DES SIXOUKS QUE LES COMEDIENS DOIVENT EMPRUNTER DE LART
Il résulte des remarques contenues dans la première Partie de cet ouvrage, que peu de personnes sont en état de paraître sur la scène, et qu'il en est encore un moindre nombre à qui il convienne d'y remplir les principaux emplois. C'est à quoi la plupart des sujets qui se destinent à jouer la tragédie ou la comédie , ne font presque aucune réflexion. Souvent ils ne devraient pas plus songer à contribuer à nos amusemens , que des asthmatiques à remporter le prix de la course , et cependant ils se présentent hardiment dans la carrière. Non seulement plusieurs y entrent sans avoir aucune des dispositions nécessaires pour y être admis, mais souvent le moindre soin de ceux qui sont doués de ces dispositions, est de les mettre à profit pour s'y distinguer. Souvent s'ils sont applaudis dans deux ou trois rôles, et s'ils ne sont pas sifïlés dans les autres.
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ils pensent avoir tout ("ail pour noire salisCaction et pour leur i^loire.
Nous ne pouvons nous ilaller d Ohlii^er les comédiens qui ne sont pas nés pour leur profession , d'y renoncer. Nous ne pouvons même nous flatter d'empêcher qu'elle ne soit embrassée dans la suite par beaucoup d'autres qui ne seront pas plus dignes de nous plaire. Ne nous flattons pas non plus d'inspirer une noble émulation à ceux qui ne sont touches que d'un vil intérêt, et qui, n'ayant pas plus d'amour pour leur art que de respect pour le spectateur, viennent sur la scène se dél;arrasser de leur rôle, comme d'un fardeau dont ils sont impatiens de se délivrer.
En cherchant à prouver la nécessité dont il est aux acteurs, soit tragiques, soit comiques, d'avoir reçu plusieurs présens de la nature, je n'ai point écrit pour les personnes qui, persuadées, aussi bien que moi, qu'elle ne les a pas formées pour le théâtre, s'obstinent cependant à se donner en spectacle. Je me suis proposé seulement de dissiper l'erreur de celles qui croient qu'il suffit, pour être comédien, d'avoir de la mémoire, et de pouvoir parler, marcher et gesticuler.
En m'elîorcant de montrer combien les
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comédiens doivent étudier pour arriver à la perfection de leur art, je ne songe point à vaincre la paresse de ceux qui sont ennemis de l'application et du travail. J'ai pour objet de dessiller les yeux aux débutans qui s'imaginent qu'on peut, en se dormant une médiocre peine, jouer la comédie et même la tragédie. Je veux en même temps essayer d'indiquer a ceux qui désirent et qui peuvent espérer de jouer l'une ou l'autre avec succès, les talens dont ils ont besoin pour mériter nos suffrages.
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CHAIMTRE PUEMIER.
En quoi consiste la vérité de la représentation.
Les fictions dramatiques nous plaisant d'autant plus qu'elles sont plus semblables à des aventures réelles , la perfection que nous désirons le plus dans la représentation, est ce qu'au théâtre on nomme vérité.
On y entend par ce mot le concours des apparences qui peuvent servir à tromper les spectateurs. Elles se divisent en deux classes. Le jeu des acteurs produit les unes; les autres sont étrangères à ce jeu , et elles sont l'efTet de certaines modifications qui se trouvent dans le comédien, ou nous les devons au travestissement qu'il emprunte, et à la décoration de l'endroit où il joue.
Les apparences du premier genre, c'est-àdire celles qui naissent du jeu théâtral, sont les plus importantes à l'illusion , et ce sont aussi celles dont l'examen appartient le plus intimement à mon sujet. Elles consistent dans l'observation parfaite des convenances. Le jeu d'une personne de théâtre n'est vrai qu'autant
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ijii'oii y aperçoit tout ce qui convient à l'^ige, à la condition , au caractère et à la situation du personnaj^e. Vous cliargerez-vous du rôle de T.icandre dans le Gloneuoc? nous ne vous prendrons point pour ce vieillard , si nous ne voyons pas en vous l'air grave d'un homme mûri par les années. Licandre est homme de condition : vous ne lui ressemblerez point si vous nej oignez à la gravité les manières nobles. Il hait l'orgueil et le faste ; son personnage n'est point rendu, si vous ne conservez une aimable simplicité, même dans les occasions où il ne peut se dispenser de faire valoir ses prérogatives. Enfin il est justement attristé des malheurs de sa fille et des défauts de son fils : l'image que vous nous présentez de lui est fausse, si vous ne nous peignez fidèlement le chagrin dont est afïécté ce père malheureux. Un acteur qui se propose de représenter les effets d'une passion, ne doit donc pas, s'il veut jouer avec vérité, se contenter d'emprunter les mouvemens que cette passion excite également chez tous les hommes. Il faut qu'elle prenne chez lui la forme particulière qui la distingue dans le sujet dont il entreprend d'être la copie. La colère d'Achille n'est pas la même que celle de Chrêmes, et la dou-
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leur d'Ariane est diflorente de celle d'une bour ii;eoise qui pleure rinlidelllé de son amant.
L'expression doit , ainsi que les niouveniens, varier selon le personnage. Chez un jeune homme, l'amour éclate en transports impétueux; chez un vieillard, il a coutume de ne se manifester qu'avec plus de circonspection et de mcnagemens. Une personne d'un rang supérieur mot dans ses regrets, dans ses plaintes, dans ses menaces, plus de décence et moins d'emportement qu'un homme sans naissance et sans éducation. I/aflliction causée par la perte d'un trésor se peint sur le visage d'un avare avec des couleurs tout autrement vives que sur celui d'un prodigue, et le glorieux ne rougit pas de la même façon que rhomme modeste.
La vérité de l'expression dépend de la vérité de l'action et de la vérité de la récitation.