‹ Mémoires de MoléChapitre 22 sur 85 · SOPH IK · texte numérisé non relu

SOPH IK

Oh ! trêve de fialanterie !

BKLVAL.

Non, regardez-vous; et ne me croyez pas assez simple pour louei- une femme quand elle ne le mérite pas.

SOPHIE

Ah !... savez-vous que vous me ferez tourner la tête, si vous continuez?

BELVAL

J'aimerais bien autant vous la voir perdre.

SOPHIK.

Vous êtes logé avec une magnificence !

BELVAL

Assez bien ; mais il faut que je quitte malgré moi cet appartement.

SOPHIE

Pourquoi donc? Il est peut-être trop cher.

BELVAL

Non, je n'en ai que pour cent louis; mais je n'ai pas de salon d'été, de cabinet de bains , ni de boudoir.

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SOPHIE

Ni (le boudoir ?Oli ! il faut avoir un l)Oudoir.

BELVAL

Vous m'excuserez donc de ne pouvoir vous en présenter un.

SOPHIE, étonnée .

Pour moi , il n'en faut pas , Bclval .Ah ! nous n'en sommes pas encore là. Je vois bien que vous voulez me mettre dans la longue liste de vos conquêtes; mais, mon cher ami , je ne succomberai pas. Élégance, propos aimables, figure intéressante; vous avez tout, j'en conviens; et moi, je suis insensible. Voilà bien des choses perdues , n'est-ce pas ?

BELVAL

Comment î vous me supposez des apprêts? Non, je vous jure, mon cœur n'a pas de détours. Jugez par d'autres : est-il un seul homme qui, vous possédant , comme moi, en tête-àtête , ne soit tomibé à vos pieds ?

SOPHIE, as>ec fierté.

Je ne l'ai jamais soutTert. Et où prenezvous, monsieur , que ce soit un tête-à-tête que je vous accorde ?...

BELVAL

Ah ! Sophie , ne m'accablez pas de votre flisûTace .

SOPHIE

Eh bien ! quittez donc ce ton déjà conquérant que vous prenez avec moi.

BEL VAL

Quel petit démon de vertu ! En vérité, Sophie , je vous croyais plus de conduite ; une femme charmante , belle comme vous Têtes... Ah ! profitez de vos beaux jours.

SOPHIE

Vous verrez que je passerai mes beaux jours à aimer monsieur ! Cela serait fort réjouissant ! Non , je vous le répète, laissons à nos tragédies cet amour romanesque. Je n'y crois pas, et n'y croirai de ma vie; tenez-vous-le pour dit.

BELVAL

Non; vous reviendrez de cette erreur, et vous verrez qu'un jour. . . .

SOPHIE

Encore ! Ah ! vous m'impatientez. Brisons là-dessus , ou je pars.

BELVAL

Ah ! trop charmante incrédule î Allons , soit , je me tais.

SOPHIE

Oui, parlons de choses plus sérieuses.

n Kl. VAL.

Heureuse tranquillité! vous faites de l'amour un joujou. ( J^ojant que S o pi de paraît vouloir se lever. ) Parlons donc de choses sérieuses avec vous, Sophie.

SOPHIE

Vous partez dans quinze jours pour Bordeaux ^

BELVAL

Oui , j'ai obtenu trois mois de vacances.

SOPHIE

Eh bien î j'ai la même permission.

BELVAL

O ciel î est-il possible? ma belle amie : nous ferons route ensemble. Que de triomphes nous allons avoir î que de joie nous allons répandre ! que d'argent nous gagnerons, réunis ! Vous ne pouvez douter avec combien de plaisir je me prêterai à tous vos désirs. Quand je suis avec vous , je suis toujours sûr de plaire. O Sophie ! que mon sort est heureux !

SOPHIE

Par exemple, ce que vous me dites là n'est pas une fadeur : c'est senti, et je vous en tiendrai bon compte.

BELYAL.

Si j'étais assez fortuné pour parvenir....

nr MOLK. n5

Mais romnicnt , mon bel anj^c , avez-vous pu obtenir A..

SOPHIE

Prétexte de santé. Vous savez , il y a trois jours y que nous nous quittâmes à sept bcures du matin, après avoir passe' la nuit à faire mille folies, ke soir je ne pus jouer ; ce qui hâta par hasard le début de cette nouvelle actrice, qui , je vous réponds, n'eût point paru devant six semaines. Vous me trouvâtes la physionomie d'une langueur assez intéressante : ma glace me dit que vous aviez raison. Je ils mettre sur-le-champ mes chevaux à la voiture. La crainte de ne pas réussir ajouta à ma pâleur. On me plaignit ; mais je revins vive, animée; car j'obtins ce que je demandai.

BELVAL

Que peut-on vous refuser ? Vous conviendrez que le spectacle sera fort ennuyeux pendant votre absence.

SOPHIE

Ah ! dites pendant la nôtre , monsieur Belval; je suis juste.

BELVAL

Julie doit être au désespoir.

SOPHIE

Elle ne le sait pas encore ; j aurai le plaisir de lui dire ce soir.

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BEL VAL

Vous jouez , saus doute ?

SOPHIE

Non , sûrcmenl. On ne me verra qu'après mon retour ; c'est le seul moyen de se faire désirer.

BKLVAL. •

C'est une assez bonne méthode; il y a déjà quelque temps que vous vous en servez ; car cette année-ci

Cette année.... mais j'ai joué dix à douze fois au moins.

BEL VAL

Cela est différent; aujourd'hui cependant je comptais bien sur vous. Je vous avertis que je serai d'un maussade.... prenez garde avec qui vous me laissez.... Il me vient une idée.

SOPHIE

Quoi ?

BELVAL

Vous ne^ connaissez pas ma petite campagne.

SOPHIE

Qui vous coûte tant d'argent.

BELVAL

Précisément.

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SOPII I K.

Non , je no la connais pas.

BKl-V AT..

Eh bien ! allons-y ce soir : c'est un bijou dont vous serez enchante.

SOPHI E

Avec vous seul ^

BEL VAL

Oui ; vous me craignez si peu.

SOPHIE

Soit ; à condition que vous ne vous en vanterez pas.

BELVAL

Je vous le proteste.

SOPHIE

Allons, j'y consens donc; je le veux bien.

BELVAL

Que de grâces !

SOPHI E

Ainsi vous ne jouerez pas non plus : Fierville sera détestable dans votre rôle.

BELVAL

Je l'imagine bien ; mais vous ne sauriez croire comme le pauvre garçon aime à se faire siffler. Il n'en est que plus ferme : il semble que cela le réjouit ; il sera pour moi d'une reconnaissance....

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