‹ Mémoires de Mme RolandChapitre 8 sur 15 · II.— MiM. DE MADAME ROLAND · texte numérisé non relu

II.— MiM. DE MADAME ROLAND

lettre ministérielle, de la charlatanerie de l'effronté Dumas, de la bêtise du comité, de la complaisance du ministre et de toute cette kyrielle de pauvretés; mais j'ai retrouvé la queue de l'histoire à Sainte-Pélagie.

Parmi les administrateurs de police, le citoyen Jobert (l'un des signataires des ordres contradictoires de mes arrestations et mise en liberté), gros homme à forte voix, vrai bavard de section, à figure repoussante et démarche embarrassée, découvrit une petite demoiselle Lallement, grande et jolie fille de quinze ans entretenue par Sainte-Croix, officier émigré qui était attaché, je crois, à Philippe d'Orléans; elle est arrêtée, envoyée à Sainte-Pélagie; on trouve chez elle l'enveloppe d'un ballon, son filet et le reste : c'était précisément la capture indiquée par Dumas. Mais le comité avait oublié l'expédient, le physicien avait perdu l'espérance de se faire valoir, le ministre ne se souciait guère de savoir le résultat des ordres qu'il avait donnés, et les administrateurs trouvaient fort bon de se rendre maîtres d'un objet devenu de prix.

La petite Lallement paraissait gentille à Jobert, qui avait mis la main sur plusieurs de ses effets, s'était emparé du portrait de Sainte- Croix, et trouvait sot qu'elle prétendît lui être fidèle. Imaginant enfin que de bons procédés la rendraient plus traitabie, il fait signer sa mise en liberté, vient la chercher en voiture, la con~

duit chez elle où il fait apporter à dîner, lui rend à grand'peine le portrait de Sainte-Croix dont il avait fait gâter les yeux, et prétend obtenir récompense. La jeune fille se moque de ses prétentions comme de son allure, le met à la porte de chez elle, et se rend au bureau de la police pour lui reprocher publiquement ses entreprises, en réclamant d'autres effets qu'on lui avait enlevés. L'aventure fait bruit ; mais les collègues de Jobert ne sont pas faits pour la blâmer; elle passe au milieu d'une foule d'autres, plus dégoûtaDtes ou plus atroces, dont les législateurs du 2 juin donnent journellement l'exemple à toutes les autorités constituées.

22 août.

Aujourd'hui la mésintelligence éclate entre les tyrans ; Hébert, mécontent de n'être pas ministre, dirige son Père Duchesne contre les faiseurs, attaque les patriotes enrichis, nomme Lacroix et s'achemine contre Danton. Celui-ci, plus scélérat qu'aucun mais mieux avisé, cherchant à mettre quelque mesure dans la marche des affaires, est déjà traité de modéré; le Comité de Salut public le rejette de son seifl Robespierre jaloux s'élève contre lui; les Cor deliers et les Jacobins sont prêts à se diviser. Grand spectacle se préqare pour nous autres

victimes; les tigres vont s'entre-déchirer; ils nous oublieront peut-être, à moins que la fureur de leurs derniers instants ne les porte à tout exterminer avant leur propre défaite.

Chabot veut faire déporter tous les gens suspects , ainsi la femme de Pétion et celle de Roland, arrêtées à ce titre, sont menacées d'aller à Cayenne : plaisante destination 1

24 septembre.

t/ai-je bien entendu? — Quoi! cette femme qui vivait ignorée au fond de sa province, arrivée à Paris seulement pour réclamer sa fille, elle est condamnée à mourir! — Quelle profondeur d'iniquité dans cette condamnation!

Pétion, proscrit comme royaliste, offrait un phénomène de la dernière révolution . Sa femme, que jamais la calomnie n'avait atteinte, s'était retirée à Fécamp dans sa famille pour attendre dans le silence de la retraite des jours plus tranquilles; elle allait faire prendre des bains de mer à son fils, joli enfant de dix ans, unique fruit de son mariage. Elle est arrêtée, constituée prisonnière avec cet enfant; tous deux sont amenés à Paris et renfermés à Sainte -Pélagie. Les exemples du jour apprennent aux femmes de proscrits à se voir persécuter; et celle de Pétion est assez raisonable pour supporter ses:

maux sans murmurer : mais l'état de son fils l'afflige! L'éducation, la santé de cet enfant sont également en souffrance : elle veut faire des réclamations; comment les rendre intéressantes, et surtout les faire écouter P Elle s'adresse à sa mère qui vivait à Chartres, pour l'engager à faire des sollicitations que son titre autorise. Elle vient, paraît à la barre, y fait sa pétition avec larmes, est renvoyée au comité va voir tous les députés qui le composent : quelques-uns paraissent donner de l'espérance, le plus grand nombre l'accueille mal; l'inutilité des sollicitations se manifeste : elle prend la résolution de s'en aller, se rend à sa section pour y faire viser son passe-port, y est dénoncée, arrêtée. On la conduit à la mairie. Un homme habitant l'hôtel où elle était descendue, dépose qu'elle a dit qu'il fallait un roi; deux déserteurs liégeois, témoins à gages, le certifient : on la condamne à perdre la tête ; elle marche à l'échafaud.

J'ai vu plusieurs fois cette malheureuse femme lorsqu'elle venait auprès de sa fille. Madame Lefebvre était dans sa cinquante-septième année ; elle a été belle et ses traits annonçaient encore que sa figure fut régulière-, elle avait conservé une grande taille fort dégagée, et une chevelure superbe. Le soin de plaire a occupé la plus grande partie de sa vie ; mais il ne lui a rien fait acquérir : on ne trouvait plus chez cette femme que les restes de ses préten-

tions passées , et un fond d'égoïsme qui perçait en toute circonstance. Elle n'avait point d'opinions politiques; elle était incapable de s'en former une, et ne savait raisonner sur rien deux minutes de suite. Il est posstolé que, dans une conversation suscitée par quelques malveillants, elle ait dit qu'il lui était indifférent qu'il vînt un roi, pourvu qu'on ait la paix, et l'on aura saisi quelques propos de cette espèce pour lui faire son procès. Mais qui ne voit dans cette fausse et atroce application de la loi le dessein d'abuser le peuple , en faisant croire la famille de Pétion royaliste, et par conséquent très juste la persécution qu'on lui fait souffrir!

Réflexions*

jours affreux, au règne de Tibère, nous voyons renaître vos horreurs, mais plus multipliées encore en proportion du nombre de nos tyrans et de leurs favoris!

Il faut du sang à ce peuple infortuné, dont on a détruit la morale et corrompu l'instinct; on se sert de tout, excepté de la justice, pour lui en donner. Je vois dans les prisons, depuis quatre mois que je leshabite, des malfaiteurs qu'on veut bien oublier; et l'on se hâte de faire mourir Madame Lefebvre qui n'es point coupable, parce qu'elle a le tort d'avoir pour

gendre l'honnête Pétion que les tyrans haïssent.

Je ne conçois rien de si ridicule que cette forfanterie avec laquelle on nous vante le bienfait d'une constitution décrétée arec autant de zèle que de rapidité. Mais ces gens mêmes qui l'ont faite, n'ont-ils pas fait décréter peu après que la France était et demeurait en éiat de révolution? et la constitution n'est-elle pas comme non avenue, puisqu'on n'en observe rien ? A quoi donc nous sert-il de l'avoir ! C'est une pancarte qui n'atteste que l'impudence de ceux qui ont voulu s'en faire un mérite, sans s'embarrasser de nous en assurer le profit. Toute cette foule qui ne l'a acceptée, sans y regarder, que par faiblesse et lassilude, dans l'idée d'avoir la paix qu'elle ne voulait pas prendre la peine de mériter, est bien payée de sa lâcheté ! — Malheureusement il en va des peuples et de leurs affaires comme des particuliers et de leurs entreprises : la sottise et la peur du grand nombre font le triomphe de la scélératesse et ht perte des gens de bien. La postérité rend à chacun sa place; mais c'est au temple de mémoire : Thémistocle n'en meurt pas moins en exil, Socraîe dans sa prison, et S^lla dans son lit.

De l'infirmerie de Sainte-Pélagie, w« Joor, 1er mois, an second.

Entre ces murs solitaires, où depuis tantôt «inq mois l'innocence opprimée se résigne, un étranger paraît. — C'est un médecin que mes gardiens amènent pour leur tranquillité; car je ne sais et ne veux opposer aux maux de la nature, comme à l'injustice des hommes, qu'un tranquille courage. En apprenant mon nom, il se dit l'ami d'un homme que peut-être je n'aime point. — Qu'en savez- vous, et qui est-ce? — Robespierre. — Robespierre ! je l'ai beaucoup connu et beaucoup estimé ; je l'ai cru un sincère et ardent ami de la liberté. — Eh ! ne l'est-il plus P — Je crains qu'il n'aime aussi la dominalion, peut-être dans l'idée qu'il sait faire le bien ou le veut comme personne: je crains qu'il n'aime beaucoup la vengeance, et surtout à l'exercer contre ceux dont il croit n'être pas admiré ; je pense qu'il est très susceptible de préventions, facile à se passionner en conséquence, jugeant trop vite comme coupable quiconque ne partage pas en tout ses opinions. — Vous ne l'avez pas vu deux fois ! — Je l'ai vu bien davantage ! Demandez-lui ; qu'il mette la main sur sa conscience, et vous verrez s'il pourra vous dire, du mal de moi.

Robespierre, si je me trompe, Je vous mets à même de me le prouver; c'est à vous q/ie je

répète ce que j'ai dit de votre personne, et je veux charger votre ami d'une lettre que la rigueur de mes gardiens laissera peut-être passer en faveur de celui à qui elle est adressée.

Je ne vous écris pas pour vous prier, vous l'imaginez bien: je n'ai jamais prié personne,* et certes! ce n'est pas d'une prison que je commencerais de le faire à l'égard de quiconque me tient en son pouvoir. La prière est faite pour les coupables ou les esc'aves; l'innocence témoigne, et c'est bien assez; ou elle se plaint, et elle en a le droit dès qu'elle est vexée. Mais la plainte ne me convient pas ; je sais souffrir et ne m'étonner de rien. Je sais d'ailleurs qu'à la naissance des républiques, des révolutions presque inévitables, qu'expliquent trop les passions humaines , exposent souvent ceux qui servirent le mieux leur pays, à demeurer victimes de leur zèle et de l'erreur de leurs contemporains. Ils ont pour consolation leur conscience, et l'histoire pour vengeur.

Mais par quelle singularité moi, femme, qui ne puis faire que des vœux, suis-je exposée aux orages qui ne tombent ordinairement que sur les individus agissants, et quel sort m'e6t donc réservé P

Voilà deux questions que je vous adresse.

Je les regarde comme peu importantes en elles-mêmes et par rapport à moi personnellement; qu'est-ce qu'une fourmi de plus ou de moins, écrasée par le pied de l'éléphant, consi-

dêree aans le système du monde P Mais elle* sont infiniment intéressantes par leurs rapports avec la liberté présente et le bonheur futur de mon pays ; car si l'on confond indifféremment avec ses ennemis déclarés, ses défenseurs et ses amis avoués, si l'on assimile au même traitement l'égoïste dangereux ou l'aristocrate perfide avec le citoyen fidèle et le patriote généreux, si la femme honnête et sensible qui s'honore d'avoir une patrie, qui lui fit dans sa modeste retraite ou dans ses différentes situations les sacrifices dont elle est capable, se trouve punie avec la femme orgueilleuse ou légère qui maudit l'égalité, assurément la justice et la liberté ne régnent point encore, et le bonheur à venir est douteux.

Je ne parlerai point ici de mon vénérable mari ; il fallait rapporter ses comptes lorsqu'il les eut fournis, et ne pas lui refuser d'abord justice pour se réserver de l'accuser quand on l'aurait noirci dans le public. Robespierre, je vous défie de ne pas croire que Roland soit un honnête homme : vous pouvez penser qu'il ne voyait pas bien sur telle et telle mesure; mais votre conscience rend secrètement hommage à sa probité comme à son civisme. Il faut peu le voir pour le bien connaître; son livre est toujours ouvert, et chacun peut y lire ; il a la rudesse de la vertu, comme Caton en avait l'âpreté ; ses formes lui ont fait autant d'ennemis que sa rigoureuse équité ; mais ces inéga-

lités de surface disparaissent à distance, et le» grandes qualités de l'homme public demeureront pour toujours. On a répandu qu'il soufflait la guerre civile à Lyon; on a osé donner ce prétexta comme sujet de mon arrestation! Et la supposition n'était pas plus juste que la conséquence. Dégoûté des affaires, irrité de la persécution, ennuyé du monde, fatigué de travaux Bt d'années, il ne pouvait que gémir dans une retraite ignorée, et s'y obscurcir en silence Tour épargner un crime à son siècle.

— - Il a corrompu l'esprit public, et je suis sa complice! — Voilà le plus curieux des reproches et la plus absurde des imputations. Vous ne voulez pas, Robespierre, que je prenne ici le soin de les réfuter ; c'est une gloire trop facile, et vous ne pouvez être du nombre des bonnes gens qui croient une chose parce qu'elle est écrite et qu'on la leur a répétée. Ma préendue complicité serait plaisante, si le tout ne devenait atroce par le jour nébuleux sous lequel on l'a présenté au peuple qui, n'y voyant rien, s'y fabrique un je ne sais quoi de monstrueux. Il fallait avoir une grande passion de me nuire pour m'eiK liaîner ainsi d'une manière brutale et réfléchie dans une accusation qui ressemble a celle, tant répétée sous Tibère, de lèse-ma jesté pour perdre quiconque n'avait pas de crime et qu'on voulait pourtant immoler!

D'où vient donc cette animosité ? — C'est ce que je ne puis concevoir :uuui qui n'ai jamais

fait de mal a personne, et qui ne sais pas mêmi en vouloir à ceux qui m'en font!

Elevée dans la retraite, nourrie d'études sérieuses qui ont développé chez moi quelque caractère, livrée à des goûts simples qu'aucune circonstance n'a pu altérer, enthousiaste de la révolution et m'abandormant à l'énergie des sentiments généreux qu'elle inspire, étrangère aux affaires par principes comme par mon sexe, mais m'entretenant d'elles avec chaleur, parce que l'intérêt public devient le premier de tous dès qu'il existe, j'ai regardé comme de méprisables sottises les premières calomnies lancées contre moi; je les ai crues le tribut nécessaire pris par l'envie sur une situation que le vulgaire avait encore l'imbécillité de regarder comme élevée, et à laquelle je préférais l'état paisible où j'avais passé tant d'heureuses journées!

Cependant ces calomnies se sont accrues avec autant d'audace que j'avais de calme et de sécurité: je suis traînée en prison; j'y demeure depuis bientôt cinq mois, arrachée des bras de ma jeune fille qui ne peut plus se reposer sur le sein dont elle fut nourrie, loin de tout ce qui m'est cher, privée de toute communication, en butte aux traits amers d'un peuple abusé, qui croit que ma tête sera utile à sa félicité; j'entends sous ma fenêtre grillée la garde qui me veille s'entretenir quelquefois de mon supplice; je lis les dégoûtantes bordées que Jettent sur

moi des écrivains qui ne m'ont jamais vue, non plus que tous ceux qui me haïssent.

le n'ai fatigué personne de mes réclamations; j'attendais du temps la justice, avec la fin des préventions : manquant de beaucoup de choses, je n'ai rien demandé ; je me suis accommodée de la mauvaise fortune, fière de me mesurer avec elle et de la tenir sous mes pieds. Le besoin devenant pressant, et craignant de compromettre ceux à qui je pourrais m'adresser, j'ai voulu vendre les bouteilles vides de ma cave, où l'on n'a point mis les scellés parce qu'elle ne contenait rien de meilleur : grand mouvement dans le quartier I on entoure la maison; le propriétaire est arrêté ; on double chez moi les gardiens, et j'ai à craindre peutêtre pour la liberté d'une pauvre bonne qui n'a d'autre tort que de me servir avec affection depuis treize ans, parce que je lui rendais la vie douce ; tant le peuple égaré sur mon compte, étourdi du nom de conspirateur, croit qu'il doit m'être appliqué!

Robespierre, ce n'est pas pour exciter en vous une pitié au-dessus de laquelle je suis et qui m'offenserait peut-être, que je vous présente ce tableau bien adouci; c'est pour votre instruction.

La fortune est légère, la faveur du peuple l'est également; voyez le sort de ceux qui l'agitèrent, lui plurent ou le gouvernèrent, depuis Viscellinus jusqu'à César, depuis Hippon, ha-

rangueur de Syracuse, jusqu'à nos orateurs parisiens! La justice et la vérité seules demeurent et consolent de tout, même de la mort, tandis que rien ne soustrait à leurs atteintes. Marins et Sylla proscrivirent des milliers de chevaliers, un grand nombre de sénateurs, une fouie de malheureux. — Ont-ils étouffé l'histoire qui voue leur mémoire à l'exécration, et goûtèrent-ils le bonheur?

Quoi qu'il me soit réservé, je saurai le subir d'une manière digne de moi, ou le prévenir s'il me convient. Après les honneurs de la persécution dois-je avoir ceux du martyre ? ou bien suis-je destinée a languir longtemps en captivité, exposée à la première catastrophe qu'on jugera bon d'exciter? ou serai-je déportée soi-disant, pour essuyer à quatre lieues en mer cette petite inadvertance de capitaine qui le débarrasse de sa cargaison humaine au profit des flots ? Parlez; c'est quelque chose que de connaître son sort, et, avec une âme comme la mienne, on est capable de l'envisager.

Si vous voulez être juste et que vous me lisiez avec recueillement, ma lettre ne vous sera pas inutile, et dès lors elle pourrait ne pas l'être à mon. pays. Dans tous les cas, Robespierre, je le sais, et vous ne pouvez éviter de le sentir : quiconque m'a connue ne saurait me persécuter sans remords.

Roland, née Phlipon.

Nota. L idée de cette lettre, le soin de l'écrire et le projet de l'envoyer se sont soutenus durant 24 heures ; mais que pourraient faire mes réflexions sur un homme qui sacrifie des collègues dont il connaît bien la pureté ?

Dès que ma lettre ne serait pas utile, elle est déplacée ; c'est me compromettre sans fruit avec un tyran qui peut ra'immoler, mais qui ne saurait m'avilir. Je ne la ferai pas remettre.

28 septembre.

Le décret qui ordonne de présenter le lendemain l'acte d'accusation de Brissot, est rendu dans la même séance où l'on propose d'abréger !es formes des jugements du tribunal révolutionnaire, et où l'on organise les quatre sections de ce tribunal ; de manière qu'on réunit la multiplication des moyens de juger, l'obligation d'accélérer le prononcé des jugements et la restriction des défenses des accusés, au même instant qu'on détermine de faire périr Brissot et les autres députés détenus, c'està-dire les hommes à talents qui pourraient confondre leurs accusateurs.

Quatre mois se sont écoulés sans qu'on ait pu dresser cet acte d'accusation dont on a vainement décrété plusieurs fois la confection ; il fallait un surcroît de pouvoir et le règne corn-

plet de la terreur pour oser enfin immoler les fondateurs de la liberté ; mais après que l'on a déterminé, sous la dénomination de suspects, l'arrestation arbitraire du quart de la France ; après qu'on a fanatisé un peuple imbécile qui ruine Lyon, comme si la seconde ville de la république appartenait à l'Empereur, et que ceux qu'il juge bon d'appeler des muscadins fussent des bêtes féroces ; après qu'un sceptre de fer étendu sur la France y fait régner le crime «t la peur ; après qu'on établit en loi pour les accusés qu'ils répondront oui ou non , sans faire de discours de défense, on peut envoyer à la mort les victimes pures dont on craignait encore l'éloquence, tant la voix de la vérité paraît redoutable à ceux mêmes qui sont assez puissants pour ne pas l'écouter !

Que de soins pour l'étouffer ! mais l'histoire est là; elle tient ses burins, et prépare dans le silence la vengeance tardive des imitateurs de Barnevelt et de Sydney.

3 octobre.

Nota. Je lis le journal, et je vois Robespierre accuser Roland et Brissot d'avoir dit du mai de d'Aubigny qui vola au 10 août 100,000 livres aux Tuileries, qu'on voulut poursuivre, et dans l'absence duquel sa femme rapporta les «00,000 francs à la Commune : je vois Robes-

pierre prétendre que Roland nomma Restout au garde-meuble pour en préparer le vol, et c'est Pache qui, ne voulant point de cette place à laquelle Roland l'avait nommé, lui présenta Restout pour l'occuper ; et la Convention a retenti des plaintes de Roland sur la négligence du commandant de la garde nationale pour faire garnir le poste du garde-meuble, malgré les injonctions réitérées du ministre de l'intérieur. Ce Robespierre, qu'un temps je crus honnête homme, est un être bien atroce ! comme il ment à sa conscience et comme il aime le sang !

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