CHAPITRE Vllf
j^vec quelle perfectioîi iljaudrnit que les pièces fussent sues des comédiens ^ pour être jouées avec une entière vérité.
Plus nous avançons dans l'examen de l'art de représenter les ouvrages dramatiques, plus on reconnaît combien l'esprit de discussion et d'analyse est nécessaire aux acteurs. On doit reconnaître en même temps combien ils ont besoin non seulement que jamais leur mémoire ne se trouve en défaut, mais encore qu'elle ne paraisse pas leur fournir les discours que nous admirons dans leur bouche.
Assez souvent, dans les pièces italiennes, les comédiens, remplissant leurs scènes à l'impromptu, nous font acheter un trait plaisant par plusieurs discours qui le sont fort peu. Cependant nous voyons ces pièces avec plaisir, parce que la vérité de la représentation nous dédommage de ce que nous perdons du côté de l'élégance du dialogue. Si nous entendons des choses moins bien dites , elles le sont du moins d'une manière plus propre à nous
lE C(»MJ'DIEN. 'X'>.n
faire illusion. 11 n'est pas douteux que les ouvrai^es dramatiques, eerils pai' \\\\ lioniiue de eenic , ne soient de heaneoup préleiahlcs à de simples canevas, lorsque? les premiers seront sus avec toute la perleclion nécessaire. Mais nos pères n'ont point vu ce prodige; selon les apparences , il n'est pas réservé à notre siècle; nous sommes con<lamnés à ne jouir au Théâtre-Français que d'un plaisir imparfait , par la faute de quelques acteurs que leur mémoire infidèle ou chancelante sert mal ou ne sert que difTicilement.
La principale attention du comédien , je l'ai dit plusieurs foi? , doit être de ne nous laisser apercevoir que son personnage. Comment y réussira-t-il s'il ne nous cache avec soin qu'il ne fait que nous répéter ce qu'il a appris? Disons plus : comment, lorsque sa mémoire travaille , pourra-t-il nous faire apercevoir même le simple comédien? Si la course des eaux destinées à former, par leur élévation ou par leur chute, l'embellissement d'une fontaine, est retardée par quelque ol)slacle dans les canaux qui doivent les distribuer, les jets et les cascades ne produisent que la moindre partie de leur effet : si les discours ne se présentent pas rapidement à l'acteur ; à me-
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sure qu'il en a besoin, il ne peut presque faire aucun usage de ses talens.
Les discours se présentent même trop tard, s'il ne se les rappelle que lorsqu'il en a besoin. II faut que sa mémoire embrasse d'un seul coup d'œil tout ce qu'il doit dire dans le moment actuel, même tout ce qu'il dira dans la scène entière , pour qu'il puisse régler ses mouvemens, ses tons et son maintien, non seulement sur le discours présent, mais encore sur celui qui va suivre.
Je vais plus loin , et je déclare aux comédiens qu'il ne leur suffit pas de savoir ainsi leurs rôles, mais qu'ils doivent savoir, du moins en partie , les rôles des autres acteurs avec lesquels ils sont en scène. Presque toujours au théâtre , avant de rompre le silence , on doit préparer son discours par quelque action, et le commencement de cette action doit précéder de plus ou moins d'instans le discours, selon les circonstances. Quand on ne sait que la dernière li^ne (i) du couplet au-
(f) Les comédiens, afin d'être avertis des instans où ils doivent prendre la parole, ont coutume d'apprendre les derniers mots de chacun des couplets de i'acteur qui leur parle.
LE COMKDIErf. 22f)
quel on doit répondre, on est expose souvent au risque de ne pas donner à sa réponse toute la préparation qu'elle demande.