SOPH IK
Oh ! trêve de fialanterie !
BKLVAL.
Non, regardez-vous; et ne me croyez pas assez simple pour louei- une femme quand elle ne le mérite pas.
SOPHIE
Ah !... savez-vous que vous me ferez tourner la tête, si vous continuez?
BELVAL
J'aimerais bien autant vous la voir perdre.
SOPHIK.
Vous êtes logé avec une magnificence !
BELVAL
Assez bien ; mais il faut que je quitte malgré moi cet appartement.
SOPHIE
Pourquoi donc? Il est peut-être trop cher.
BELVAL
Non, je n'en ai que pour cent louis; mais je n'ai pas de salon d'été, de cabinet de bains , ni de boudoir.
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SOPHIE
Ni (le boudoir ?Oli ! il faut avoir un l)Oudoir.
BELVAL
Vous m'excuserez donc de ne pouvoir vous en présenter un.
SOPHIE, étonnée .
Pour moi , il n'en faut pas , Bclval .Ah ! nous n'en sommes pas encore là. Je vois bien que vous voulez me mettre dans la longue liste de vos conquêtes; mais, mon cher ami , je ne succomberai pas. Élégance, propos aimables, figure intéressante; vous avez tout, j'en conviens; et moi, je suis insensible. Voilà bien des choses perdues , n'est-ce pas ?
BELVAL
Comment î vous me supposez des apprêts? Non, je vous jure, mon cœur n'a pas de détours. Jugez par d'autres : est-il un seul homme qui, vous possédant , comme moi, en tête-àtête , ne soit tomibé à vos pieds ?
SOPHIE, as>ec fierté.
Je ne l'ai jamais soutTert. Et où prenezvous, monsieur , que ce soit un tête-à-tête que je vous accorde ?...
BELVAL
Ah ! Sophie , ne m'accablez pas de votre flisûTace .
SOPHIE
Eh bien ! quittez donc ce ton déjà conquérant que vous prenez avec moi.
BEL VAL
Quel petit démon de vertu ! En vérité, Sophie , je vous croyais plus de conduite ; une femme charmante , belle comme vous Têtes... Ah ! profitez de vos beaux jours.
SOPHIE
Vous verrez que je passerai mes beaux jours à aimer monsieur ! Cela serait fort réjouissant ! Non , je vous le répète, laissons à nos tragédies cet amour romanesque. Je n'y crois pas, et n'y croirai de ma vie; tenez-vous-le pour dit.
BELVAL
Non; vous reviendrez de cette erreur, et vous verrez qu'un jour. . . .
SOPHIE
Encore ! Ah ! vous m'impatientez. Brisons là-dessus , ou je pars.
BELVAL
Ah ! trop charmante incrédule î Allons , soit , je me tais.
SOPHIE
Oui, parlons de choses plus sérieuses.
n Kl. VAL.
Heureuse tranquillité! vous faites de l'amour un joujou. ( J^ojant que S o pi de paraît vouloir se lever. ) Parlons donc de choses sérieuses avec vous, Sophie.
SOPHIE
Vous partez dans quinze jours pour Bordeaux ^
BELVAL
Oui , j'ai obtenu trois mois de vacances.
SOPHIE
Eh bien î j'ai la même permission.
BELVAL
O ciel î est-il possible? ma belle amie : nous ferons route ensemble. Que de triomphes nous allons avoir î que de joie nous allons répandre ! que d'argent nous gagnerons, réunis ! Vous ne pouvez douter avec combien de plaisir je me prêterai à tous vos désirs. Quand je suis avec vous , je suis toujours sûr de plaire. O Sophie ! que mon sort est heureux !
SOPHIE
Par exemple, ce que vous me dites là n'est pas une fadeur : c'est senti, et je vous en tiendrai bon compte.
BELYAL.
Si j'étais assez fortuné pour parvenir....
nr MOLK. n5
Mais romnicnt , mon bel anj^c , avez-vous pu obtenir A..
SOPHIE
Prétexte de santé. Vous savez , il y a trois jours y que nous nous quittâmes à sept bcures du matin, après avoir passe' la nuit à faire mille folies, ke soir je ne pus jouer ; ce qui hâta par hasard le début de cette nouvelle actrice, qui , je vous réponds, n'eût point paru devant six semaines. Vous me trouvâtes la physionomie d'une langueur assez intéressante : ma glace me dit que vous aviez raison. Je ils mettre sur-le-champ mes chevaux à la voiture. La crainte de ne pas réussir ajouta à ma pâleur. On me plaignit ; mais je revins vive, animée; car j'obtins ce que je demandai.
BELVAL
Que peut-on vous refuser ? Vous conviendrez que le spectacle sera fort ennuyeux pendant votre absence.
SOPHIE
Ah ! dites pendant la nôtre , monsieur Belval; je suis juste.
BELVAL
Julie doit être au désespoir.
SOPHIE
Elle ne le sait pas encore ; j aurai le plaisir de lui dire ce soir.
74 MKMOIHES
BEL VAL
Vous jouez , saus doute ?
SOPHIE
Non , sûrcmenl. On ne me verra qu'après mon retour ; c'est le seul moyen de se faire désirer.
BKLVAL. •
C'est une assez bonne méthode; il y a déjà quelque temps que vous vous en servez ; car cette année-ci
Cette année.... mais j'ai joué dix à douze fois au moins.
BEL VAL
Cela est différent; aujourd'hui cependant je comptais bien sur vous. Je vous avertis que je serai d'un maussade.... prenez garde avec qui vous me laissez.... Il me vient une idée.
SOPHIE
Quoi ?
BELVAL
Vous ne^ connaissez pas ma petite campagne.
SOPHIE
Qui vous coûte tant d'argent.
BELVAL
Précisément.
f)K MOI K. ^5
SOPII I K.
Non , je no la connais pas.
BKl-V AT..
Eh bien ! allons-y ce soir : c'est un bijou dont vous serez enchante.
SOPHI E
Avec vous seul ^
BEL VAL
Oui ; vous me craignez si peu.
SOPHIE
Soit ; à condition que vous ne vous en vanterez pas.
BELVAL
Je vous le proteste.
SOPHIE
Allons, j'y consens donc; je le veux bien.
BELVAL
Que de grâces !
SOPHI E
Ainsi vous ne jouerez pas non plus : Fierville sera détestable dans votre rôle.
BELVAL
Je l'imagine bien ; mais vous ne sauriez croire comme le pauvre garçon aime à se faire siffler. Il n'en est que plus ferme : il semble que cela le réjouit ; il sera pour moi d'une reconnaissance....
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