‹ Mémoires de MoléChapitre 58 sur 85 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

La ira ^c die dcmande-t-cUe d^êtrc déclamée?

Peut-être de toutes les questions sur l'art du comédien n'en est-il aucune sur laquelle on soit moins d'accord. Les opinions ne sont partagées que parce qu'on se forme différentes idées de la déclamation , et parce que plusieurs personnes la prennent pour cette récitation ampoulée, pour ce chant aussi déraisonnable que monotone , qui, n'étant point dicté par la nature, étourdit seulement les oreilles, et ne parle jamais ni au cœur ni à l'esprit, (r)

Une telle déclamation doit être bannie de la trae^édie ; mais en avançant que les vers tragiques ne peuvent être récités trop naturellement, les connaisseurs n'ont garde de proscrire la majesté du débit, lorsqu'il est à propos de l'employer. Il faut éviter avec soin

(i) Autrefois cette façon vicieuse de jouer les pièces tragiques a été plus commune qu'elle ne l'est aujourd'hui. Nous sommes redevables de ce changement à Baron et à mademoiselle Lecouvreur.

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la rccitatioii troj) faslncuso, I ou les les fois qu'il ne s'ajrit que (l'exprimer des sentimens : il faut l'eviler aussi dans les récits simples et dans les discours de pur raisonnement. Eu plusieurs autres occasions , le débit pompeux est admis et même nécessaire. Par les mêmes raisons pour lesquelles des personnes qui dans la comédie désapprouvent les vers , ne les trouvent point déplacés dans la tragédie , nous voulons en général dans la seconde une prononciation plus imposante que dans la première. Lorsqu'on nous lit un ouvrage, nous ne sommes pas contens si le lecteur ne règle pas son ton sur la nature de ce qu'il lit, et nous passons même dans la conversation le ton oratoire, dès que l'importance et la gravité du sujet ne sont pas audessous de ce ton. La majesté de plusieurs morceaux des pièces tragiques exige donc que les acteurs les débitent majestueusement. D'ailleurs la pompe du débit nous blesse d'autant moins que la supériorité du personnage est plus marquée. Regardant les anciens héros avec respect , et presque comme des hommes d'une autre espèce que nous , nous ne sommes point surpris qu'ils prennent de temps en temps un ton supérieur au ton ordinaire.

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FiC débit pompeux est surlont convenable pour certains endroits des tragédies dont les evencmens sont empruntes des temps fabuleux. Sans doute, dans ces pièces il ne faut pas plus que dans les autres outrer la nature, mais il faut nous la montrer avec toute sa magnificence. Une puissante magicienne , telle que Medee, est supposée avoir quelque cbose au-dessus de Ibumain. Quand elle ne veut que rappeler un époux volage , elle peut et doit parler comme les autres femmes; quand elle évoque la triple Hécate, quand avec ses dragons ailés elle traverse les airs , elle doit tonner.

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