‹ Mémoires de MoléChapitre 74 sur 85 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Règles à observer dans V usage des finesses.

Par divers exemples que j'ai rapportés, il est aise de s'apercevoir que plusieurs finesses contribuent seulement à rendre la représentai ion plus agréable. Autant qu'il est possible elles doivent, de même que celles qui sont destinées à la rendre plus vraie , naître naturellement des suppositions établies par l'auteur, et lorsqu'elles n'ont pas cet avantage on désire du moins qu'elles ne paraissent pas trop recherchées.

Surtout il ne faut point vouloir donner de l'esprit à la personne que vous représentez, lorsqu'elle est censée devoir n'en point avoir ou n'en avoir que peu. Il ne faut pas non plus employer une finesse qui suppose dans le personnage une entière liberté de raison, lorsque le trouble qui l'agite ne lui permet pas d'avoir une certaine attention à ce qu'il fait et à ce qu'il dit.

Ces deux règles sont fondées sur une qui est la base de toutes les autres. Quand on ne

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peut nicllrc de (incssc sans nuire à la vérité, il est essentiel de préférer le jeu vrai au jeu fin.

A celte maxime j'ajouterai celle-ci. 11 est plus sage de n'employer aucune finesse que d'en hasarder de manquées. En fait d'impressions agréables , nous aimons mieux n'en point éprouver que d'en éprouver d'imparfaites.

Quelquefois pour vouloir jouer trop finement un rôle, on le joue moins bien. Les traits ingénieux ne réussissent qu'autant qu'ils partent de source, et l'on ne commande pas toujours au génie. Dispensant librement ses richesses, il ne les accorde jamais à qui veut les obtenir de force. Quand il refuse d'aider les comédiens ils ne doivent point songer à lui faire violence.

Pourvu que leur jeu soit vrai, il plaira suffisamment au plus grand nombre. Montmeny qui représentait si admirablement l'Avocat Patelin, le vieux débauché dans Turcaret , le valet dans les Bourgeoises à la mode y M. deLormedans les Trois Cousines y et en général tous les paysans, jouait très médiocrement le rôle du Philosophe marié. Pu moins y était-il fort inférieur à l'acteur

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iiigémeux qui le premier a représente ce personnage, et à un autre comédien (i) appelé de la province pour réparer une des plus grandes pertes que le théâtre de Paris ait faites. Cependant, parce qu'il était toujours vrai et naturel, il était applaudi par la multitude dans ce rôle comme dans les autres , et peut-être l'aurait-il été moins si, en forçant son génie pour jouer avec plus de finesse, il se fut exposé à jouer avec moins de vérité.

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