‹ Mémoires de Nicolas-Joseph FoucaultChapitre 14 sur 105 · CXI.I · texte numérisé non relu

CXI.I

ses vêtements, se les partagea comme des reliques, et termina la journée en jetant des pierres aux régalistes. Les chanoines, se sentant soutenus par cette clîervesccnce populaire, continuèrent à méconnaître l’autorité du roi, et élurent entre eux un vicaire général du siège vacant, au mépris de la nomination en régale du sieur Paucet. Le P. d’Aubarède, élu du chapitre, monta en chaire le i8 août pour renouveler les excommunications fulminées par le défunt évêque, et les curés du diocèse, obéissant à cette impulsion, chassèrent scandaleusement de leurs églises les pourvus en régale.

Dès le 2 2 août, un ordre du roi relégua le P. d’Aubarède à Jargeau. Il obéit; mais le chapitre avait prévu le cas de la relégation et de la détention de ses vicaires généraux ; les chanoines s’en étaient d’avance substitué les fonctions les uns aux autres, et, à leur défaut, aux curés de leur parti, de telle sorte qu’au P. d’Aubarède succéda immédiatement le P. Rech, qui fut aussitôt arrêté et relégué à Dax; mais la place fut prise non moins vite par le P. Cerle. Une nouvelle lettre de cachet fut lancée contre ce dernier; mais il se dérobait, et Foucault crut qu’il serait prudent de ne pas le découvrir, de peur que, de substitution en substitution, le vicariat général des récalcitrants n’arrivât jusqu’aux curés de leur cabale, qui s'uniraient entre eux et l’éterniseraient.

Cependant Foucault avait agi de son côté. Les anciens chanoines n’ayant pas voulu admettre ceux qui avaient été désignés en régale à nommer avec eux le vicaire général de l’intérim, l’intendant s’était adressé à l’archevêque de Toulouse, poui' qu’en sa qualité de métropolitain il se chargeât de celte nomination, et qu’il envoyât à Pamiers un homme à lui. L’archevêque eût mieux aimé temporiser et attendre larrangement qui, disait-on, devait se conclure à Rome. Il finit cependant

cxLM INTKODllCTION.

par envoyer comme vicaire général nn sieur Fortassin, qui ne paraît pas avoir déployé une grande énergie dans l’affaire. Le 17 septembre i68o‘, le P. Cerle appela de celte nomination au Saint-Siège, et fit afficlier aux portes des églises de Pamiers une ordonnance qui défendait aux ecclésiastiques et au peuple du diocèse de reconnaître le vicaire général envoyé par l’archevêque. Une lutte .sans fin s’engagea entre Forlas.sin et lui, l’un faisant toujours de nouvelles ordonnances, et l’autre ne se lassant pas de les casser. Mais ce n’était plus le temps des grandes résistances à l’autorité royale, et le diocèse, bien qu’évidemment sympathique aux anti-régalistes, ne les soutenait pas, et laissait les plus compromis continuer la lutte à leurs ris<pies et périls. Le chapitre lui-même faiblissait, et le nombre des récalcitrants s’y était réduit à trois, dont deux relégués, et le troisième, le P. Cerle, caché.

Tout se serait dès lors apaisé si le pape n’eût répondu à l’appel que lui avait fait le P. Cerle, par un bref qui approuvait vivement sa conduite et celle du chapitre, et condamnait implicitement par cela même les procédés de l’archevêque de Toulouse et les prétentions du roi à la régale. Le P. Cerle ne manqua pas de le laire afficher à Pamiers et à Toulouse; à quoi le parlement de celte ville répondit par un arrêt défendant aux évêques du res.sort de recevoir aucun bref de Rome qui ne fût accompagné de lettres patentes du roi, et décrétant prise de corps contre le P. Cerle. Mais cet arrêt ne suffisait pas pour empêcher l’effet du bref, et le courage des opposants était fort relevé. Foucault écrivit à la cour qu'il ne restait plus qu’un seul remède vraiment efficace à cette situation difficile : c’était de nommer au plus tôt un nouvel évêque à Pamiers. La cour le savait bien, et elle avait déjà désigné l’évêque de Lombez;

* D apres Moréri » v*"

INTRODUCTION

mais ce prélat avait refusé, peu soucieux peut-être de se compromettre dans ces querelles. Enfin l’évêque de Léon fut choisi, et, en attendant que les formalités de sa nomination fussent accomplies, l’archevêque de Toulouse le chargea des fonctions de vicaire général par intérim, Foucault étant parvenu, par un manège assez fin, à faire renoncer le chapitre, légalistes compris, à en nommer un.

Dès lors l’affaire était finie; le P. Cerle ne se tint cependant pas pour battu, il continua de faire imprimer à Pamiers et à Toulouse des ordonnances de plus en plus insolentes. Le parlement de Toulouse rendit un arrêt contre lui'. Il continua, fit encore un appel au pape; c’était, dit Foucault, « une pièce « bien hardie et pleine de suppositions. • Le parlement de Toulouse lui fit un nouveau procès, et, en avril 1681, le condamna à avoir la tête tranchée. L’arrêt fut exécuté par effigie à Toulouse et à Pamiers. Mais, dans cette dernière ville, l’impression était encore si forte, que le bourreau s’était sauvé et qu’il fallut courir après lui pour le contraindre à cette simple formalité de l’exécution par effigie. Le P. Cerle n’en faisait pas moins afficher, au mois d'août suivant, un acte de protestation à la porte des évêques réunis à Toulouse pour nommer des députés à l'assemblée du clergé. 11 continua ainsi pendant dix ans ses ordonnances et ses protestations, errant de retraite en retraite, jusqu'à sa mort, qui arriva le 16 août 1691.

' Voy. sur celle aflaîrc deux lettres du chancelier Le TelHer au premier président du parlement de Toulouse* du i3 mars et du 19 avril 1681, dans Depping* Correap. admin. l. FV, p. i3i* i33. La pre* miérc surtou! de ces teltrcs est remarquable en ce qu*ellc coudent tléjà* avec une grande lessemblance de rédaclion. les

motiCs de l'arrêt du parlement de Paris qui fut rendu, le 3i mars j68i, contre le bref du pape obtenu par !e P. F'erlc. {Voy. tet arrêt dans lsaml>ert, Ane. lois fr, l. XIX, p. 263.) On est en droit de conclure, par ce rapproclicmenf.que l'orrêt fut dicté par le chancelier.

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INTRODUCTION

S I 1 . — AfTaircs des protestants cl de la révocation de Tédit de Nantes.

C’est à la fin de 1677 que se rencontre, dans les Mémoires de Foucault', la première mention des rélormés. A celte époque, pour les ramener à Funité de religion, le gouvernement se bornait encore è les priver des faveurs dont il disposait, tandis qu’il en comblait ceux qui se convertissaient. Foucault demanda alors Goo” de pension pour les filles d’un ministre converti depuis douze ans par l’intendant Pellot^ et qui jouissait lui-même de 800” de pension du clergé. Un peu plus tard, au commencement de 1G79, ayant reçti un arrêt du conseil qui excluait les réformés des «charges politiques» de la ville de Montauban, il en sollicita immédiatement un semblable pour toutes les autres villes de la généralité.

Fn 1G80, une circulaire de Colbert, datée du 18 octobre, annonça aux intendants que plusieurs arrêts du conseil avaient exclu les religionnaires de tous les emplois qui touchaient aux finances, et que les receveurs et fermiers avaient trois mois pour exécuter cet ordre, dans l’espoir que les menaces de révocation pourraient amener beaucoup de conversions. Uulhière nous apprend ^ que le plus grand nombre des emplois de finances était alors possédé par des protestants; « on sait, dit-il, « avec combien de peine M. Colbert consentit à ce règlement, a et vil sortir des finances une foule d’hommes dont il aimait U la probité et la modestie. » L’exclusion ne s’adressait qu’aux calvinistes, et Colbert maintint dans leurs olfices des fermiers d’octrois de la généralité de Montauban qui étaient luthériens^'.

' Page 44.

’ Depping, Correspond, administ. t. IV, p. 309.

^ Êclaiixissemenis historiques sur les causes

de la rdvocaticn de l edit de liantes, Pnri», 1788. 1. 1, p. 174, 175.

' Dëpécltc à Foucault du a janvier 1681, p. 4Gi.

INTRODUCTION

La mesure s’accomplit difiicileraent, et, dans ses dépêches à Foucault, Colbert fut obligé d’insister plusieurs fois, notara-, ment* à propos d’une dénonciation qui avait été adressée au chancelier Le Tellier.

L’affaire entra dans sa seconde phase en 1681. Comme on avait exempté les nouveaux convertis <lu logement des gens de guerre, M. de Marillac, intendant en Poitou, imagina d’en reporter le fardeau sur ceux qui ne se convertissaient pas; et, non content des occasions où ce logement avait lieu naturellement, il les fit naître en envayant tout exprès en certains lieux de la cavalerie et des dragons. Cette innovation fut d’abord approuvée par Louvois^; mais les gens de guerre ayant commis, dans les logements où on les cantonnait, de graves désordres approuvés et encouragés par la présence de l’intendant en personne, les protestants se plaignirent au roi , et en même temps l’émigration commença parmi eux. Le roi s’émut vivement, fit cesser les logements et révoqua Marillac. A l’imitation de ce dernier, P'oucault avait écrit à Louvois, le 28 juillet 1681^, afin d’obtenir deux compagnies de cavalerie dans le haut Rouergue et le haut Quercy , « pour seconder les missionnaires « ecclésiastiques. » Louvois lui répondit par un refus'*. Sans attendre cette réponse. Foucault écrivait, le 6 août, au P. La Chaise pour lui dépeindre les bonnes dispositions des ministres et des principaux religionnaires de Montauban, dont le retour au catholicisme déterminerait celui du reste de la province, « qui ne cberchoit qu’une porte honnête pour rentrer dans • l’Église. » Pour sauver leur honneur, ils demandaient une

' Dépêche à Foucault, da 17 août 168a, p.486; voy. auasi dépêches au même, du 10 septembre 168a et du a8 janvier 1 683, p. 488, 491 .

’ Dépêche de Louvois à Marillac, du

1 8 mars 1 68 1 , citée dans Rulbière , Éclaircissements, 1. 1, p. aoi.

’ Mémoires, p. 79.

* Dépêche à Foucault, du 7 août i68i, p. 5og.

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