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et les saiiîjlots, donne quelque relâche aux acteurs et aux spectateurs, ce n'est que pour les ^'aire retomber bientôt dans un état plus cruel encore que celui d'où il les a tires.
T Hites les passions sont au contraire du domaine do la comédie, et l'acteur comique ne peut passer que pour novice dans son art, l<irsqu'il ne sait pas exprimer également les tr.insporis d'une joie folie et ceux d'un vii chagrin, la ten.lresse ridicule tl'un vieillard amoureux et la sinistre colère d'un jaloux, la noble audace d'une âme courageuse et la timidité dégradante d'un cœur pusillanime, l'admiration stupide et l'orgueilleux dédain, les extravagances de l'amour-propre blessé ou satisfait, enfin tous les mouvemens qui peuvent nous agiter.
Ce n'est pas assez qu'il puisse emprunter l'image de toutes les passions, s'il n'a pas le don de passer rapidement de l'une à l'autre. Le devoir de la comédie étant de faire naître et d'entretenir la joie, et les poètes comiques sachant que l'uniformité en est la plus cruelle ennemie , ils sont attentifs à rendre leurs acteurs, dans le cours d'une même pièce ^ quelquefois dans le cours d'une même scène , le jouet d'une infinité d'impressions contraires.
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ih.nl [une cliassr suhlfcnicnt raniro, pour rire cliassc'e clle-nicmc aussi snl)itciHcnl par une troisième.
Aruolplic dans V Ecole des Ju'/ mues éprouve en un petit n()m])re de minutes tous les contrastes que ])euvent produire en lui la curiosité de savoir ce qui interesse son amour, et la crainte d'appren(]re que son amour est tralii ; le repentir de s'être éloigne si mal à propos de l'objet de sa tendresse , et la satisfaction d'être certain qu'il n'est pas aussi malheureux qu'il croyait l'être. Lorsqu'Aguès lui avoue si ingénument qu'elle ne peut l'aimer , à combien de moiivemens divers n'est pas en proie ce jaloux , désespéré de ne pouvoir intimider ni fléchir son ingrate ! Quelle opposition d'aversion et de tendresse , d'emportement et de douceur, de fierté et d abaissement, de tristes projets de vengeance , et d'assurances comiques de tout oublier!
Si, en jouant la comédie, il importe de faire succéder dans son âme plus de difiércntes impressions , il est essentiel , en jouant la tragédie, d'éprouver plus fortement chacune des impressions qu'on est obligé d'exprimer. Chez l'acteur comique, il faut que le sendment soit un instrument plus universel ; chez
I •À'?. m; comédien.
1 acteur tragique , il faut qu'il soit plus mâle, et capable de produire de plus grauds cHets. Le premier u'a besoiu que d'uue ànic , telle que peuvent l'avoir tous les hommes ; le second en a besoin d'une qui ne soit pas dans l'ordre commun.
De là il résulte qu'on pardonne moins au premier de ne pas nous montrer dans chacune de ses positions Tespèce et le degré de sentiment qu'il doit nous faire paraître. Pour prononcer sur l'exactitude des acteurs tragiques à remplir ce devoir, nous manquons souvent d'objets de comparaison. Nous n'en manquons jamais pour juger les acteurs comiques, et en examinant ce qui se passerait dans notre cœur si nous étions dans la même situation où l'auteur place leur personnage, nous sommes à portée de décider s'ils sont de fidèles copies de leur modèle.
Cette proposition , me dira quelqu'un , ne sera point contestée. Ce que vous avez avancé sur la nécessité dont est le sentiment aux personnes de théâtre, ne peut-il l'être? Vous avez établi pour principe que sur la scène on n'exprime qu'imparfaitement une passion si on ne l'éprouve effectivement. Mais comment nous persuaderez-vous que les actrices.
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(iiii savent si bien ((.iiulrc en parlicullcr des Konlimens qn'ollcs n'éprouvent poifit , ne puissent les feindre en public, et qu'étant si habiles à se contrefaire avec des amans , elles soient incapables de se contrefaire avec les spectateurs ?
L'objection est facile à résoudre. On ne doit pas en être étonné qu'elles réussissent mieux à tromper des regards destinés h leur être favorables , qu'à se déguiser à des yeux qui ne sont ouverts que pour les examiner avec une curiosité critique. L'amour-propre de l'amant sert presque toujours fidèlement la maîtresse. Celui du spectateur ne sert pas de même la comédienne. La vanité du premier le porte à s'imaginer voir l'une telle qu'elle n'est pas ; la vanité du second lui fait craindre de ne pas voir l'autre telle qu'elle est. L'un goûte du plaisir à se laisser séduire ; l'autre en goûte davantage à montrer qu'il n'est pas la dupe du prestige , lorsque l'artifice est trop grossier pour lui faire illusion. Il consent d'être abusé , mais il veut que son erreur ait l'air raisonnable.
La maîtresse et la comédienne ont seulement cela de commun , qu'il leur sera d'autant plus facile d'emprunter les signes d'une
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passion , qu'elles seront moins dominées par une passion opposée. De ce principe il s'ensuil qu'une pei'sonne de lliéàlre ne saurait avoii' trop d'allenlion à ne donner sur elle que le moins de prise qu'il est possible aux événemens licureux ou malheureux qui lui arrivent. Quand elle s'affecte trop vivement des moindres sujets de chagrin ou de joie que lui donnent ses affaires domestiques, il est rare qu'elle s'abandonne sérieusement aux diverses impressions que ses rôles exigent d'elle. Difficilement pourra-t-elle chasser à son gré le senûmentdeccqui la touche personnellement, pour se rendre propres les sentimens de son personnage.