‹ Mémoires de MoléChapitre 71 sur 85 · I.K COMKOH.N. 2tH · texte numérisé non relu

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îi'aclrior qui a coutume de jouer ce kMc sur le llieâtrc de Paris, et du jeu de laquelle ou peut citer plusieurs autres finesses fort audessus de celle-ci , s'arrête après le mot ce du dernier vers. Par cette suspension, elle se donne Tair d'une personne qui cherche un terme propre à designer la tyrannie du pouvoir inconnu dont elle parle. 11 semble que c'est par l'impuissance de trouver ce terme, qu'elle y substitue une expression vacjue et indéterminée, et son embarras marque la dilficulté de deviner les ressorts employés par l'amour pour unir deux cœurs qui naturellement n'étaient pas destinés l'un pour l'autre.

Baron, par un simple geste, prétait une nouvelle vivacité d'expression à ces vers que Sévère dit à Fabian :

Mais, à parler sans fard de tant d'apothéoses. L'effet est bien douteux de ces métamorphoses; Les chrétiens n'ont qu'un Dieu , maître absohi de tout , De qui le seul vouloir fait tout ce qu'il résout. Mais, si j'ose entre nous dire ce qui me semble, Les nôtres bien souvent s'accordent mal ensemble , Et, me dût leur colère écraser à tes yeux , - Nous en^ avons beaucoup pour être de vrais dieux, (i)

Je ne m'arrêterai point à vanter rinlelli-

(l) Poljeiictc, acte iv, scène vi.

•j.GH i,i; c()MKi)ii,\.

gciice avec laquelle 11 laisail sonner le mot beaucoup, dont dépend la force de l'argument. Je veux seulement faire observer par quel moyen, indépendamment de la finesse et de la justesse de ses inflexions, il captivait l'attention des spectateurs. Entre le pénultième et le dernier vers, il s'approchait de Fahian, feignant d'examiner s'il ne pouvait être entendu ; et, comme pour obliger son confident de ne pas perdre un mot de la fin du discours, il mettait une main sur l'épaule de Fabian avant de prononcer :

Nous en avons beaucoup pour être de vrais dieux.

Certains délicats de son temps ont prétendu que ce comédien dans la tragédie avait l'action trop familière. J'avoue qu'il tombait quelquefois dans ce défaut. Mais souvent on condamnait mal à propos en lui, comme trop voisins de la familiarité , des gestes et des tons sans lesquels son jeu n'aurait pas eu l'extrême vérité qui le distinguait. Un ton, un geste sontils vrais , sont-ils expressifs , ne dégradent-ils ni le personnage qui parle, ni celui avec qui il s'entretient , employez-les hardiment sans craindre de blesser la majesté de la tragédie.

Le comédien habile ne croit pas que les

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finesses de son art se horneiil an talent de prêter des ornernens aux ouvrages dramatiques. 11 tache d'en sauver les défauts.

Cela ne lui est pas toujours possible : quelques uns ne peuvent se pallier. De celte espèce sont certaines expressions communes ou surannées qui se rencontrent dans les pièces du grand Corneille. On devrait pour toujours en retrancher ces taches, et les gens sensés aimeraient mieux voir plusieurs de ses vers tronqués, ou même entièrement supprimés, que de le voir exposé aux froides railleries des spectateurs d un esprit superficiel. Ces prétendus Aristarques, peu capables de s'occuper long-temps d'un grand intérêt, en sont facilement détournés par les ol jets de la moindre importance. Dans la scène la plus majestueuse et la plus pathéticjue , perdant de vue les beautés supérieures dont elle est remplie, ils fixent leur attention sur une imperfection légère, qui souvent n'eu est une que parce que la langue et les usages ont chano[é.

A la place des comédiens, je ne supprimerais pas seulement quelques vers de Corneille; je rajeraisde plusieurs pièces un grand nombre de déclamations inutiles qui font languir les scènes et refroidissent le spectateur. Je por-

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lerais p^us loin la hardiesse, et je prendrais pour des rôles entiers la liberté qu'ils ont prise pour celui de l'Infante dans le Cidy et pour celui de Tjivie dans Cinna. Si je ne pouvais par moi-même remédier aux fautes d'un auteur, j'aurais recours aux personnes qui exercent son art. J'engagerais quelques poètes assez modestes, s'il en est, pour se donner la peine de perfectionner les ouvrages des autres , à corriger divers discours défectueux, mais pourtant nécessaires, et surtout à couper le dialogue dans les endroits où naturellement un personnage doit être interrompu par celui à qui il parle.

Sans doute il serait à souhaiter qu'on fît ces changemens dans diverses tragédies et dans diverses comédies , mais souvent elles peuvent s'en passer lorsqu'elles sont jouées par de grands acteurs. Il faut qu'un défaut soit extrêmement marqué pour qu'ils ne trouvent pas le moj'Cn de le faire disparaître.

L'auteur fait-il parler trop longuement le personnage avec lequel ils sont en scène? ils se gardent bien d'imiter ces actrices qui se persuadent que dès qu'elles n'ont rien à dire , elles son dispensées de prendre part à l'action de la pièce, et qui pendant ce

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temps s'amusent à paicourir des j eux la salle et rassemblée. Par leiii- jeu muet ils ont Tait de parler, même pendant que Tauteur les condamne au silence.

Les discours qui leur sont adressés ne sont-ils pas trop longs, mais ce défaut se trouve-t-il dans ce qu'ils ont à répondre ? ils savent abréger une ennuyeuse tirade par la rapidité avec laquelle ils en débitent une partie, et par l'air d'importance qu'ils donnent à l'autre. Ce dernier article est un de leurs principaux soins : pourvu qu'il ne soit pas impossible de faire valoir un vers, ils possèdent le secret de donner aux plus faibles de la noblesse et de lénertrie. Tout se rectifie dans leur bouche : dès qu'ils le veulent, une pensée fausse semble acquérir de la justesse, et un sentiment peu naturel rentrer dans l'ordre de la nature.

J'ai donné le nom de mae[ie à la déclamation, et en la voyant nous conduire à nous aiîliger de pompeuses chimères , quelquefois plus sincèrement que ne feraient plusieurs d'entre nous pour desévénemensqui intéresseraient leurs parens ou leurs amis, on ne m'accusait pas de la décorer d'un titre trop fastueux. On m'en accusera encore moins à l'inspection du nouveau tableau que je viens de présenter.

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.lusqii'ici nous avons considéré les finesse^» «le l'art du comédien , seulement par rappoil à ce qui constitue leur essence. Nous allons les considérer par rapport à leur différente destination : les unes appartiennent particulièrement au tra<5ique ; les autres ne conviennent qu'au comique.

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