CXI-VI
INTRODUCTION
conférence où Ton agiterait les points controversés. «Ceux, X ajoutait-il, qui sont les plus considérés et les plus accrédités « dans le parti m’ont assuré que c’étoit la seule voie qui pût '< faire réussir le grand projet des conversions; que celles de « rigueur, de privation des emplois, les pensions et les grâces «seroient inutiles. » Colbert se chargea de lui répondre* qu’il rendrait compte au roi de cette proposition , mais que, • dans les « temps passés, ces conférences n’ont jamais réussi. • A la fiu de l’année. Foucault, se trouvant à Paris, renouvela sa propo- •sition de conférences au chancelier Le Tellier, qui la rejeta absolument et lui défendit d’en parler au roi, disant qu’une pareille assemblée aurait le même succès que le Colloque de Poissy, et que le pape (avec lequel on était alors en difficulté pour les affaires du gallicanisme) trouverait mauvais qu’on la fît .sans sa participation. «Sa timidité naturelle, remarque •«Foucault, dans une entreprise qu’il jugeoit périlleuse, est « peut-être cause que l’ouvrage des conversions, qui auroit pu •< réussir par les conférences soutenues d’autres moyens doux,
<■ a coûté la ruine d’un .si grand nombre de religionnaires et la « perte du commerce et des arts**. »
A ce moment commença la série des mesures qui préparèrent la révocation de l’édit de Nantes, en ôtant successivement aux calvinistes les fonctions publiques , les professions libérales et l’exercice de leur culte. Le nombre des conversions augmentant, on organisa un couvent à Montauban pour y recevoir les nouvelles catholiques. Foucault proposa de démolir le temple de cette ville pour contravention, parce que de nouveaux convertis y étaient entrés et y avaient reçu la cène. Le commonitoire adressé, en novembre 1682, par le clergé gallican aux religionnaires du royaume, fut signifié en janvier i683
' Dépêche de Ck)lbcrl à Foucault, du aa août 1681, |>. 470. — * Mémoires, p. 80.
INTRODUCTION
au consistoire de Montauban; cette signification, «faite avec « douceur et charité, » fut « reçue avec respect. * Les biens des consistoires furent réunis aux hôpitaux. Les contraventions qui avaient fait démolir le temple servirent aussi au parlement de Toulouse à décréter de prise de corps les ministres de Montauban; leur arrestation ne causa aucune sédition, et les religionnaires se contentèrent de ne pas paraître dans les rues le dimanche à l’heure du prêche. Foucault écrivit à la cour qu’on pouvait sans danger démolir tous leurs temples*; ils tombèrent en effet, et l’intendant demanda seulement qu’on lui envoyât un ministre pour baptiser les enfants, « non run '• de ceux de Montauban, afin d’effacer entièrement les vestiges «de l’exercice de la religion prétendue réformée, qui vient « d’être aboli » Les religionnaires de la province n’accueillirent pas les ministres ainsi imposés; mais ils restèrent calmes et refusèrent de prendre part aux troubles du Vivarais^.
Dès son arrivée dans le Béarn \ qui avait été un siècle auparavant le centre du protestantisme français. Foucault y continua sur une grande échelle l’œuvre des conversions. Les bourgeois religionnaires, exclus des fonctions publiques, s’y faisaient avocats; le barreau de Pau en comptait plus de cent
* Mémoires, février i683, p. 8G.
* Ibid. a3 juin i683. p. 87.
’ Ibid, fin août et novembre iG83, p. 89. 91.
' L’auteur de l'éioge de Foucault, prononcé à l'Académie des inscriptions et belles-lettre^, fait entendre que son déplacement de Montauban à Pau n'avait été qu'une disgrâce apparente, et qu'on l’avait envoyé dans cette nouvelle généralité pour y accomplir l’œuvre des conversions.
• M. Foucault, dit-il, qui avoit le secret de
• son maitre, y fut Gdèle et parut surpris
« comme les autres • de son changement.
[Hist. de VAcad. des inscripi. [par Boze et l'abbé Goujet], t. II, p. 337, Paris, 1740, in-i3.) Mais cette version ne saurait être admise , et les Mémoires disent tout le contraire. Nous avons indiqué, d'après eux, dans la biographie de Foucault, comment, la mort de Colbert le laissant sans protecteur, le chancelier le fit permuter de place avec un de ses protégés. On peut attribuer au besoin de regagner la faveur perdue les graves initiatives dont nous allons le voir prendre la responsabilité en Béarn.
GïLviii INTRODUCTION.
cinquante sur deux cents, et les plus occupés. Foucault obtint
un arrêt du conseil portant défense d’en recevoir aucun à
l’avenir.
A la fin d’août i684, il se rendit à Paris, et, dans une audience qu’il obtint à Fontainebleau, où la course trouvait alors, il exposa au roi le plan qu’il avait conçu pour faciliter la conversion des religionnaires béarnais. Il s’agissait de réduire à cinq les temples, trop nombreux et trop rapprochés les uns des autres. Le roi approuva cette mesure; seulement Foucault eut soin «de ne laisser subsister que les temples, justement «au nombre de cinq, dans lesquels les ministres éloient tombés «dans des contraventions qui emportoient la démolition, en « sorte que, par ce moyen, il ne devoit plus rester de temple en « Béarn. • Le roi connut-il aussi ce stratagème? c’est ce que Foucault ne nous apprend pas, tout en disant que Sa Majesté lui témoigna une grande satisfaction des mesures qu’il prenait.
A son retour, en février i685, l’affaire des temples fut menée sans perdre de temps. D’alwrd les temples trop nombreux tombèrent au nombre de quinze. Les religionnaires demandaient qu’on agrandît les cinq restants, trop étroits désormais pour le nombre des fidèles; mais le procureur général les attaqua pour contraventions, et ils furent bientôt démolis comme les autes, par arrêt du parlement de Pau. « En sorte, ajoute Fou- « canlt, qu’en moins de six semaines il ne resta pas un temple «dans tout le Béarn; leur démolition engagea les ministres « de sortir de la province, et, par leur désertion, ces faux pas- . « teurs me laissèrent le champ libre aux conversions. • Le.s conversions marchaient en effet à grands pas; mais l’émigration commençait aussi, et Foucault reçut l’ordre de la surveiller'.
Quelles que fussent ses préoccupations. Foucault était ju-
' Uimoirti, lo man |685, p. 1 16.
INTRODUCTION
liste avant tout, et ne souffrait pas qu’on transgressât les lois. Une déclaration du 3i janvier 1682 avait décidé que «les «enfants bâtards des religion naires, de quelque âge qu’ils « fussent, «seraient élevés dans la religion catholique. On voulut en profiter pour forcer un bâtard de vingt-cinq ans à l’abjuration. Mais l’intendant, jugeant qu’il ne s’agissait dans cette déclaration que de l’éducation des enfants, et qu’à vingt-cinq ans on est sorti de l’enfance, s’opposa courageusement à cette interprétation dans une lettre au chancelier'.
Nous arrivons à l’initiative la plus grave que Foucault ait prise. La déclaration de guerre de l’Espagne à la France, le 1 1 décembre i683, avait, comme nous l’avons vu, fait rassembler en Béarn une armée d’observation, d’abord sous les ordres du maréchal de Bellefonds, ensuite sous ceux du marquis de Boufflers. Les Mémoires racontent^ que, le 18 avril i685. Foucault demanda à Louvois «des ordres en blanc « pour faire loger une ou plusieurs compagnies dans les villes «remplies de religionnaires, étant certain que la seule ap- « parition des troupes produira un grand nombre de conver- «sions. Je tiendrai si bien la main, écrivait-il, à ce que les « soldats ne fassent aucune violence, que je me rendrai respon- « sable des plaintes qu’il (Louvois) en pourroit recevoir. » Les Mémoires ajoutent : « Il est à observer que le roi n’avoit pas « envoyé des troupes eu Béarn par rapport aux affaires de la «religion, mais pour former le camp que Sa Majesté avoit • résolu d’établir sur la frontière d’Espagne. M. de Louvois « m’ayant envoyé plusieurs ordres en blanc, il s’est converti « six cents personnes dans cinq villes ou bourgs, sur le simple « avis que les compagnies étoient en marche. «
Cet exposé n’est pas tout à fait complet. Louvois refusa d’a- Mémoint, ii avril »685,p. 117. — * P. 118.