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paiidre des Urnios, ils sont lonjoiirs dans le ton pleureur. Eu vaiu la tendresse a-t-elle plusieurs caractères; ces acteurs n'ont jamais que la même façon de l'exprimer. Ne montrant que de la mollesse et de rafï'éterie, où il faudrait montrer de la force et de la dignité, ils poussent des soupirs lorsqu'on leur demande de mâles transports, et ils se plaignent en bergers lorsqu'il serait question de se plaindre en rois.
D'autres^ plus sensibles que judicieux, ne savent point modérer à propos les mouvemens qu'excite en eux la principale situation de leur personnage. Ils emploient dans toutes les scènes la même véhémence, et pour donner plus d'énergie à leur jeu , ils y mettent moins de vérité. Quelque violent que soit l'amour d'Enée pour Didon , ce héros ne doit point vis-à-vis de son confident, même en lui parlant de ses feux, faire éclater la même vivacité que vis-à-vis la reine de Carthage. Pénélope est sans doute plongée dans une profonde tristesse jusqu'au retour d'U- Ijsse; mais une actrice spirituelle s'apercevra que la tragédie de l'abbé Genest diffère des autres tragédies. Plus cette pièce approche de sa fin, plus les alarmes de l'héroïne dimi-
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umiil. Dniis le premier acte, Pénélope a tout Il la fois à pleuier l'absence crun fils et celle d'un époux. I.e premier lui est rendu au second acte. Pou après avoir recouvré Télémaque, elle apprend qu'Ulysse respire encore. Lorsqu'elle ne crainl plus que l'infidélité de son époux, sa douleur ne doit point parler du même ton que lorsqu'elle appréhendait pour les jours de ce prince.
11 n'est pas ordinaire que les personnes qui possèdent leur art tombent dans les fautes dont nous venons de parler; mais quelquefois au lieu d'emprunter les sentimens de leur personnage, elles lui prêtent leur propre manière de sentir. Jusqu'à présent peu d'actrices ont fait parler Chimène du vrai ton qui lui convient. En représentant ce personnage les unes donnent trop d'avantage à l'amour sur la nature, les autres en donnent trop à la nature sur l'amour. Dans leur bouche la maîtresse du Cid n'est qu'amante, ou elle ne l'est pas assez. Selon que, dans une situation pareille à la sienne, elles se laisseraient plus entraîner par leur passion pour leur amant ou par le tendre respect pour le souvenir d'un père que cet amant aurait privé de
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la vie, elles (ont de leur héroïne ou une fille sans naturel, ou une froide anianle chez qui la réflexion rè^le tous les niouvemens du cœur. Ce n'est plus cette Chimène également vertueuse et passionnée, désolée par la mort d'un père, et tyrannisée par son amour pour Rodrii^ue , assez courageuse pour demander la mort de ce jeune guerrier, mais trop tendre pour ne pas craindre de l'obtenir.
Si le jeu des personnes qui possèdent leur art n'est pas toujours vrai , combien de contre-sens ne remarquera-t-on point dans le jeu de celles qui ne sont point exercées, surtout de celles qui sont privées de la culture que donnent la fréquentation et l'étude du grand monde ! Dans la seconde scène de la tragédie de Britannicus , des comédiens débiteront convenablement le premier discours que Burrhus tient en abordant Agrippine. Ils copieront sans peine le ton respectueux avec lequel il répond à cette princesse.
César pour quelque temps s'est soustrait à nos yeux. Déjà par une porte au public moins connue , L'un et l'autre consul vous avaient prévenue, Madame; mais souffrez que je retourne exprès. . . .
Ignorant l'art de faire changer un discours
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i\v nature par la manière de le prononcer, ils eelioueroiit dans les vers suivans :
Je ne mVtais chargé , dans cotte occasion, Que d'excuser César d'une seule action; Mais puisque, sans vouloir que je le justifie , Vous me rendez garant du reste de sa vie , Je répondrai, Madame, avec la liberté D'un soldat qui sait mal farder la vérité. Vous m'avez de César confié la jeunesse, Je l'avoue, et je dois m'en souvenir sans cesse; Mais vous avais-je fait serment de le trahir. D'en faire un empereur qui ne sût qu'obéir?
De quoi vous plaignez-vous, Madame? On vous révère ; Ainsi que par César on jure par sa mère. L'empereur, il est vrai , ne vient plus chaque jour Mettre à vos pieds l'empire, et grossir votre cour; Mais le doit-il , Madame ? . . . .
Vous le dirai-je enfin? Rome le justifie. Rome, à trois affranchis si long-temps asservie, A peine respirant du joug qu'elle a porté, Du règne de Néron compte sa liberté.
Pour rendre ces vers avec toute la vérité qu'ils demandent , le comédien avec les spectateurs d'un certain ordre aurait besoin de la même finesse d'esprit et de sentiment qui aurait été nécessaire à Burrhus avec Agrippine. Si vous n'employez pas le ton ferme qui convient au caractère de ce ministre ,
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toute la force du discours et par conséquent sa principale beauté s'évanouit. Si en employant ce ton vous ne faites pas sentir les égards que Burrhus doit à la mère de son empereur, ce discours devient trop dur. On aime à retrouver dans le gouverneur de Néron la noble candeur d'un militaire qui n'a point appris à la cour l'art criminel de flatter; mais on serait blessé de ne pas reconnaître en lui la prudence d'un courtisan qui , au moment même qu'il consent de s'exposer à déplaire, s'efforce de déplaire le moins qu'il lui est possible. On veut qu'il soit sincère, mais en même temps on veut qu'il soit adroit. On trouve bon qu'il fasse entrevoir à Agrippine qu'elle a cessé de régner, mais il convient qu'en annonçant à cette princesse qu'il n'a plus la même soumission pour ses volontés, il conserve le même respect pour sa personne.
Ce que nous attendrions de Burrhus nous l'attendons du comédien. Nous exigeons qu'il récite les six premiers vers avec la modeste retenue d'un homme que la nécessité seule détermine à dire la vérité, et non avec l'emportement d'un censeur atrabilaire qui la dit
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par humeur. Nous désirons surtout qu'il diluiriue par radoucissemeut de sa voix l'api été de ce discours :
Mais vous avals-je fait serment de le trahir, D'en faire un empereur qui ne siil qu'obéir?
Dans les vers suivans, qu'il ait moins de circonspection , à la bonne heure ; mais qu'il se souvienne du rang d'Agrippine lorsqu'il ajoute : De quoi vous plaignez-vous , madame? Qu'à cet endroit, Mais le doit-il, etc. , il s'attache particulièrement à paraître avoir pour objet de persuader cette princesse, non de l'offenser ; de prouver l'injustice de ses prétentions, non de les tourner en ridicule. Les derniers vers sont les plus embarrassans, parce qu'ils contiennent une satire piquante du gouvernement de la mère de Néron. On peut leur donner un air moins injurieux en empruntant le ton d'un sujet zélé qui ne les prononce qu'avec regret , et en ayant attention avant et après ces mots : J^ous le dirai-je enfin? d'affecter d'être incertain si l'on continuera de parler.