‹ Mémoires de MoléChapitre 59 sur 85 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

De quelques uns des obstacles qui nuisent à la vérité de la récitation.

Un des principaux est l'habitude qu'ont plusieurs personnes de théâtre de forcer leur voix. Dès qu'on ne parle pas de son ton naturel, on ne peut que difficilement jouer avec vérité, (i)

(i) Ajoutez que si l'on a quelque imperfection dans

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La nionoloiiio csl un aulrc obstacle qui empoche la récital ion d'élre vraie. Il y a trois sortes de monotonie, la persévérance dans la même modulation, la ressemblance des chutes finales, et la répétition trop fréquente des mêmes inflexions. Le premier de ces défauts est également commun parmi les acteurs tragiques et parmi les comiques. Plusieurs sont montés constamment au même ton, ainsi que ces instrumens dont on se sert pour instruire certains oiseaux à siffler. Les acteurs tragiques sont plus sujets que les comiques au second défaut : ils ont coutume de finir chaque phrase à roctave en bas. Plus d'une actrice qui pouvait obtenir un rang distingué dans la tragédie, n'y paraît que médiocre aux connaisseurs par cette uniformité. Rarement a-t-on lieu de reprocher aux acteurs comiques la troisième espèce de monotonie; mais les tragiques ont beaucoup de peine à s'en garantir. La nécessité dans laquelle ils sont de temps en temps de prononcer majestueusement une longue suite de vers, les expose à cet inconvénient.

l'organe , elle devient plus sensible. Telle voix qui dans son médium n'est point désagréable, devient, lorsqu'elle en sort, insupportable à l'oreille.

Cv serait lairo injure même aux ])lns novices que de les avertir d'éluder, autant qu'il est possible, le repos de la césure. 11 n est un écueil que pour les comédiens qui, sarjs jufi;enient et sans goût , sont plus attentifs au nombre des syllabes qu'à la marche et à la liaison des idées; mais comme la poésie est la langue naturelle de la tracjédie, les acteurs tragiques ne sont point obligés , comme les comiques, de faire toujours disparaître la rime. Pour l'ordinaire même, quand ils lo voudraient, ils ne le pourraient pas. I.a suspension marquée du sens les contraint fréquemment de s'arrêter à la fin de chaque vers, et cela produit une espèce de cliant. On y remédie en abrégeant ou en prolongeant la suspension selon les circonstances, en ne prononçant point les vers dans des temps égaux, et en ayant l'habileté de réciter avec simplicité ceux qui ne doivent point être débites avec pompe.

Nous pouvons aussi compter, au nombre des causes de la fausse récitation de certains acteurs, leur goût dominant pour une manière particulière de jouer. Souvent ceux qui ont Fart de toucher veulent porter partout cet art , et parce qu'ils ont de la grâce à ré-

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