‹ Mémoires de MoléChapitre 49 sur 85 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Telle voix qui peut suffire dans certains rôles y ne sujjit pas dans les rôles destinés à nous intéresser.

Nous trouverions ridicule que pour jouer soit la tragédie, soit la comédie, on se présentât au théâtre sans avoir un organe convenable; qu'on se flattât, sans voix, de s'y faire entendre, et qu'on prétendît nous réduire à ouvrir les oreilles pour écouter des muets, et à voir des scènes, embellies de tous les ornemens que peut fournir l'esprit aidé du génie, devenir de froides pantomimes. Mais, pourvu que les acteurs comiques ne nous laissent rien perdre des discours que l'auteur met dans leur bouche, nous leur passons volontiers la médiocrité delà voix. Je pense même qu'il leur

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importe de n'avoir pas une voix d'un si grand volume. Ce qu'une voix g' gue du coté du volume, elle le perd du côté de la léi^èreté, et les acteurs comiques ont besoin principalement d'une voix légère et flexible. Les acteurs tragiques en ont besoin d'une qui soit forte, majestueuse et pathétique.

La comédie , même lorsque par hasard elle se propose de nous toucher, n'est obligée que de nous procurer une douce agitation. Nous attendons de la tragédie de violentes secousses. Pour les produire, elle se sert préférablement de ses principaux acteurs. Par cette raison, il faut que leur voix, propre en même temps à maîtriser l'attention, a imprimer le respect et à exciter de grands mouvemens, puisse donner à la véhémence des discours la mâle vigueur, à l'élévation des sentimens la noble fierté , et à la vivacité de la douleur l'éloquente énergie qui leur sont nécessaires pour nous frapper, p-vour nous saisir et pour nous pénétrer. Ce n'est pas assez qu'elle ébranle, il faut €Tu'eile transporte; ce n'est pas assez qu'elle impose, il faut qu'elle subjugue; ce n'est pas assez qu'elle touche, il faut qu'elle déchire.

Lorsque des personnes a qui la nature n'a accordé que de faibles organes, jouent quel-

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tjucs uns des premiers rôles tragiques, on croit entendre la tempête iïJlcyoJic^ exécutée par ces instrumens nains et astlimatiqiies dont les maîtres de danse se servent en doiniant des leçons à leurs disciples. Quelle impression au conti'aire ne fait pas un rôle destiné à remuer vivement les spectateurs, lorsqu'il est recité par une jeune actrice que le tliéàtrc français a enlevée au théâtre ljrique,et dont les accens victorieux auraient sulïi jadis aux filles de Mi nos pour faire de Thésée uu amant constant, et d'Hippolyte un infidèle!

Les acteurs qui dans la comédie représentent des personnes de condition, n'ont pas besoin d'une voix majestueuse, mais on veut qu'ils l'aient noble.

Comme il est des physionomies de distinction, il est, si je puis m'exprimer ainsi, des voix de qualité, des voix au son desquelles, sans voir les personnes qui parlent, on juge que ce ne sont pas des personnes du commun. Sans doute celles de la plus haute naissance n'ont pas plus le privilège d'avoir une voix imposante que celui d'avoir une figure respectable; mais quand l'art se propose d'imiter il est obligé de choisir ses modèles, et de ne nous présenter dans chaque genre que les copies

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des originaux les plus dij^nes de nous plaire.

La voix d'un comique doit être noble, s'il joue le rôle d'uii homme de condition; elle doit élre intéressante, s'il joue le rôle d'un amant : les armes que des inflexions touchantes fournissent au sentiment, sont encore plus puissantes que celles qu'il emprunte des expressions les plus énergiques. Les discours ne font impression sur le cœur que par le canal de l'esprit. Un parler gracieux agit directement sur le cœur. Il est des organes favorisés de la nature qui auraient le secret de nous émouvoir, quand même nous ne pourrions attacher aucune idée déterminée aux sons qu'ils proféreraient, et peut-être nous est-il arrivé d'être plus sensibles aux plaintes d'une personne dont nous ignorions la langue qu'à tout ce qu'on nous a jamais dit dans la langua que nous possédons le plus parfaitement.

S'il suffit , dans la comédie , que la voix des amans soit intéressante , il est nécessaire que celle des amantes soit enchanteresse. Nous leur désirons ces tons persuasifs avec lesquels une belle peut faire tout ce qu'elle veut du spectateur, et obtenir tout ce qu'elle exige d'un galant. Les charmes de la voix peuvent ^enir lieu de plusieurs avantages. En plus

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d'une occasion, la sccluclioii des oreilles l'a

emporté sur le témoignage des yeux, et telle

personne à qui nous refusions nos hommages

rsque nous ne faisions que la voir, nous a

aru les mériter seule lorsque nous l'avons

ntendue. (i)

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