VIII PREFACE
dassés, ne trouble V impartialité des minutieuses oh* servations auxquelles elle se livre; sa loyauté égale son dévouement, et nous allons voir, par Vépisode suivant, comment elle sut conquérir les sympathies du roi Louis XV.
Tandis que, dans son grand lit à baldaquin, sous ses courtines d*épais satin brodé d'oiseaux et de fleurs multicolores, la reine Marie Leckzinska dort du chaste sommeil des épouses honnêtes et délaissées, une scène tout près de tourner au tragique a lieu dans Vappartement qu'occupe à Versailles M'"« de Pom* padour : Louis XV, pris en pleine nuit d'un mal subit, est presque mourant dans l'alcôve de sa maîtresse,
La favorite bouleversée, le docteur Quesnay, son médecin, sorti en hâte de sa chambre, située à coté de celle de M^^ de Pompadour, entourent le roi, auprès duquel s'empresse une troisième personne aux allures discrètes et alerte en ses mouvements. Cette personne y c'est M"^^ du Hausset.
L'heure est critique. Il s'agit, tout en soignant l'auguste malade, d'éviter de donner Véveil aux courtisans et à la domesticité.
Quel scandale si le lendemain la reine et la cour apprenaient l'incident qui tient debout, anxieux et à peine vêtus, les trois gardes-malades improvisés! Du dramatique au grotesque il n'y a qu*un pas, et M'"* du Hausset, comprenant aussi bien que la mar-
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quise et U docteur Us difficultés de la situation , y pare avec sa prévoyance et son adresse ordinaires. Grâce à son intervention, rien ne transpirera de la fâcheuse aventure; la fille de garde^robe qui prépare le thé destiné au roi croira, comme les autres, à une indisposition de M"»* de Pompadour, et, lorsque le souverain f enfin remis, regagne son chez lui au bras du docteur, aucun ennui ne résulte pour l'amant de la marquise des événements de cette désagréable nuit.
Aussi M^^ du Hausset a-t-^lle pu écrire en toute vérité dans ses Mémoires :
Le roi, depuis ce moment, s'habitua à moi, et, touché de l'attachement que je lui avois témoigné, il me faisoit souvent des mines gracieuses à sa manière et de petits présens, et toujours, au jour de l'an, il me donnoit pour vingt louis environ de porcelaines.
Il me voyoit dans l'appartement, disoit-il à Madame, comme on y voit un tableau, une statuette muette, et il ne se génoit pas devant moi...
Elle ne s'imaginait certes pas, la fidèle suivante, qui prenait si bien les intérêts de sa maîtresse, qu'elle contribuerait un jour à éclairer d'une vive lueur la pourriture sociale de son temps. Cela est pourtant.
Il nest pas de libelle, pas de pamphlet, qui con^
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tienne plus de révélations scandaleuses touchant la cour de Louis XV que le Journal rédigé par M^^ du Hausset dans toute la naïveté de son cœur.
Nul mieux qu'elle, d'une preste façon, n'a montré le malpropre envers des loques pailletées d'or dont les gens de cour recouvraient leurs vices. Quoiqu'elle nait paSy à proprement parler, de V esprit, et encore moins de style, M"** du Hausset sait rendre vivantes et ressemblantes les figures qu'elle évoque au cours de ses récits.
Elle note tout avec une précision remarquable : le moty le gestCy la pensée, et jusqu'à la plus fugitive expression, grimace ou sourire ^ des nombreux per^ sonnages dont elle se fait, sans songer à mal, le Suétone en casaquin et le Juvénal en cornette.
N'est-ce point, entre toutes, une scène typique que celle-ci^
Madame me fît appeler un jour et entrer dans son cabinet, où étoit le roi, qui se promenoit d'un air sérieux, relate MP^^ du Hausset. « Il faut, me dit-elle, que vous alliez passer quelques jours à l'avenue de Saint-Cloud, où je vous ferai conduire : vous trouverez là une jeune fille prête à accoucher; — le roi ne disoit rien, et j'étois muette d'étonnement. — Vous serez la maîtresse de la maison et présiderez comme une déesse de la Fable à Taccouchement. On a besoin de vous pour que
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tout se passe suivant la volonté du roi et secrètement. Vous assisterez au baptême et indiquerez les noms du père et de la mère. j>
Le roi se mit à rire et dit : c Le père est un très honnête homme, j» Madame ajouta : « Aimé de tout le monde et adoré de tous ceux qui le connaissent. » Madame s'avança vers une petite armoire et en tira une petite boîte qu'elle ouvrit. Elle en sortit une aigrette de diamans en disant au roi : a Je n'ai pas voulu, et pour cause, qu'elle fût plus belle. — Elle Test encore trop », et il embrassa Madame en disant : « Que vous êtes bonne ! »
Elle pleura d'attendrissement; et, mettant la main sur le cœur du roi : « C'est là que j'en veux » , dit-elle.
Les larmes vinrent aux yeux du roi, et je me mis aussi à pleurer sans trop savoir pourquoi...
L<5 débauches du Parc aux Cerfs et leurs fatales conséquences n* inspirant aux agents de ces crimes et de ces malheurs que des congratulations réciproques et des attendrissements au moins intempestifs, c'est là un véritable signe des temps. Où trouver mieux que cette scène odieuse et ridicule pour se rendre compte exactement de ce qu'était, après le règne plein d'éclat de Louis XIV et à la veille de la Révolution française, le monde de Vancien régime!
Sans le savoir, quel dossier accablant à Vadresse