TROISIÈME OBSERVATION
L'observation précédente peut servir à convaincre plusieurs personnes que souvent elles décident sans se rendre un compte bien exact des raisons qui fondent leur jugement. Plus d'un spectateur certainement a regardé jusqu'ici la charge comme étant dans tous les cas un défaut, et l'on voit qu'elle est souvent une perfection.
Malgré ce qui vient d'être démontré , peut-être en diverses occasions n'en jugerat-on pas plus équitablement quelques comédiens. Un acteur excellent dans l'art de jouer les valets, se livre à son feu, et se donne la comédie à lui-même. Il emploie une charge ingénieuse, et on lui fait son procès de nous avoir divertis.
Un autre acteur comique, qui pour faire rire n'a besoin que de se montrer, n'éprouve pas la même injustice. Il en a l'obligation aux rôles qu'il joue le plus ordinairement. Quoique ne chargeant qu'à propos , il charge peut-
u5S LE COMÉDIEN.
être plus coiitlnucmeiil que le comédien dont je yiens de parler , mais on ne s'avise pas de l'en blâmer, parce que ses rôles sont des espèces de grotesques auxquels la régularité des proportions n'est pas nécessaire.