XC\'U
finances dans la généralité de Caen. A la fin de i6go, Foucault fit établir une élection à Saint-Lô. En 1690 et 1691, il s’occupa activement de la vente de quelques navires anglais pris ou échoués sur la côte avec leur cargaison. Il en empêcha le pillage, et se plaint beaucoup de la négligence des olficiers de l’amirauté, qui auraient laissé tout perdre s’il eût déjiendu d’eux. 11 jugeait en même temps des contrebandiers qui faisaient un commerce journalier avec Jersey et Guernesey. En 1704, il fit établir à Bayeux un tarif d’octroi comme à Alençon , en remplacement de la taille. La même année et la suivante, il fit le département des tailles pour la généralité de Rouen, eu remplacement de l’intendant d’Herbigny, décédé. 11 en avait gardé, sur l’état de cette généralité, des mémoires qui, malheureusement, ont été perdus.
C’est aux visites des généralités, qui continuèrent d’avoir lieu après la mort de Colbert, qu’on doit rapporter les Mémoires sar les généralités qui furent envoyés à la cour par tous les intendants en 1698 '. Ce travail leur avait été demandé lors de la paix de Ryswick, en 1697, par un ordre du roi, accompagné d’une instruction détaillée * qu’avaient rédigée le duc de Deauvilliers, gouverneur des enfants de France, et son royal élève, le duc de Bourgogne. Ils instituaient ainsi une vaste enquête que les événements empêchèrent d’aboutir à des réformes, et qui ne servit qu’à l’instruction personnelle de l’héritier du trône. Les copies manuscrites de ces Mémoires ne sont pas rares; ils ont, d’ailleurs, été analysés avec soin et fidélité par le comte de Boulainvilliers, dans son État de la France. Le
' Le Mémoire de Foucault lur la généralité de Caen (t roi. in>fo). fonds Mortemart, Mss. Bibl. impér.) porte la date de 1698. Il est donc probable que ce fut en aTiil 1 699 , et non en avril 1 700, comme
le prétendent les Mémoires, que l'auteur en fut remercié par le duc de Beauvilliers au nom du duc de Bourgogne.
’ Cette iostrucUoD est publiée en tête de VEtai de ta France, de Boulainvilliers.
xcviu INTRODUCTION.
M(?^nioire de Foucault y est résumé comme les autres'; mais Boulainvilliers a joint à son analyse une critique qui nous parait injuste et exagérée. Il accuse l'intendant de Caen d'avoir fait faire son travail par ses subdélégués, et • de n’avoir pas
• pris la peine de lire ce qu’il envoyoit à la cour '^ • Ailleurs encore*, il lui reproclie de la bassesse dans les expressions et dans les observations, des disparates dans le style et la méthode, et attribue aux préoccupations causées par • l'amour de « l’étude et des lettres » l'inapplication qui a fait de ce Mémoire « le plus imparfait qui ait été coniposé et celui qui répond le
• moins aux intentions du prince. •
Four nous, en comparant ce Mémoire avec les autres, nous n'avons point été frappé de son infériorité. Il nous a paru contenir à peu près tous les renseignements qu’on demandait, sauf les critiques sur l'administration que l’instruction aurait voulu obtenir, mais dont tous les intendants s’abstinrent, par la raison qu’ils n’étaient pas tentés de s’accuser eux-mêmes. S’il faut faire une place à la critique, on peut l’accuser de prolixité, et trouver que Foucault a accordé trop de place à ses études favorites d’archéologie. Peut-être l’ennui que ces détails inutiles ont donné à Boulainvilliers est-il la cause de son jugement passionné sur l’ensemble de ce travail. Heureusement, cette mauvaise humeur n’a pas influé sur l’exactitude de l’analyse, qui est aussi complète que possible, et à laquelle nous n’avons rien à ajouter. Nous y renvoyons nos lecteurs, sans avoir besoin d’entrer ici dans plus de détails sur ce triste tableau de la basse Normandie en 1698.
' Édit, in-ia, L IV. — * P. 85. — * T. I, pr^ace, p. 5a.
INTRODUCTION
XOIX
Si. — Commercü, agriculture, grains et subsistances.
Le grand mouvement industriel et commercial suscité par Colbert s’était arrêté à la guerre de Hollande, et, par conséquent, il était passé quand Foucault arriva aux affaires; aus.sl en trouvc-t-on fort peu de traces dans ses Mémoires et dans la correspondance du ministre avec lui. Les Mémoires sont muets sur les manufactures, et la correspondance que nous publions ne contient que deux pièces où il en soit question, et d’une manière seulement indirecte : la première*, pour que les commis des manufactures «soient payés sur le sol qui se « paye pour la marque de chacune pièce d’étoffe, » afin qu’ils ne soient point à charge au commerce; la seconde ^ pour demander à Foucault son avis sur la suppression des offices d’au- . neurs, marqueurs et visiteurs de draps et étoffes de laine et de fil. Ces offices ne furent pas supprimés^.
En arrivant à Montauban, Foucault reconnut et s’empressa de mander à Colbert que la guerre avec l’Espagne avait ruiné le commerce dans la province. Déjà, depuis la guerre avec la Hollande, il avait cessé par mer et n’avait continué que par les passages des Pyrénées; la rupture subséquente avec fEspagne les ayant fait fermer, il ne restait plus de rapports qu’entre les habitants des Pyrénées espagnoles et françaises qui avaient le privilège, fondé sur d’anciennes coutumes, de continuer entre eux le commerce nonobstant les déclarations de guerre entre les deux nations. Un des principaux objets de ce commerce était le sel, que les Espagnols apportaient aux
' Circulaire de Colbert aux ioteiidanis , * D6pêche de Colbert ù Foucault, du
en date du i6 mar5 j68a,lt l'Appendice, 19 mai i683, p. 5oo. p. 478. * Ils ne l'ont été qu'en 1768.
C INTRODUCTION
montagnards français pour leurs bestiaux. Dans le langage des gabelles, cette faculté et les pays qui en jouissaient s’appelaient des lies el passeltes ou passeries. Foucault fut appelé, en 1676, à régler les limites de ce privilège, que le fermier général prétendait dépassées. Malgré l’état de guerre, il dressa avec un commissaire espagnol un projet de règlement qui fut adopté par le conseil du roi. L’affaire des lies et passeries revint sur le tapis après la paix, à cause d’un droit qu’au mépris de ces privilèges les Espagnols avaient établi sur les marchandises qui entraient de leur pays en France. De l’autre côté, un sieur Lhuillier avait proposé à Colbert d’établir un droit à l'entrée en France des sels et des huiles, qui formaient, avec les bestiaux et quelque peu de laines, les objets principaux de ce commerce. Quant aux bestiaux, leur entrée et leur sortie constituaient moins un commerce qu’une transhumance; ils passaient l’été en France, sur le versant nord des Pyrénées, et l'hiver en Espagne, sur le versant sud. Une dépêche de Colbert, du 8 juillet 1683, consulta Foucault sur toutes ces questions; mais il ne paraît pas qu’il en soit rien résulté.
D’autres dépêches de Colbert' recommandent à Foucault de s’informer • de ce qui concerne le commerce et les manu-
* factures, la nourriture des bestiaux, et généralement tout « ce qui peut attirer de l’argent dans le royaume, » étant certain « que ces enquêtes produiront toujours quelque avantage
• aux peuples et au bien de l’Etat. » 11 veut que l’intendant excite les peuples â la culture des terres et aux manufactures, qu’il examine « si le pays seroit propre à y élever des chevaux «ou des mulets, parce que c’est encore un très- bon moyen « pour y attirer de l’argent; » il promet l’assentiment et la
' Des 17 novembre 1679, 8 révrier, a8 novembre et 13 décembre 1680, p. &3q, 44 1. 459.
INTRODUCTION. ci
coopération du roi pour toutes les mesures de ce genre qu’on pourrait proposer.
Après la mort de Colbert, le gouvernement cessa de se préoccuper du commerce, et le peu de traces qu’on en retrouve dans Foucault sont des constatations de la misère croissante après la révocation de l’édit de Nantes et pendant la guerre de la ligue d’Augsbourg. C’est, en i6g4, l’impossibilité d’installer à Caen la juridiction consulaire, parce que tous les niarcbauds ont émigré comme religionnaires et que leur départ a ruiné le commerce'; et, en i6g5, la décadence de l’industrie, constatée à la foire de Caen, qui a fait pour 460,000" d’affaires de moins que l’année précédente
Quant à l’agriculture proprement dite, les dépêches de Colbert à Foucault demandent sans cesse des renseignements sur l’état des récoltes. Une circulaire du i5 mai 1681 exige qu’on lui donne avis, «tous les quinze jours, de l’opinion que • les peuples auront de toutes sortes de fruits. » On doit noter, au profit de l'agriculture, les efforts faits par Colbert, et dont nous avons parlé, pour empêcher la saisie des bestiaux.
L’intendance de Pau ne nous fournit qu’un seul document agricole. Ce sont deux dépêches de Louvois*, envoyant à
* Mémoires» p. So8. Foucaoll répète la môme chose dans son Mémoire au duc de Bourgogne sur la généralité de Caen.
Voici le passage original : • Le commerce
• a considérablement diminué depuis l'an>
• née 1 685 . que la plus grande partie des «marchands ou négocians, qui étoient re* « ligionoaires (et les plus riches ont passé
• dans les pays étrangers), ont obandonné
• le commerce, en sorte que ceux qui reS' « tent ne sont pas en pouvoir de le réta- « blir. I (Ms. de la Biblioth. imp. fol. 5 v*.]
Ce passage est reproduit presque textuellement dans Boulainvilliers , Èlal tU h France, édit. in*ia, t. IV, p. 48.
Dès i665, le lieutenant général de Caen instruisait Colbert, par une lettre du 11 février [Correspondance administratire, t. III, p. 700], que la plupart des négociants de cetio ville faisaient profession de la B. P. R.
* Mémoires, p. 3i 3.
’ Des aa avril et 3 msi )685, p. 5io' et 5 1 1 .
en INTRODUCTION.
Foucault une ordonnance du roi qui prescrivait d’interdire, sous peine de loo écus d’amende, le défrichement et le labour des prairies de son département, et de faire remettre en nature de prairies celles qui avaient été ci-devant labourées, en prenant garde toutefois que l’exécution de ces ordres ne servît de prétexte à des vexations particulières. Le motif de cette mesure n’est pas énoncé; peut-être faut-il le chercher dans les besoins de la cavalerie qu’on entretenait en Béarn.
On trouve également peu de chose sur l’intendance de Poitou. Au mois de juillet 1686, Seignelay, sans doute dans le but de conser^'er la taille aux chevaux, écrivit à Foucault d’empècher que les cavales au-dessus de treize paumes ne fussent employées comme juments mulassières. Déjà pareil avis avait été suggéré à Colbert, qui l’avait repoussé. Foucault réussit à en détourner Seignelay, en lui représentant que la production des mulets était une des principales industries du Poitou, et que les jeunes mulets de neuf mois étaient payés jusqu’à 1 5o**par les Béarnais et les Auvergnats, tandis que les plus beaux poulains du même âge ne rapportaient que la moitié de cette somme. Ayant ainsi obtenu qu’on laisserait la liberté d’action aux paysans, il fit en même temps couper et confisquer quelques petits chevaux pour contenter Seignelay.
L’ère des disettes, amenée de longue main par une série de fau.sses mesures économiques *, commence en 1686. La disette sévit en Poitou, et Foucault fait venir des grains de la généralité d’Orléans pour les faire débiter dans les endroits qui en avaient le plus besoin. En 1688, le contrôleur général Le Pelletier voulait établir des réserves de blé dans les provinces, «pour empêcher les peuples de souffrir de la disette dans
' Voj. P. Clément. Histoire de Colbert, p. 1 1 1 ; Joubleau, Etudes sur Colbert, t. II « p. 8-18.
INTRODUCTION
cm
«certaines années, > et Foucault reçut l’ordre d’examiner eu quels endroits du Poitou on pourrait établir des magasins de cette espèce. Sur l’information qu’il prit auprès des marchands de blé, la province aurait pu en mettre annuellement de côté 3o,ooo tonneaux en moyenne; mais il fallut renoncer à ce dessein, à cause d’un obstacle insurmontable, «c’est que les «blés ne se gardent point en Poitou, la vermine’ s’y mettant « au bout d’un an et souvent plus tôt, suivant les saisons. » L’intendance de Caen présente une triste suite de disettes.
La première fut celle de i6g3. Le gouvernement voulant être instruit de la quantité de blé récoltée l’année précédente, Foucault suggéra, comme moyen d’information , de s’adresser aux décimateurs. Une déclaration du roi prescrivit aux intendants de nommer des commissaires dans les élections pour vérifier l’état des grains, et un arrêt du conseil subséquent enjoignit «aux marchands, laboureurs et fermiers, de vendre « leurs blés aux termes de la déclaration du roi ’; mais, ajoute «judicieusement Foucault*, tout cela n’a été bon qu’à faire ■ renchérir les blés, les usuriers en ayant fait des magasins, et «je me suis bien trouvé d’empêcher les grands amas de blés, «mais d’en laisser le commerce libre; ce qui a fait que la « basse Normandie a moins souffert de la disette des graius «que les autres provinces.» Pour ménager le blé. Foucault interdit la fabrication de l’amidon à Caen, au mois d’octobre 1693*. La disette continuant en 1694, ü se fit quelques attroupements de paysans eu plusieurs endroits, pour empêcher les marchands étrangers d’enlever les grains dans les marchés; •
' Le charançon et surtout Talucite.
' Celle déclaralion « du 5 septembre 1693, prescrÎTail aux délentears de blés d'en porler ati moins ta moitié au marché à des époques délermiiiécs , avec inlerdic-
tion dVn traiter avec les ■ marchands et • autres faisant le commerce de grains. •
* Mém(Hrctt septembre 1693» p. 299.
* Il renouvelle la même inlerdiclion en novembre 1698.
CIV INTRODUCTION
mais ils se dissipèrent et n’eurenl pas de suite. La disette ne cessait presque plus; en 1699, elle reprit une nouvelle force. On fit beaucoup de chargements de blé de la généralité de Caen pour celle de Rouen.
S 5. — Assistance publique.
Le mode le plus simple de l’assistance publique consiste dans des remises d'impôts. C’est ce que nous voyons pratiquer par Colbert dans les cas de grêles qui, de son temps comme du nôtre, désolaient fréquemment le sud-ouest de la France'. La rudesse proverbiale du grand ministre y apparaît quelquefois. A une demande de Foucault en ce sens il répond, le 20 juillet 1680 : « Si le roi faisoit diminution de l’imposi- « tion des tailles pour les grêles qui sont tombées, il faudroit « que le roi réduisît en peu d’années la taille à rien, parce que • tous les ans il y a des grêles qui tombent, un peu plus, un «peu moins, etc.» Mais le 5 septembre suivant il s’adoucit, ou peut-être est-ce le roi qui, plus doux que lui, accorde une diminution de 3o,ooo”.
Plus tard, le même procédé de diminution des tailles vint au secours du bourg de Ducé, en basse Normandie, presque entièrement détruit par le feu^. Enfin, en 1706, 4o,ooo»* furent diminuées sur les tailles de la généralité de Caen, à cause d’un ouragan «universel dans le royaume,» qui avait bouleversé le pays, le 3o décembre 1706.
' Dépêches de Colbert à Foucault, des 6 juillet et 5 août 1679, 3 5 juillet et 5 septembre 1680, 8 et 1 4 juillet 1G83, p. 437, 43s , 433, 436, 483, 484. Le langage de ces lettres peut paraître un [>eu amphibologique, car elles parlent lantût de sommes accordées et à distri-
buer entre les paroisses grêlées , tantôt de diminutions; mais la dernière lettre citée fait bien comprendre qu'il s'agit de diminutions de tailles , accordées pour être distribuées aux paroisses qui avaient souffert de la grêle.
* Mémoires, 8 mai 1694, p. 3o4.
INTRODUCTION
Mais l’administration ne se contentait pas de venir au secours de la misère en moins prenant; elle appliquait aussi l’assistance directe. En avril 1686, Foucault reçut l’autorisation do faire distribuer aux pauvres du Poitou, «par forme d’aumône, » du blé qui lui avait été envoyé d’Orléans. Seulement, pour éviter des demandes pareilles de la part des autres intendants, il devait répandre le bruit que ce .soulagement provenait d’une amende dont le roi lui aurait permis de disposer. En môme temps, les nécessités de la misère firent créer « des ateliers publics pour faire travailler les pauvres aux che- « mins. » Les fonds destinés au Poitou furent augmentés de 20,000 ” à CCI efl‘et‘. Nous avons vu comment ces ateliers prirent fin au commencement de 1689, en face des dépenses de la guerre.
A la fin de 1G92, la misère croissante et la disette forcèrent à des mesures plus radicales, et Foucault proposa hardiment à Pontchartraiu une véritable taxe des pauvres".
Un des moyens les plus efficaces d’exercer la charité était la fondation des hôpitaux. Une déclaration du roi, de septembre 1676, prescrivait «l’établissement d’un hôpital général « dans les villes et gros bourgs du royaume^. » Foucault, d’accord avec l’évéque de Montauban, envoya à la cour un projet de lettres patentes pour commencer par en installer un dans cette ville, mais rien dans ses Mémoires ne fait supposer que cette bonne mesure ait été poussée plus loin. Les autres hôpitaux dont il est question sont dus à la bienfaisance parlicu- Hcre. Le premier est celui de Saint-Mai.xent, fondé par le duc de Mazarin'*. Le second est celui de Sainte-Marie-du-Mont,
' Mémoires, février 1686, p. i54- ' Mémoires, p. 38.
’ Ibid. ,3o déc. 169a, p. 398. H ne dit * Ibidem, septembre 1687, septembre
pas quel fut le succès de sa proposition. 1688, p. 307, a35.
INTRODUCTION
en basse Normandie; il avait été fondé par la maréchale de Saint-Géran, et augmenté par la duchesse douairière de Ventadour.
Le roi avait donné, le 25 juillet 1700 une déclaration pour purger le royaume de mendiants. Par suite de celle ordonnance, Foucault travailla avec la duchesse deVentadour à éteindre la mendicité dans la paroisse de Sainle-Marie-du- Monl, qui comptait deux cents pauvres, soit en les occupant, soit en les faisant entrer à riiôpilal. Mais celte fondation n’était pas assez riche pour les recevoir. Foucault proposa à Charnillart, comu)e il l’avait fait à Saint-Maixent, de faire convertir au profit des hôpitaux les aumônes qui se distribuaient à la porte des abbayes. 11 ne paraît pas que ces mesures aient eu un grand succès, et Foucault constate que la déclaration royale sur les mendiants ne fut pas exécutée, # les hôpitaux n’ayant « pas été en étal de les loger et de les faire subsister ^ »
s 5. — Travaux publics.
La direction des grands travaux d’utilité publique, tels que les constructions de canaux et de ponts, appartint toujours aux intendants ou è des personnes spécialement commises à cet effet par le gouvernement central. Mais il n’en était pas de même des travaux ordinaires, comme la confection et l’entretien des édifices publics et des routes : ces fonctions avaient d’abord appartenu aux trésoriers de France^; une grande partie de leur pouvoir passa peu à peu aux intendants. Dans les Mémoires de Foucault, nous voyons l’intendant s’occuper d’une foule de cas de celle espèce , mais rien n’indique jusqu’à
' Anciennes Ivis/ru/içaises ,t. XX, p. 366. ^ Voy. R. Darcsle, Origines t/a vonten-
' Mémoires, fin de 1700, p. 343. lieax administratif, p. 3i, 3a.
INTRODUCTION
quel point les trésoriers de France avaient retenu leurs attributions en face de lui.
Rivières, canaux et ponts. De 167/1 ^ Foucault s’oc-
cupa sans interruption de rendre le Lot navigable par un système d’écluses. Ce travail était terminé en i68o, et Colbert chargea alors Foucault^ de lui rendre compte de l’avantage que la province en devait retirer pour le transport des vins, denrées et marchandises. Les frais des travaux sur le Lot furent supportés par les généralités de Bordeaux et de Montauban. Il en fut de même^ pour des frais semblables que l’on appliqua à l’entretien de la navigation sur les rivières de Garonne, Tarn et Aveyron.
En juillet 167b, Foucault alla visiter les travaux du canal de Languedoc, alors en pleine construction. Il était accompagné par Biquet lui-même, qui le « régala magnifiquement. *
— En 1679, il demande l’autorisation de réparer, moyennant 4o,ooo ”, les deux ponts de Cahors, sur le Lot, qui coûteraient 200,000” à relever, si on les lais.sait tomber faute d’entretien.
— En i683 \ conjointement avec l’intendant de Bordeaux, il visite la Garonne depuis Bordeaux jusqu’à Toulouse, «pour » voir les ouvrages qu’il faut faire pour rétrécir son lit dans « les endroits où il est trop étendu, et la mettre en état de na- « vigalion pendant toute l’année. » La grande dilliculté, comme Foucault l’exprimait dans le procès-verbal qu’il envoya l’année suivante® au successeur de Colbert, était depuis Agen jusqu’au
' Mémoim , 1674, 1675. 1679, patlim; dépêche de Colbert à Foucauti, du 10 février 167g, p. 4n.
’ Dépécbe du 38 novembre 1680, p. 45g.
‘ Dépécbe de Colbert à Foucault, du a6 octobre 167g, p. 438.
* Mcmoiitt, lOel 33 août iC83,p. 89.
' Ibid. 6 juillet iC84, p- >08.
INTHODUCTION.
canal du Languedoc, le lit de la rivière se trouvant plat, large et changeant dans cet intervalle, • ce qui étoit dilTicileà guérir. » I.e changement d’intendance l’empêcha de s’en occuper davantage.
11 est question de nouveau des rivières dans l’intendance de Caen. Foucault visita la rivière de Dives, et, sur son avis, Pontchartrain lui envoya ' un arrêt du conseil pour obliger les riverains d’en élargir le canal dans les endroits où il s’était formé des atterrissements. Plus tard, en juillet 1698, Foucault visita le Couesnon, petite rivière limitrophe de la basse Normandie et de la Bretagne, pour remédier aux désordres causés sur ses bords par les inondations; c’était le flux de la mer qui en était cause, et l’on projeta de faire des digues et des épis le long de la côte, «comme on fait en Hollande. • A la même époque, on proposa à Pontchartrain de construire au petit Vey, « passage de la partie du Cotentin la plus fertile en che- «vaux et en bestiaux,» un pont qui serait «très-utile, mais «d’une grande dépense.» F.n mai 1706, on revint sur ce projet. Un nonuné Pinson proposa au roi de « rendre les pas- « sages des grand et petit Veys sans péril, • et en même temps de construire un port à la Hougue et de dessécher les marais de la basse Normandie. La concession de ces fles-séchements avait été déjà demandée plusieurs années auparavant par le inai-échal de Bellefonds; les riverains s’y étaient opposés. Les propositions de Pinson tombèrent également dans le néant; mais, en 17 lo^ le dessèchement d’une certaine quantité de marais fut effectué par quelques gentilshommes qui en étaient propriétaires, « et l’on a trouvé que c’étoit l’avantage du public « et des possesseurs desdits marais. »
' Mémoira, septembre i6gi, p. 377. — ’ Ibid. p. 36g.
INTRODUCTION
Chemins. Nous ne trouvons, à cct égard, dans les dépéclies de Colbert, que celte recommandation générale : « Appliquez- « vous à bien examiner tout ce qui concerne les grands che- « mins et les réparations qui pourront être faites l’année pro- « chaine K » Les Mémoires eux-mêmes ne contiennent aucune trace d’un entretien des routes suivi d’une manière continue par l’intendant. Dans la généralité de Montauban, on le volt seulement faire exécuter, en janvier 1676, sur un ordre du roi et moyennant une dépense de 1,200 des réparations aux bains et aux chemins de Baréges, « à l’occasion du voyage que « M. le duc du Maine, conduit par madame de Maintenou, y « a fait pour l’allongement des nerfs d’une jambe dont il est «boiteux.» En 1686, une occasion analogue fut sur le point de se produire. On avait conseillé au roi les bains de Baréges pour la guérison de sa fistule. Le 22 mai, Louvois écrit à Foucault de faire réparer les chemins de la généralité de Foitiers par où le roi et la cour doivent passer, de donner les ordres nécessaires pour que les moins bons passages soient accommodés sans grands frais, seulement en élargissant les routes, « de manière qu’il y ait au moins douze ou quinze pieds « de passage, et que, .s’il y a des bourbiers qui ne puissent pas « être raccommodés solidement, l’on ouvre les haies pour pou- «voir les éviter;» et que l’on fasse aussi réparer les mauvais ponts, s’il y en a. Mais, quelques jours plus lard, le roi changea de résolution, et, le 27 mai, Louvois manda à Foucault de ne faire aucune dépense pour accommoder les chemins. On venait, à la même époque^, d’appliquer les ateliers de charité du Poitou à la réparation des routes.
Dans la généralité de Caen, Foucault mena à bonne fin,
' Dépêche à Fouenuit, (lu la décembre 1 68o . p. 469. — ’ février i68<3,
INTRODUCTION
de 1G94 à ifigG, une entreprise de voirie fort intéressante pour le pays. 11 s'agissait d'aclicver le clieniin de Caen à Lisieux, par où débouchaient toutes les denrées, bœufs, chevaux, volailles, beurre, toile, etc. dirigées de la basse Normandie sur Paris. Une partie de celte route passait par les généralités de Rouen et d’Alençon; mais, comme celle de Caen y était seule intéressée, c’était à elle d’en subir tous les frais, et les deux autres refusaient d’y contribuer. Foucault obtint de l’ontcbarlrain l’aulorisation d’imposer à cet effet 60,000" sur la généralité de Caen, moyennant quoi le chemin fut achevé et fait «de cailloutage et de moellons, meilleurs, plus « duiablcs et de plus petit entretien que le pavé. • Cette réparation lui attira «bien des bénédictions des voituriers.» Pour maintenir la route en bon état, il interdit d’y faire passer des charrettes à plus de trois chevaux, à peine de 5o " d’amende et de la confiscation de l’attelage.
Bâtiments. Proposition à Colbert, le la juillet 1679, d’achever, moyennant ao,ooo", le nouveau palais épiscopal de Montauban, en remplacement de l’ancien, qui avait été détruit par les religionnaires; le roi ordonna d’imposer 66,000" sur toutes les paroisses de la généralité pour l’achever. — En juin i686, réparation du Palais de .lustice de Poitiers. — En mars 1688, construction d’une église à Châtellerault pour recevoir les nouveaux convertis, et réparation de l’église de Niort. — En 1698, Foucault proposa à Le Pelletier de faire réparer les murailles et les fortifications du Mont-Saint-Michel, cpii menaçaient ruine depuis longtemps'. La difficulté était de savoir
’ Dès t665, le commAndant do ccUe !o danger que le Mont^Saint^Miclicl cl forteresse avait écrit à Colbert pour lui en Tombelaine no fussent enlevés par quelque
signaler l’élat déplorable, cl lui montrer coup de main des réfugiés aut îles an-
INTRODUCTION. cxi
qui supporterait les frais. Les religieux rlu couvent prétendaient établir, par les précédents, qu’ils étaient à la charge du roi. Foucault proposa de les faire supporter par tiers entre le couvent, les habitants du lieu qui s’en couvriraient ])ar un octroi, et la province, «à qui profite ce rempart,» et qui subirait pour cet objet une imposition spéciale. La dépense était estimée «à 60,000 Les Mémoires ne nous apprennent pas quelle suite fut donnée à celle affaire. — En juin 1 700, réédification des écoles de l’Université de Caen, pour lesquelles le roi avait donné l’emplacement des Halles; Foucault et l’évêque de Bayeux en posèrent la première pierre.
Promenades et plantations. Une des préoccupations de Foucault était de planter des lieux de promenade dans toutes les villes où .s’étendait son autorité. En Béarn seulement, il ne fait pas mention de travaux de ce genre, à cause du peu de temps qu’il y resta. A Monlauban *, il fit planter des arbres le long du Tarn, hors la ville, « pour conserver le terrain que la « rivière emportoil, et pour faire un cours sur une esplanade. » Une promenade fut plantée par ses soins è Mont-de-Marsan En i683, il fit planter encore un cours à Montauban et bâtir une porte de la ville. En 1686 et 1 687, il fit garnir d’une plantation les bords du Clain, dans une étendue de 600 toises, « pour servir de promenade aux habitants de Poitiers. » Dès son arrivée à Caen ^ il fit planter sur le bord de l’Orne « quatre « rangées d’ormes qui y font un très-beau cours. » C’est l’ori-
gUiscs. (Üepping, Correspondonce adminitfralive, I. IV, p. 68a.)
' Mémoires, septembre 1679, p. 5i.
' C'csi (lu moins ce qu'on peut inférer (t'une dépêche de Colbert à Foucault, du
a3 novembre 1G79 (p. 439). refusant aux habitants de Mont-de-Marsan de prendre à cet ciTet de jeunes ormes dans les forêts du roi.
’ 3/émotrc’S, juin 1689, p. a 5a.
exil INTRODUCTION,
gine de la promenade dont la ville de Caen jouit encore aujourd’hui.
S 7. — Fêtes publiques.
Les Mémoires de Foucault contiennent la mention d’un certain nombre de fôtes publiques auxquelles il présida, et qu’il ordonna avec un grand soin, dans le sens de ses goûts d’antiquaire et d’érudit.
La première eut lieu à Montauban, au mois d’août 1682, pour célébrer le jour de la naissance du duc de Bourgogne. Les Mémoires nous avertissent qu’on en fit une relation. Ce compte rendu, émané de Foucault lui-même ou de son entourage, fut inséré dans la Gazette du temps. Nous le reproduisons dans une note du texte ‘.
La seconde fête^ ordonnée par Foucault eut lieu à Poitiers, le jour de saint Louis 1G87, pour célébrer l’érection d’une statue de Louis XIV .sur la grande place de la ville. Cette pièce, œuvre d’un sculpteur du pays, avait été commandée par le corps des marchands de Poitiers pour être mise sur la porte de la juridiction consulaire; mais elle fut jugée trop grande pour cet emplacement et digne d’être installée sur une place publi(jue. Foucault y fit consentir le corps des marchands, et f inaugura par trois jours de réjouissances, dont la relation, composée par lui-même ou sous son inspiration , fut imprimée à Poitiers en 82 pages in-4“. Cette brochure est annexée aux Mémoires, et nous l’avons reproduite^ comme en faisant partie, car, s’il n’est pas démontré quelle soit l’œuvre de Foucault, au
' P. 3a. des conversions opérées par son xèle. Nous
* A Pau, Foucault n’ordonna pas de en parlerons plus loin, fêles, mais on lui en offrit une à l'occasion * P. i8i et suiv.
INTRODUCTION
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moins les fêtes qu’elle décrit sont-elles certainement de l’invention de notre intendant. Il envoya celte relation au P. La Chaise, qui en rendit compte au roi et écrivit à Foucault pour le remercier et le féliciter*. Un exemplaire de la relation fut aussi envoyé au duc de la Feuillade, qui avait donné le signal de ces solennités, en faisant élever, l’année précédente, une statue au roi sur la place des Victoires; il la lut au roi, «qui «parut très-content de cette fête.» On écrivit à Foucault de Bordeaux, de Pau et de plusieurs autres endroits, pour avoir le modèle de la statue et pour l’imiter.
La dernière fête eut lieu à Caen, le 6 juillet i 704, pour célébrer la naissance du duc de Bretagne, fils aîné du duc de Bourgogne, un enfant qui ne vécut qu’un an. Il en fut fait un compte rendu, imprimé à Caen, en 8 pages in-4®, et qui est également annexé aux Mémoires. Nous le publions encore'"*, parce que la fête qu’il décrit est bien évidemment duc à l’imagination de Foucault; mais, à la manière dont la relation s’exprime, il n’est pas vraisemblable qu’il en soit l’auteur.
§8. — Instruction publique, sciences et lettres.
Petites écoles. C’est ainsi que, sous l’ancien régime, on désignait ce qu’on nomme aujourd’hui l’instruetion primaire. 11 n’en est question qu’une seule fois dans les Méftioires de Foucault. En 1687, il proposa d’établir des maîtresses d’école dans les principaux bourgs et villages du Poitou, pour instruire les jeunes filles**. Il demandait 4o écus de gages pour
' La lettre est insérée aux Mémoires, p. ao6.
* Dépêche de Louvois à Foucault, du
a 1 octobre 1687 (p. 537), P®“'' di-inandcr de.s détails sur le projet. Foucault les envoya le 8 décembre suivant {^^émoires, p. aog.)
INTRODUCTION, chaque maîtresse. L’intervention de Louvois dans cette affaire, et le fait, attesté par Foucault, que les filles de la maison des nouvelles catholiques de Poitiers offraient de fournir les maîr tresses dont on avait besoin, nous autorisent à croire qu’il .s’agissait surtout de l’instruction des nouvelles converties, quoiqu’il n’en soit pas fait une mention expresse.
(Collèges. Ces établissements comprenaient ce qu’on appelle aujourd’hui l’in.struction secondaire. En 1681, Foucault* fit agréger à fUniversité de Cahors le collège des Jésuites de cette ville. En janvier 1687, il fit réunir le collège de Pigareau ou Puygarreau, d’ancienne fondation seigneuriale, au collège des Jésuites de Poitiers, malgré fopposition des ennemis des Jésuites, et aussi malgré l’évêque de Poitiers, qui aurait préféré transformer le collège de Pigareau en un séminaire soumis à son inspection. Le P. La Chaise, qui avait pris part à cette affaire, remercia Foucault du succès obtenu à cette occasion pour la Société de Jésus'.
A l’occasion de l’inauguration de la statue du roi à Poitiers, le 25 août 1687, Foucault fonda, au collège des Jésuites delà ville, des «prix de tragédie,» c’est-à-dire une distribution de prix accompagnée d’une représentation scénique donnée par les élèves, pour tout le temps qu’il serait intendant en Poitoû. Cette fondation n’eut d’effet que f année suivante, et il en coûta à Foucault 27 volumes. Il a inséré dans ses Mémoires, probablement comme étant son œuvre ou du moins le fruit de ses inspirations, un imprimé de 12 pages in-4°, qui contient le canevas de la tragédie, sujet tiré de l’histoire de Démétrius, fils du dernier Philippe de Macé-
Sa lettre est jointe aux Mémoires, p. ao6.
INTRODUCTION