve lui-même heureux d'être l'instrument de sa félicité !

« Tels sont en partie les discours de Tambassadeur, dont le jeune homme paroît vivement touché. L'ambassadeur, craignant que l'amour ne reprenne pendant la nuit tout son empire et ne triomphe de la généreuse résolution de la dame, presse le jeune homme de le suivre à son hôtel. Les pleurs, les cris de douleur que cette cruelle séparation occasionne, sont difficiles à exprimer, et touchent sensiblement le cœur de l'ambassadeur, qui promet sa protection à la jeune dame. Le petit bagage du comte ne fut pas embarrassant à porter, et il se trouva installé, le soir, dans le -plus bel appartement de l'ambassadeur, comblé

de joie d'avoir rendu à Tillustre maison de Moncade l'héritier de ses grandeurs et de tant de magnifiques domaines dont elle étoit en possession.

« Le lendemain de cette heureuse journée, le jeune comte voit arriver, à son lever, tailleurs, marchands d*étofIes, de dentelles, etc.; et il n'a qu'à choisir. Deux valets de chambre et trois laquais sont dans son antichambre, et choisis par l'ambassadeur parmi ce qu'il y a de plus intelligent et de plus honnête dans cette classe: ils se présentent pour être à son service. L'ambassadeur montre au jeune comte la lettre qu'il vient d'écrire à son père, dans laquelle il le félicite d'avoir un fils dont les sentimens et les qualités répondent à la noblesse de son sang, et il lui annonce son prompt retour. La jeune dame n'est point oubliée; il avoue devoir en partie à sa générosité la soumission de son amant, et ne doute pas que le comte n'approuve le don qu'il lui a fait de dix mille florins. Cette somme fut remise le même jour à cette noble et intéressante personne, qui ne tarda pas à partir.

c Les préparatifs pour le voyage du comte étoient faits : une garde-robe magnifique, une excellente voiture, furent embarquées à Rotterdam sur un vaisseau faisant voile pour la France, et sur lequel fut arrêté le passage du comte, qui, de ce pays, devoit se rendre en Espagne. On remit au

jeune comte une assez grosse somme d'argent à son départ, et des lettres de change considérables sur Paris ; et les adieux de l'ambassadeur et de ce jeune seigneur furent des plus touchans.

« L'ambassadeur attendoit avec impatience la réponse du comte de Moncade, et, se mettant à sa place, jouissoit du plaisir de son ami. Au bout de quatre mois, il reçut cette réponse si vivement attendue, et l'on essayeroit vainement de peindre la surprise de l'ambassadeur en lisant ces paroles :

a Le Ciel ne m'a jamais, mon cher marquis, aC' cordé la satisfaction' d'être père; et, comblé de biens et d^ honneurs, le chagrin de n'avoir point ^héritiers, et de voir finir en moi une race illustre, a répandu la plus grande amertume sur ma vie. Je vois avec une peine - extrême que vous avez été trompé par un jeune aventurier qui a abusé de la connoissance qu'il a eue de notre ancienne amitié. Mais Votre Excellence n'en doit pas être la dupe. C'est bien véritahlement le comte de Moncade que vous avez voulu obliger : il doit acquitter ce que votre généreuse ami' tié s'est empressée d*avancer pour lui procurer un bonheur qu'il auroit senti bien vivement. J'espère donc, Monsieur le marquis, que Votre Excellence ne fera nulle difficulté d'accepter la remise, contenue dans cette lettre, de trois mille louis de France dont elle m* a envoyé la note, »

La manière dont le comte de Saint*Germain faisoit parler le jeune aventurier, sa maîtresse et l'ambassadeur, firent pleurer et rire tour à tour. L'histoire est vraie dans tous les points, et l'aventurier surpasse en adresse Gusman d'Alfarache , à ce que dirent les personnes qui l'écoutèrent. Madame eut l'idée d'en faire faire une comédie, et le comte lui envoya l'histoire par écrit, telle que je l'ai copiée ici.

M. Duclos alloit chez le docteur, et péroroît avec sa chaleur ordinaire. Je l'entendis qui disoit à deux ou trois personnes : « On est injuste envers les grands, les ministres et les princes : rien de plus ordinaire, par exemple, que de parler mal de leur esprit. J'ai bien surpris, il y a quelques jours, un de ces petits messieurs de la brigade des infaillibles, en lui disant que je lui prouverois qu'il y a eu plus de gens d'esprit dans la maison de Bourbon, depuis cent ans, que dans toute autre. — Vous avez prouvé cela ? dit quelqu'un en ricanant. — iOui, dit Duclos; et je vais vous le répéter. Le grand Condé n'étoit pas un sot, à votre avis; et la duchesse de Longueville est citée comme une des femmes les plus spirituelles. M. le Régent est un homme qui avoit peu d'égaux en tout genre d'esprit et de connoissances; le prince de Conti, qui fut élu roi de Pologne, étoit célèbre par son esprit, et ses vers valent ceux de la Fare et de Saint-

Aulaire ; M. le duc de Bourgogne étoit instruit et très éclairé. M"^^ la Duchesse, fille de Louis XIV, avoit infiniment d'esprit, faisoit des épigrammes et des couplets. M. le duc du Maine n'est connu généralement que par sa foiblesse, mais personne n'avoit plus d'agrément dans l'esprit. Sa femme étoit une folle, mais qui aimoit les lettres, se connoissoit en poésie, et dont l'imagination étoit brillante et inépuisable. En voilà assez, je crois, dit-il; et, cpmme je ne suis point flatteur, et que je crains tout ce qui en a l'apparence, je ne parle point des vivans. »

On fut étonné de cette énumération, et chacun convint de la vérité de ce qu'il avoit dit. Il ajouta: ce Ne dit-on pas tous les jours d'Argenson la bête, parce qu'il a un air de bonhomie et un tonbourgeois ? Mais je ne crois pas qu'il y ait eu beaucoup de ministres aussi instruits et aussi éclairés. »

Je pris une plume sur la table du docteur, et je demandai à M. Duclos de me dicter tous les noms qu'il avoit cités, et le petit éloge qu'il en avoit fait, c Si vous montrez cela à M°^e la marquise, dites-lui bien comment cela est venu, et que je ne l'ai pas dit pour que cela lui revienne et aille peutêtre ailleurs. Je suis historiographe, et je rendrai justice ; mais aussi je la ferai souvent. — J'en serai garant, dit le docteur, et notre maître sera

peint tel qu'il est. Louis XIV a aimé les vers, protégé les poètes ; cela étoit peut-être bon dans son temps, parce qu'il faut commencer par quelque chose; mais ce siècle-ci sera bien plus grand; et il faut convenir que Louis XV envoyant au Mexique et au Pérou des astronomes pour mesurer la terre présente quelque chose de plus imposant que d'ordonner des opéras. Il a ouvert les barrières à la philosophie, malgré les criaillerîes des dévots, et VEncyclopédie honorera son règne. » Duclos, pendant ce temps, hochait de la tête.

Je m'en allai, et je tâchai d'écrire tout chaud ce que j'àvois entendu. Je fis copier, par un valet de chambre qui avoit une belle main, ce qui concernoit les princes, et je le remis à Madame. Mais elle me dit : «c Quoi ! vous voyez Duclos.^ Est-ce que vous voulez faire le bel esprit, ma chère bonne? Cela ne vous va pas. — Aussi en suis-je bien éloignée. » Et je lui dis comment je Tavois trouvé par hasard chez le docteur, où il alloit passer une heure quand il venoit à Versailles. Elle me dit : «c Le roi sait que c'est un honnête homme. »

Madame étoit malade, et le roi venoit la voir plusieurs fois par jour; je sortoîs lorsqu'il entroit; mais, étant restée pendant quelques minutes pour lui donner un verre d'eau de chicorée, j'entendis le roi qui parloit de M">« d'Egmont; et Madame

leva les yeux au ciel en disant : « Ce nom me rappellera toujours une chose bien triste et bien barbare, mais ce n'est pas ma faute. » Ces mots me restèrent dans Tesprit, et surtout le ton dont ils avaient été prononcés. Comme je restai auprès de Madame jusqu'à trois heures après minuit, à lui lire une partie de ce temps, il me fut aisé de tâcher à satisfaire ma curiosité. Je pris le moment où la lecture était interrompue pour lui dire : « Madame avait l'air consterné quand le roi a prononcé le nom d*£gmont. » Elle leva à ces mots les yeux au ciel, et dit : « Vous penseriez bien comme moi si vous saviez ce dont il s'agit. — Il faut donc que cela soit bien touchant, répondis-je, car je ne crois paè que cela regarde Madame. — Non, dit-elle; mais, après tout, comme je ne suis pas la seule au fait de cette histoire, et que je vous connois discrète, je vais vous la raconter.

« Le dernier comte d'Egmont avoit épousé la fille du duc de Villars; mais la duchesse n'avoit jamais habité avec son mari, et la comtesse d'Egmont est fille du chevalier d'Orléans. A la mort de son mari, jeune, belle, aimable, et héritière d'une immense fortune, elle étoit l'objet des vœux de tous ce qu'il y avoit de plus distingué à la cour. Le directeur de la mère de la comtesse d'Egmont entra un jour chez elle, et lui demanda un entretien particulier; alors il lui révéla qu'elle étoit le fruit d'un

Madame du Hausset. 19

aduhère, dont sa mère faisoit depuis vingt-cinq «QS pénitence, ce Elle ne pouvoit, dit le directeur, c s'opposer à votre premier mariage, dont elle a

< gémi. Dieu n'a pas permis que vous ayez eu des

< enfans; mais, si vous vous remariez, vous courez,

< Madame, le hasard de faire passer dans une famille € étrangère des biens immenses qui ne vous appar- « tiennent pas, et qui sont le produit du crime. » M"« d'Egmont écouta ce détail avec terreur. Sa nère entra au même instant, fondant en larmes, et demanda à genoux à sa fille de s'opposer à sa damnation éternelle. M™« d'Egmont tâchoit de rassurer sa mère et elle-même, et lui dit : a Que t faire ? » Le directeur lui répondit : « Vous consaa crer entièrement à Dieu, et effacer ainsi le péché € de votre mère. » La comtesse, qui étoit tout effrayée, promit ce qu'on exigeoit, et forma le projet d'entrer aux Carmélites. J'en fus instruite, et je parlai au roi de la barbarie que la duchesse et le directeur exerçoient sur cette malheureuse femme; mais on ne savoit comment l'empêcher. Le roi, plein de bonté, engagea la reine à lui offrir une place de dame du palais, fît parler fort adroitement à la duchesse par ses amis pour qu'elle détournât sa fille d'entrer aux Carmélites. Tout fut inutile, et la malheureuse victime fut sacrifiée. »

Madame avoit la fantaisie de consulter une sor-

cîère appelée Mm« Bontemps, qui avoit prédit à M. «l'abbé de Bernis sa fortune, comme je l'ai écrit, et qui lui avoit dit des choses surprenantes. M. de Choiseul, à qui elle en parla, lui dit qu'elle lui avoit aussi prédit de belles choses. « Je le sais, dit Madame, et vous lui avez en revanche promis un carrosse; mais elle marche toujours à pied, la pauvre sorcière. » Voilà ce que Madame me dit, en me demandant comment elle pourroit se déguiser pour la voir sans être connue. Je n'osai lui rien proposer, crainte de ne pas réussir; mais je parlai deux jours après à son chirurgien de l'art qu'avoient les pauvres de faire paroître des ulcères et de changer leurs traits. Il me dit que cela étoit facile. Je laissai tomber la chose, et quelques momens après je lui dis : a Si l'on pouvoit changer ses traits, on se divertiroit bien au bal de l'Opéra. Qu'est-ce qu'il faudroit changer dans moi pour me rendre méconnoissable ? — D'abord, me dit-il, la couleur de vos cheveux, ensuite le nez, et puis mettre une tache dans quelque endroit du visage, ou un petit porreau et quelques poils. » Je me mis à rire, et je lui dis : « Faites-moi arranger tout cela pour le bal prochain; il y a vingt ans que je n'y ai été, mais je meurs d'envie d'embarrasser quelqu'un, et de lui dire des choses qu'il n'y a que moi qui puisse lui dire. Un quart d'heure après, je reviendrai me coucher. — Il faut, me

dit-il, qu'on prenne la mesure de votre nez; ou bien prenez-la avec de la cire, et on fera le nez; et vous avez le temps de faire arranger une petite perruque blonde ou brune. »

Je rendis compte à Madame de ce que m*avoit dit le chirurgien ; elle en fut enchantée. Je pris la mesure de son nez et du mien, et je les portai au chirurgien, qui, deux jours après, me donna les deux nez, avec une verrue pour Madame, pour mettre sous l'œil gauche, et de quoi peindre les sourcils. Les nez étoient très délicatement faits, d'une vessie, je crois; et cela, avec le reste, rendoit la figure méconnoissable, sans qu'il y eût rien de choquant. Tout cela fait, il ne s'agissoit plus que de faire avertir la sorcière; et l'on attendit un petit voyage à Paris, que Madame devoit faire pour voir sa maison. Ensuite je fis parler, par une personne avec qui je n'avois aucun rapport, à une femme de chambre de la duchesse de Ruffec, pour qu'elle obtînt un rendez-vous de la sorcière. Elle fît des difficultés, à cause de la police; on lui promit le secret, et on lui indiqua l'endroit où elle devoit se rendre. Rien n'étoit plus opposé au caractère de Madame, qui étoit très timide, que de pareilles choses. Mais sa curiosité étoit portée à l'extrêmie, et d'ailleurs tout fut arrangé pour qu'il n'y eût pas le moindre risque. Madame avait mis M. de Gontaut dans sa

confidence, ainsi que son valet de chambre. Cet homme louoit près de son hôtel deux chambres poi^r sa nièce, alors malade à Versailles.

Nous sortîmes le soir, suivies du valet de chambre, homme sûr, et du duc, à pied; il n'y avoit tout au plus que deux cents pas de chemin. Nous trouvâmes en arrivant deux petites pièces où il y avoit du feu; les deux hommes se tinrent dans Tune, et nous dans l'autre. Madame s'étoit mise sur une chaise longue, avec un bonnet de nuit qui lui cachoit sans affectation la moitié du visage; et moi j'étois auprès du feu, appuyée sur une table, sur laquelle étoient deux chandelles. Auprès étoient, sur des chaises, des hardes de peu de valeur. Madame la sorcière sonna, et ce fut une petite servante qui lui ouvrit, et qui alla attendre avec ces messieurs. On avoit préparé des tasses à café et une cafetière , et j'avais eu soin de faire mettre sur un petit buffet de petits gâteaux et du vin de Malaga, parce que je savois que Mmt Bontemps s'en aidoit. Sa figure, d'ailleurs, l'indiquoit.

« Cette dame-là est donc malade ? » dit-elle en voyant Madame languissamment couchée. Je lui dis que cela ne dureroit pas ; mais qu'il y avoit huit jours qu'elle gardoit sa chambre. Elle fit chauffer un peu le café et prépara les deux tasses, qu'elle essuya bien, en disant que rien d'impur ne

s5o MÉMOIRES

devoit se mêler à son opération. J*eu$ l'air d'être bien aise de boire un coup pour donner un prétexte à notre oracle de se désaltérer, ce qu'elle fit sans qu*on la priât beaucoup. Quand elle eut bu deux ou trois petits verres (car j'avois eu soin de ti'en pas avoir de grands), elle versa son café dans une des deux grandes tasses. « Voilà la vôtre, me dit-elle, et voici celle de votre amie; laissons-les reposer. » Ensuite elle jeta un coup d'œil sur nos mains, et nous envisagea; puis elle tira de sa poche un miroir, et nous y fit regarder, et nous regarda dedans. Après cela, elle prit un verre de vin; de là elle entra en enthousiasme en regardant ma tasse et tous les linéamens que faisoit le marc du café qu^'elle a voit versé. Elle dit d'abord : « Cela est bien : du bien-être...; mais voici du noir: des chagrins... Un homme devient un grand consola* teur... Voyez, dans ce coin, des amis qui vous prêtent de l'appui... £h| quel est celui-là qui les poursuit?... Mais le bon droit l'emporte; après la pluie le beau temps... Grand voyage heureux... Tenez, voyez-vous ces espèces de petits sacs? C'est de l'argent qui a été compté; et en voilà qui le sera aussi, à vous s'entend... Bien, bien... Voyez-vous ce bras? Oui, c'est un bras fort qui soutient quelque chose : une femme voilée, je la vois, c'est vous... Je connois tout cela, moi; c'est comme une langue que j'entends... On ne vous

DE MADAME DU HAUSSET l5|

attaque plus... je le vois, parce qu'il n'y a plus de nuages là, dit-elle en montrant un endroit plm

clair Mais, mais, je vois de petites lignes

qui partent de l'endroit principal. Ce sont des fils^ filles, neveux, et c'est couci-couça. » Elle eut l'aii; d'être accablée d'un effort, et dit: « Voilà touU Vous avez eu du bien d'abord, ensuite du mal. Vq«s avez eu un ami qui a tant fait qu'il vous en a tiré^ Vous avez eu des procès; enfin la fortune fr'eU raccommodée avec vous, et cela ne changer^ plus... »

Elle but un coup, a A vous, dit-elle. Ma-* dame » ; et elle fit les mêmes cérémonies pour la tasse. Ensuite elle dit : « Ni beau, ni laid; j'entre»^ vois là un ciel serein; et puis toutes ces cboses qui semblent monter, ces lignes qui s'élèvent, ce sont dés applaudissemens... Voici un honme grave qui étend les bras : voyez-vous? regardez, bien... — Cela est vrai », dit Madame avec surprise (parce que cela avoit cette apparence). « Il montre là un carré; c'est un grand coffre-fort ouvert... Beau temps... Mais voilà des nuages dorés d'azur qui vous environnent. Voyez-vous ce vais» seau en pleine mer? Comme le vent est favorable l Vous êtes dessus et vous arrivez dans un pays superbe, dont vous devenez la reine... Ah! que voisje? Regardez un vilain homme tortu, bossu, qai vous poursuit..'.; mais il en sera pour un pied de

l52 MiMOÎRES

nez... J'en vois un très grand qui vous soutient dans ses bras... Tenez, regardez, c'est une espèce de géant... Voilà bien de l'or, de l'argent, quel* ques nuages par-ci par-là... Mais vous n'avez rien à craindre... Le vaisseau sera quelquefois agité, mais ne périra pas... Dixi, » Madame dit : « Quand est-ce que je mourrai, et de quelle maladie ? — Je ne parle jamais de cela, dit -elle. Vo^ez plutôt... le destin ne le veut pas... et je vais vous faire voir qu'il brouille tout, en lui montrant du marc, de café confus. — A la bonne heure pour l'époque, dit Madame; mais le genre de mort? » La sorcière regarda et dit : « Vous aurez le temps de vous reconnoître. »

Je donnai seulement deux louis, afin de ne rien faire de remarquable. La sorcière nous quitta après nous avoir recommandé le secret, et nous rejoignîmes M. de Gontaut, à qui nous racontâmes tout. Il rit beaucoup, et dit : « C'est comme les nuages, on peut y lire tout ce qu^on veut. »

Il y avoit dans mon horoscope quelque chose de frappant pour moi : c'étoit le consolateur, parce qu'un de mes oncles avoit pris soin de moi, et nous avoit rendu les plus grands services. Ensuite j'avois eu un grand procès; et enfin Targent, qui m'étoit arrivé par la protection et les bienfaits de Madame. Quant à Madame, son mari étoit assez bien dépeint avec le coffre-fort; ensuite le pays

DE MADAME DU HAUSSET l53

dont elle devient la reine paroissoit indiquer son état à la cour; mais ce qu'il y avoit de plus remarquable, c'ëtoit rhomme tortu et bossu, dans lequel Madame crut reconnoître M. le duc de La V***, qui étoit très mal fait.

Madame étoit enchantée de son équipée et de son horoscope, qu'elle trouvoit très juste. Elle envoya chercher le surlendemain M. de Saint-Florentin, à qui elle recommanda la sorcière, pour qu'il ne lui fût pas fait de mal. Il lui répondit qu'il savoit pourquoi elle lui faisoit cette recommandation, et se mit à rire. Madame lui ayant demandé la raison, il lui raconta son voyage. avec une singulière exactitude ; mais il ne savoit rien de ce qui s'étoit dit, ou du moins il en fît semblant. Il promit à Madame que, pourvu qu'elle ne fît rien dont on eut à se plaindre, on ne la poursuivroit pas pour son métier, surtout si elle l'exerçoit fort secrètement. Il ajouta : « Je la connois, et j'ai eu, comme un autre, la curiosité de la consulter. C'est la femme d'un soldat aux gardes, qui a un certain esprit, et le défaut de s'enivrer. Il y a quatre ou cinq ans qu'elle s'est emparée de l'esprit de M°>« la duchesse de Ruffec, à qui elle a persuadé qu'elle lui procureroit un éiixir de beauté, pour la remettre comme elle étoit à vingt-cinq ans. Les drogues nécessaires pour le composer coûtent fort cher à la duchesse; et tantôt elles sont mal choi«

l54 MÉMOIRES

sies, tantôt le soleil auquel elles ont été exposées n'étoit pas assez fort, tantôt il falloit une certaine constellation qui n'a pas eu lieu. Quelquefois aussi elle prétend démontrer à la duchesse qu'elle est embellie, et elle se laisse aller à le croire. Mais ce qu'il y a de plus singulier, c'est l'histoire de la fille de la sorcière, qui étoit belle comme un ange, et que la duchesse a élevée chez elle. La Bontemps prédit à sa fille, en présence de la duchesse, qu'elle épouseroit un homme qui auroit soixante mille livres de rente. Cela n'étoit guère vraisemblable pour la fille d'un soldat aux gardes, et cependant cela est arrivé. La petite Bontemps a épousé un fou, appelé le président Beaudouin ; mais ce qu'il y a de tragique, c'est qu'elle avoit ajouté qu'elle mourroit en couches de son premier enfant , et; qu'elle est réellement morte en couches à dix-neuf ans, frappée sans doute vivement de la prédiction de sa mère, à laquelle l'événement si extraordinaire de son mariage donnoit toute confiance. »

Madame dit au roi la curiosité qu'elle avoit eue, et il en rit, en disant qu'il auroit voulu que la police l'eût fait arrêter; mais il ajouta une chose très sensée : a II faudroit, dit-il, pour bien juger de la vérité ou de la fausseté de pareilles prédictions, en rassembler une cinquantaine; on verroit que ce sont presque toujours les mêmes phrases, qui tantôt manquent leur application, et tantôt se

DE MADAME DU HAUSSET l55

rapportent à Tobjet; mais que des premières on n'en parloit pas, et qu'on parloit beaucoup des autres. »

Je l'ai entendu dire, et il est certain que M. de Bridge a vécu dans la société intime de Madame, quand elle étoit M"^« d'Étiolés. Il montoit à cheval avec elle; et, comme c'est un si bel homme qu'il en a conservé le nom de bel homme, il étoit fort simple qu'on le crût l'amant d'une très belle femme. J'ai entendu dire quelque chose de plus fort, c'est que le roi avoit dit à M. de Bridge : « Convenez-en avec moi, que vous avez été son amant; elle me l'a avoué, et j'exige cette preuve de votre sincérité. » M. de Bridge a répondu au roi que M^^ la marquise étoit la maîtresse de dire, pour s'amuser sans doute, ou pour tout autre motif, ce qu'il lui plairoit, mais que lui ne pouvoit pas mentir; qu'il avoit été son ami, qu'elle étoit charmante, et avoit beaucoup de talens; qu'il se plaisoit dans sa société, et qu'il n'y avoit rien par delà l'amitié dans le commerce qu'il avoit eu avec elle. Il ajouta que son mari étoit de toutes les parties, qu'il avoit les yeux d'un jaloux, et qu'il n'auroit pas souffert qu'il eût été si souvent avec elle s'il eût eu quelque soupçon. Le roi persista, et lui dit qu'il avoit tort de cacher une chose dont il étoit sûr.

On a prétendu aussi que l'abbé de Bernis avoit

l56 MÉMOIRES

été Tamant favorisé. Il est un peu fat, ledit abbé; il étoit d'une belle figure, et poète; Madame étoit l'objet de ses vers galans, et Tabbé recevoit quelquefois avec un sourire qui laissoit à penser, quoiqu'il niât la chose, les complimens de ses amis sur sa bonne fortune.

On a dit quelque temps à la cour qu'elle aimoit le prince de Beauvau. C'est un homme fort galant, qui a grand air, qui joue gros jeu au salon ; il est le frère de la petite maréchale; et tout cela fait que Madame le traite bien, mais sans rien de marqué. Elle sait d'ailleurs qu'il aime une femme très aimable.

Il est bien simple qu'on parle de M. de Choiseul. Madame l'aime plus que tous ceux que je viens de citer , mais il n'est point son amant. Une dame que je connois bien, et que je n'ai pas voulu dénoncer à Madame, a fait un conte de toute fausseté à ce. sujet. Elle a prétendu, ou du moins j'ai lieu de le croire, qu'un jour, ayant entendu le roi qui arrivoit, j'avois couru à la porte du cabinet de Madame; que j'avois toussé d'une certaine manière, et que, le roi s'étant heureusement amusé à causer avec quelques dames un moment, on avoit eu le temps de tout rajuster, et que Madame étoit sortie avec moi et avec M. de Choiseul, comme si nous avions été tous les trois ensemble. Il est très vrai que j'entrai très naturellement pour re-

DE MADAME DU UAUSSET iSy

meure quelque chose à Madame, sans savoir si le roi arrivoit; qu'elle sortit avec M. de Choiseul, qui avoit un papier à la main, et que je sortis quelques minutes après. Le roi demanda à M. de Choiseul ce que c*étoit que le papier qu'il tenoit, et il dit que c'étoient des remontrances du Parlement. Trois ou quatre dames ont vu ce que je dis; et comme, à l'exception d'une très méchante, les deux ou trois autres étoient honnêtes et dévouées à Madame, mon soupçon n'a pu tomber que sur celle que j'indique, et que je veux bien ne pas nommer, parce que son frère m'a toujours bien traitée.

Madame avoit la tête vive et le cœur sensible , mais elle étoit froide à l'excès pour l'amour. D'ailleurs il lui aurgit été bien difficile, à la manière dont elle étoit entourée, d'avoir un commerce intime avec quelqu'un. Il est vrai que cela étoit bien moins difficile avec un ministre tout-puissant, qui avoit à chaque instant à l'entretenir secrètement. Mais je dirai une chose plus décisive : M. de Choiseul avoit une maîtresse charmante, la princesse de R*** I, et Madame lui en parloit souvent. Il avoit, en outre, un reste d'inclination pour la princesse de Kinski, qui l'avoit suivi de Vienne. Il est vrai qu'il la trouva bientôt après ridicule. Tout cela étoit bien fait pour éloigner Madame d'un

Page 1