DISCOURS D'OUVERTURE
Prononcé par Mole en 1776.
Messieurs,
Le suffrage public a de tout temps été le vrai mobile des arts. 11 en est le principe et la récompense. Pour obtenir ce prix honorable, rien n'a paru impossible à qui était vivement animé par le désir louable de le mériter : tel est, vous le savez, Messieurs, le pouvoir de cette émulation victorieuse, l'âme de tous les talens. Elle les élève audessus d'eux-mêmes, et, dans le courage qu'elle leur inspire pour entreprendre , elle leur fait trouver les moyens de réussir. C'est ce qu'ont heureusement éprouvé ceux dont vous avez jusqu'ici couronné les travaux. Le but qu'ils ont atteint nous y aspirons tous
DE MOLE
avec la me me ardeur, el nous osons conipiei* pour y parvenir sur les f.oins assidus d'un zèle que rien ne peut horner ni ralentir. Aides des secours de plusieurs de ces hommes recommandables par leur génie, et que la nature a choisis pour acquérir, par notre organe, la célébrité que donnent vos suflVages, nous voyons encore de nouveaux moyens de remplir par eux tous les projets de notre ambition. Ne la désapprouvez pas , Messieurs ; elle est utile à vos plaisirs, elle ne nous en devient que plus précieuse.
En vous faisant part de nos regrets les plus sensibles , je vais aussi exciter les vôtres. Vous les accorderez sans doute à M. Grandval, que nous venons d'avoir le malheur de perdre pour notre théâtre; c'est le dernier salaire dont vous honorez le mérite : il a droit d'espérer de votre justice cette flatteuse consolation. En s'attirant vos applaudissemens , cet excellent modèle enseignait les véritables moyens de les mériter ; mais vos lumièi^es nous restent. Éclairé par elles, il s'est rendu digne enfin de vos regrets. Ce sont elles que nous consulterons pour les adoucir, s'il est possible.
Nous allons remettre sous vos yeux le coup
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d'essai (i*un auteur que vous avez juge digne d'un accueil dislingud (la trag(klie <]e Zarucma). Ce n'est pas pour l'aulcur que je réclame aujourd'hui vos bontés, dont il a reçu déjà lui gage si flatteur; c'est pour moi à qui il a confié, en l'absence du sieur Lel^ain, le rôle important où vous avez applaudi les talens de cet acteur, favorisé à juste titre de votre bienveillance. Je ne sens que trop le danger du devoir que j'entreprends de remplir; mais rien ne peut mettre obstacle aux efforts de mon zèle, et tout me répond de votre indulgence» Si votre goût daigne éclairer ma docilité, peut-être aurai-je le bonheur de vous offrir un jour avec succès le fruit de vos leçons. Des talens qui seraient votre ouvrage, devenus plus agréables à vos yeux, n'en seraient que plus chers à mon cœur.