CHAPITRE XL
Du jeu naturel.
Il se peut faire que le jeu d'une personne de théâtre, quoique renfermant la plupart des conditions dont il a été parlé, et par conséquent ayant les principaux caractères dont dépend la vérité de l'action et de la récitation, cependant ne soit pas naturel.
On demande si le naturel est toujours nécessaire au théâtre : cette question a besoin d'un éclaircissement : entend-on seulement
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par jeu naturel eelui (jul n'a pas l'air peiné? Tous les acteurs , soit que leurs rôles exi^rent un jeu simple , soit que ces rôles ne l'exigent pas, sont dans l'ohlij^ation de jouer naturellement (i). Les rôles qui doivent être joués avec simplicité sont à ceux d'autre espèce ce qu'est la danse terre à terre à l'égard de la danse haute. La dernière comporte des attitudes et des pas de force que ne permet point la première ; mais dans l'une ni dans l'autre nous ne voulons remarquer rien qui sente l'efTort. Un danseur ne plaît dans la seconde qu'autant qu'il paraît ne pas être plus gêné en exécutant les choses les plus difficiles, que s'il n'en exécutait que de faciles et à la portée de tous les danseurs.
Si l'on donne plus d'étendue à la signification du mot naturel, et si l'on veut qu'il dé-
(i) Il ne faut pas confondre le jeu négligé avec le jeu aise; celui-ci, bien loin d'exclure le travail, le suppose. Souvent on ne laisse apercevoir l'étude que parce qu'on n'a pas assez étudié. Entre les diverses façons de jouer avec vérité, celle qui est la plus dénuée de faste et d'appareil est quelquefois celle qui a coûté le plus de soin , ainsi que les vers qui paraissent avoir été composés avec le moins de peine sont souvent ceux qui ont été faits le plus difficilement.
2DO LE COMKUIEN.
signe rimitalion exacte de la nature commune , je prononcerai hardiment que dans certains cas un acteur deviendrait insipide en jouant toujours naturellement. Premièrement il est des r()les comiques dans lesquels on approche d'autant plus de la vérité qu'on emploie plus certaines affectations qui caractérisent le personnage qu'on représente. Tels sont ceux des deux Folles dans les Précieuses ridicules^ du Neveu de M. Purgon dans le Malade imaginaire , de M. l'Empesé dans V Aveugle clairvoyant ; secondement, il n'est pas douteux que le comédien ne puisse et même ne doive quelquefois user de charge. Cette proposition révoltera d'abord quelques lecteurs ; peut-être leur paraîtra-t-elle moins déraisonnable après qu'ils auront lu les observations suivantes :