SECOND MINISTÈRE
PORTRAITS ET ANECDOTES
Lors du rappel de Roland, Clavières et Servan, on acheva la composition du ministère par la nomination de Danton que j'ai peint suffisamment ailleurs , et par celle de Monge et Le Brun, le premier à la marine, le second aux affaires étrangères. Rien n'est aussi cruel que l'embarras des choix dans les circonstances
telles que celles où l'on se trouvait alcrs. Tout homme qui eût appartenu à la cour, de près ou de loin, était proscrit dans l'opinion; il fallait avoir, comme Servan , déjà fait ses preuves en patriotisme d'une manière éclatante, pour effacer cette tache originelle, quelque petite qu'elle dût être pour lui. Les personnes chargées des choix avaient peu de moyens pour les faire; hommes publics depuis peu de temps, nos législateurs n'avaient point eu ces grandes relations qui font connaître beaucoup d'individus et démêler au milieu d'eux ceux qui peuvent convenir aux places. On délibérait péniblement au comité, lorsque l'idée de Mojige, que Condurcet connaissait de l'Académie et dont plusieurs autres avaient entendu citer le patriotisme, se présenta; Monge, mathématicien, examinateur, envoyé quelquefois dans les ports, honnête citoyen, père de famille estimable, clubiste zélé de la petite société du Luxembourg, fut mis un moment en balance avec Meunier son collègue à l'Académie, officier ingénieurj mais que quelques-uns se rappelèrent avoir vu faire sa cour aux grands, et il l'emporta.
Bon homme, épais et pasquin, Monge, autrefois lai leur de pierre à Mézières où l'abbé Bossut, lui irouvant quelques dispositions, l'initia aux mathématiques et l'encouragea de six livres par semaine, avait fait son chemin en travailleur, mais sans revoir son bienfaiteur depuis qu'il était devenu son égal. Habitué ? calculer avec
des éléments inaltérables, Monge n'entendait rien aux hommes ni aux affaires d'administration-, lourd et mauvais plaisant, il m'a toujours rappelé, quand il voulait faire l'agréable, an ours que la ville de Berne fait nourrir dans ses fossé*, et dont les gentillesses appropriées à leurs formes grossières amusent les passants.
Le nouveau ministre plaça dans ses bureaux des hommes aussi peu capables d'agir qu'il l'était de les juger; il se donnait beaucoup de mal sans rien faire ; et avec la meilleure volonté du monde, il laissa désorganiser la marine dans le temps où il était le plus important de l'entretenir et de la remonter. Il faut rendre justice à sa bonne foi; il fut effrayé du fardeau et désira s'en décharger; mais l'embarras de trouver mieux le fil inviter à demeurer : insensiblement sa situation lui parut douce, et il s'imaginait en remplir les devoirs aussi bien qu'eût fait personne autre. Mais s'il fut mauvais administrateur, il était encore pire conseiller et u a jamais occupé sa chaise dan> les délibérai unis du pouvoir exécuiif, se rangeant constamm. ut à l'avis le plus timide, parce que, n'en ayant pointa lui, il ne pouvait adopter que le pi s convenable aux vue- d'un esprit borné.
Lorsque Pat be devint ministre, il fut le régulateur de Monge, son admirateur et son ami, qui n'eut plus d'opinion que la sienne et la recevait comme l'inspiration divine; c'est ainsi qu'il s'est maraîisé et que cet homme, qui eût
dft avoir son genre de bonté, s'est rendu fauteur de la doctrine la plus sanguinaire et la plus atroce.
Le Brun , employé dans les bureaux des affaires étrangères, pas ait pour un esprit sage, parce qu'il n'avait d'élans d'aucune espèce, et pour un habile, homme, parce qu'il était assez bon commis. Il connaissait passablement sa carte diplomatique, et savait rédiger avec bon sens un rapport ou une lettre. Dans un temps ordinaire, il eût été fort bien placé au département qui est le moins chargé, et dont le travail est le plus agréable à faire. Mais il n'avait rien de l'activité d'esprit, de caractère, qu'il eût fallu développer à l'instant où i! y fut appelé. Mal instruit de ce qui se passait chez nus voisins, envoyant dans les cours des hommes qui, sans être dénués de mérite, n'avaient aucune de ces choses qui leur servent de recommandation, et pouvaient à peine passer l'antichambre de quelques grands, il ne savait employer ni i'espèce d'intrigue au moyen delaquelle on eût donné chez eux de l'occupation à ceux qui vouaient nuus attaquer, ni l'espèce de grandeur dont un état puissant doit investir ses agents reconnus, pour se faire respecter. « Que faitesvous donc, lui demandait quelquefois Roland? A. votre place, j'aurais déjà mis l'Europe en mouvement et préparé la paix de la France sans le secours des armes; je voudrais savoir ce qui se passe dans tous les cabinets et v
exercer mon influence. » Le Brun ne se pressait jamais; et l'on vient, en août 1793, d'arrêter à son passage en Suisse, pour aller à Constantiîiople, Semonville qui devrait y être rendu depuis huit mois. Les derniers choix de Le Brun achèvent de le peindre, et me dispensent d'ajouter aucun trait, lia fait nommer ministre plénipotentiaire en Danemark, Grouvelle, le secrétaire du conseil, dont à ce titre j'avais déjà à parler.
Grouvelle, élève de Cérutti, dont il n'a appris qu'à faire de petites phrases où il met toute sa philosophie, médiocre, froid et vain, dernier rédacteur de la Feuille villageoise, devenue flasque comme lui; Grouvelle avait été sur les rangs pour je ne sais quel ministère, et fut sommé secrétaire du conseil au 4 0 août, en exécution d'une loi constitutionnelle, contre l'inobservation de laquelle Roland avait si vivement réclamé, quand le roi s'était enfin déterminé à la faire suivre. Roland avait espéré que la tenue régulière d'un registre où l'on inscrirait les délibérations, établirait dans le conseil une marche plus sérieuse et mieux remplie; il y voyait l'avantage pour les hommes fermes de faire constater leurs opinions, et de laisser un témoignage quelquefois utile à l'histoire, et toujours à leur justification. Mais les meilleures institutions ne valent que pour les individus incapables de les pervertir. Grouvelle ne savait point dresser un procès-verbal, et les ministres ne se souciaient nullement pour la plupart qu'il
restât des traces de leur avis. Jamais le secrétaire n'a pu faire qu'un énoncé des délibérations prises, sans déduction des motifs ni mention des oppositions; jamais Roland n'a pu obtenir de faire consigner les raisons des siennes, quand il en élevait de formelles contre les résolutions. Grouvelle s'immisçait constamment dans la discussion, et sa manière pointilleuse ne contribuait pas peu à la rendre difficile : Roland ennuyé lui observa une fois qu'il oubliait son rôle. « Ne suis-je donc qu'une écritoire! s'écria aigrement l'important secrétaire. — Vous ne devez pas être autre chose ici , répliqua le sévère Roland ; cbaque fois que vous vous mêlez de la délibération, vous oubliez votre fonction, qui est de la recueillir ; et voilà pourquoi vous n'avez que le temps de faire sur feuille volante une petite nomenclature insignifiante, qui reportée sur le registre ne présente aucun tableau des opérations du gouvernement; tandis que le registre du conseil devrait servir d'archives au pouvoir exécutif. » Grouvelle piqué n'en fit pas mieux, et ne changea point sa méthode ; on voit d'ici que les hommes que j'ai dépeints devaient la trouver bonne pour eux. Vingt mille livres d'appointements étaient attribués à sa place; il lui parut qu'il fallait y joindre un appartement au Louvre, assez considérable pour y loger avec lui ses commis, et il fit ses représentations en conséquence au ministre de l'intérieur. Il suffit d'un îeger aperçu du
caractère, pour se représenter le scandale que Roland trouva dans cette proposition , et la vigueur avec laquelle il la repoussa. « Des commis! pour un travail que je ferais moi-même en quelques heures et mieux que vous, si j'étais à votre place, disait-il àGrouvelle : je veux que vous preniez un copiste pour vous éviter la peine de délivrer les expéditions ou extraits de délibérations que vous pouvez être dans le cas de fournir, mais vingt mille livres doivent vous suffire pour l'appointer et le loger ainsi que vous; leur quotité est même indécente dans un régime libre, pour la place que vous occupez. »
Assurément Grouvelle a bien le droit de ne pas aimer Roland, et je crois bien qu'il l'exerce avec plénitude.
Quant à moi, j'ai vivement senti que le ridicule de ses prétentions était intolérable ; ces hommes pétris de vanité, sans caractère et sans vertu, dont l'esprit n'est qu'un jargon, la philosophie un petit étalage, les sentiments des réminiscences, me paraissent en morale une espèce d'eunuques que je méprise et déteste plus cortent que certaines femmes ne dédaignent et haïssent les autres. Et voilà le minisire d'une grande nation auprès d'une cour étrangère dont il est utile de nous «conserver l'estime et d'assurer la neutralité. Je ne sais point le secre; de cette nomination-, mais je parierais que Grouvelle. mourant de peur dans le fâcheux état des affaires, a pressé Ln Btbb de le faire
sortir de France de quelque manière; et Le Brun, en qualité de ministre, l'a fait partir anv bassadeur, comme il l'aurait fait commis-voya geur si lui-même eût été négociant. C'est un arrangement individuel dans lequel la république n'entre que pour le titre dont elle décore les avantages qui y sont attachés, et le tort qui peut lui revenir d'avoir été mal représentée.
Le choix d'un envoyé auprès des Etats-Unis fut dirigé avec plus de sagesse; il offrit un nouvel argument en faveur de Brissot auquel on fait un crime d'y avoir eu part. Bonnecarrère avait été désigné, je ne saurais dire précisément à quelle époque; Brissot, observa à quelques membres du conseil qu'il importait au maintien de la meilleure intelligence avec les Etats-Unis, comme à la gloire de notre république naissante, d'envoyer en Amérique un homme dont le caractère et les mœurs dussent plaire aux Américains; sous ce rapport, Bonnecarrère ne pouvait convenir; un aimable roué du beau monde, un joueur, quels que fussent d'ailleurs ses talents et son esprit, n'était pas fait pour le rôle grave et décent imposé à notre envoyé chez cette puissance.
Brissot n'y mettait point de personnalités, c'est l'homme du monde qui en fut le moins susceptible ; il cita Genest, qui venait de passer cinq ans en Russie, et qui, déjà versé dans la diplomatie, avait d'ailleurs toute la moralité.
toutes les connaissances dont la réunion devait être goûtée chez un peuple sérieux.
Cette proposition fut réfléchie, toutes les considérations possibles l'appuyèrent , et Genesi fut choisi. Certes! si c'est là de l'intrigue, désirons donc que tous les intrigants ressemblent à Brissot. J'ai vu Genest, j'ai désiré le revoir plusieurs fois et je le retrouverais toujours avec plaisir. Son esprit est solide, éclairé; il a autant d'aménité que de décence; sa conversation est instructive et agréable, sans affectation et sans pédanterie; douceur, justesse, grâce et raison le caractérisent. 11 joignait à ce mérite l'avantage de s'exprimer facilement en anglais. Qu'un ignorant comme Robespierre, qu'un extravagant tel que Chabot, déclament contre un pareil homme en le traitant d'ami de Brissotj qu'ils déterminent par leurs clameurs le rappe; de l'un et le procès de l'autre, ils ne tout qu'ajouter aux preuves de leur propre scélératesse et de leur ineptie, sans pouvoir porter atteinte à la gloire de ceux mêmes qu'ils feraient périr.
Au second ministère de Roland, comme au premier, je m'étais imposé de ne recevoir chez moi aucune femme, et j'ai suivi scrupuleusement cette règle. Jamais mon cercle n'a été fort étendu, et jamais les femmes n'en ont composé la plus grande partie. Après mes plus proches parents, je ne voyais que les permîmes dont les goûts et les travaux intéressaient mon mari. Je sentis au'au ministère je serais eyposée à un
entourage fort incommode, qui même aurait ses dangers; je trouvai que Madame Pétion avait pris à la mairie un parti fort sage, et j'estimai qu'il était aussi louable d'imiter un bon exemple que de le donner. Je n'eus donc ni cercle ni visite; c'était d'abord du temps de gagné, chose inappréciable quand on a quelque moyen de l'employer. Deux fois la semaine seulement je donnais à dîner : l'une aux collègues de mon mari avec lesquels se trouvaient quelques députés ; l'autre à diverses personnes, soit députés, soit premiers commis des bureaux, soit enfin de telles autres jetées dans les affaires ou occupées de la chose publique. Le goût et la propreté régnaient sur ma table sans profusion, et le luxe des ornements n'y parut jamais; on y était à l'aise, sans y consacrer beaucoup de temps, parce que je n'y faisais qu'un service, et que je n'abandonnais à personne le soin d'en faire les honneurs. Quinze couverts étaient le nombre ordinaire des convives, qui ont été rarement dix-huit et une seule fois vingt. Tels furent les repas que les orateurs populaires traduisirent à la tribune des Jacobins en festins somptueux où, nouvelle Circé, je corrompais tous ceux qui avaient le malheur de s'y asseoir. Après le dîner, on causait quelque temps au salon, et chacun retournait à ses affaires. On se mettait à table vers cinq heures, à neuf heures il n'y avait plus personne chez moi : voilà ce qu'était celte cour
dont on aie. taisait la reine, ce foyer de conspiration à battants ouverts.
Les autres jours, fermés en famille, nous étions souvent, mon mari et moi, tête à tête ; car la marche des occupations portant fort loin l'heure du dîner, ma lifte mangeait dans sa chambre avec sa gouvernante. Ceux qui m'ont vue alors me rendront témoignage un jour lorsque la voix de la vérité pourra se faire entendre; je n'y serai peut-être plus, mais je sortirai de ce monde avec la conliance que la mémoire de mes calomniateurs se perdra dans les malédictions, tandis que mon souvenir sera quelquefois rappelé avec attendrissement.
Dans le nombre des personnes que je recevais, e: dont j'ai déjà signalé les plus marquantes. Paynes doit êfr<ï cité. Déclaré citoyen irançais. comme l'un de ces étrangers célèbres que l'a nation devait s'empresser d'adopter, il était connu par des écrits qui avaient été utiles dans la révolution d'Amérique, et auraient pu concourir à en faire une en Angleterre. Sans me permettre de le juger absolument, parce qu'il entendait le français sans le parler, que j'en étais à peu près de même à l'égard de l'anglais, et que j'écoutais plutôt sa conversation avec de plus habiles que je n'étais en état d'en former une avec, lui, je crois que Paynes a de commun avec la plupart des auteurs de valoir jnoins tpie ses ouvrages.
La hardie:,"" de ses censées, l'originalité de
son style, ces vérités fortes, jetées audacieusement au milieu de ceux qu'elles offensent, ont dû produire une grande sensation-, mais je le croirais plus propre à semer, pour ainsi dire, ces étincelles d'embrasement qu'à discuter les bases ou préparer la formation d'un gouvernement. Paynes éclaire mieux une révolution qu'il ne peut concourir à une constitution. 11 saisit, il établit ces grands principes dont l'exposé frappe tous les yeux, ravit un club et enthousiasme à la taverne : mais pour la froide discussion du comité, pour le travail suivi du législateur, je présume David IVilliams infiniment plus propre que lui.
Williams, fait également citoyen français, n'avait pas été nommé à la Convention où il eût été plus utile; mais le gouvernement le fit inviter à se rendre à Paris, où il passa quelquer mois et conféra souvent avec les députés travailleurs. Sage penseur, véritable ami des hommes, il m'a paru combiner leurs moyens de bonheur, aussi bien que Paynes sent et décrit les abus qui font leur malheur. Je l'ai vu dès les premières fois qu'il eut assisté aux stances de l'Assemblée, s'inquiéter du peu d'ordre des discussions, s'affliger de l'influence que s'atlri buaient les tribunes, et douter qu'il fût possible que de tels hommes, en telle situation, décrétassent jamais une constitution raisonnable Je pense que la connaissance qu'il acquit alort de ce que nous étions déjà, l'attacha davantage
à son propre pays, où il esl retourné avec empressement. « Comment peuvent discuter, me disait-il, des hommes qui ne savent point écouter? Vous autres Français vous ne prenez pas non plus la peine de constrver cette décence extérieure qui a tant d'empire dans les assemblées ; l'étourderie, l'insouciance et la saleté ne rendent point un législateur recommandante j rien n'est indifférent de ce qui frappe tous les jours et se passe en public. » Que dirait-il, bon Dieu! s'il voyait les députés, depuis le 31 mai, vêtus comme les gens du port, en pantalon, veste et bonnet, la chemise ouverte sur la poi- Vine, jurant et gesticulant en sans-culottes ivres! Il trouverait tout simple que le peuple les traitât comme ses valets, et qun tous ensemble, après s'être souillés d'excès, finissent par tomber sous la verge d'un despote qui saura les assujettir.
La figure de Paynes m'a quelquefois rappelé la comparaison que faisaient les Romains de celle de Sylla avec une mûre aspergée de farine. William! remplirait également bien sa Place au parlement, ou au sénat, et porterait partout la véritable dignité.
Par quelle saillie d'imagination la mienne rappelle-t-elleici Vandermondet Je n'ai jamais rencontré des yeux aussi faux, et qui accusassent plus juste la nature de l'esprit du personnage. On dirait que celui-ci a le sien coupé net en deux parts avec l'une on peut commencer
tous les raisonnements, mais il est impossible d'ensuivre aucun avec l'autre, et de tirer de l'ensemble un bon résultat. Comme la science figure maldans une têie ainsi organisée! Aussi Vandermonde, académicien d'ailleurs, ami de Pache et de Monge, se vantait de servir de conseil à ce dernier et d'être appelé sa femme. 11 me disait un jour, en parlant des cordeliers (de la secte desquels il avouait être), par opposition aux personnes qui les traitaient d'enragés : « Nous voulons l'ordre par la raison, et vous êtes du parti de ceux qui le veulent par la force. » Après cette définition, je n'ai plus rien à dire des travers d'esprit d'un tel homme.
Mais puisque j'ai parlé d'un académicien, il faut un petit mot sur M. de Condorcet, dont l'esprit sera toujours au niveau des plus grandes vérités, mais dont le caractère ne sera jamais qu'à celui de la peur. On peut dire de son intelligence en rapport avec sa personne, que c'est une liqueur fine imbibée dans du coton. Je n'ai jamais rien connu de si lâche. On ne lui appliquera pas le mot que, dans un faible corps, il montre un grand courage ; il est aussi faible de cœur que de santé; la timidité qui le caractérise et qu'il porte même dans la société, sur le visage et dans son attitude, n'est pas seulement un vice de tempérament, elle semble inhérente à son aine, et ses lumières ne lui fournissent aucun moyen de la vaincre : aussi après avoir bien déduit tel principe, démontré telle
vérité, il opinait l'Assamblée dans le sens contraire quand il s'agissait de se lever en présence des tribunes fulminantes, armées d'injures et prodigues de menaces. Il était à sa place au secrétariat de l'Académie. Il faut laisser écrire de tels hommes et ne jamais les employer. Heureux encore d'en tirer quelque utilité ; on ne peut pas en dire autant de tous les hommes timides; la plus grande partie n'en est bonne à rien. Voyez tous e*s poltrons de l'Assemblée, qui gémissent dans le sénat; s'ils eussent eu l'assurance de se faire arrêter le 2 juin en protestant contre l'injuste décret d'arrestation des vingt-deux, ils assuraient le salut de tous, car on n'eût osé toucher un cheveu à nul de deux ou trois cents représentants du peuple; et la chose publique était également sauvée, les départements ne se fussent point rendormis; on s'apaisa sur la perte de vingt hommes, et l'on n'aurait pu regarder comme Convention l'assemblée dont la moitié se fût retirée.
Rabaud, Lasource et Faucnei ont été bien fidèles à leur caractère de prêtre, ei Grégoire mieux encore, et Torné; tous patriotes ardents aux beaux jours de la révolution, tous ont plié, fui, ou dissimulé aux temps Je l'orage.
Rabaud, que l'on croit à Nîmes à répandre la vérité, végète obscurément caché dans un coin de Paris ; Lasovrce, non content d'avoir fait de même, réclame lâchement contre sa destitution; elle devait effectivement l'étonner- lui qui depuis
sa mission à Nice avec Collot d'He^bois avait endossé le harnais montagnard, il ne pouvait s'attendre aux honneurs de la persécution. Fauchet siège honteusement parmi ceux qu'il déteste. Grégoire fraternise avec Du Trosne; 'ami des noirs se lie avec leur adversaire, et Torné vient féliciter la Convention des événenentsdes 31 mai et 2 juin. Fausseté, faiblesse, hypocrisie, tels sont les caractères du prêtre, quand il n'est point abandonné, crapuleux et hardi comme Chabot.